Un débat sans fin. Quelle est la meilleure solution : utiliser uniquement du matériel, ou un ordinateur équipé d’un logiciel de MAO (DAW) ?  Le sujet a déjà fait couler beaucoup d’encre. Et le blogueur invité Michiel Buisman ne se fait aucune illusion quant à la possibilité de clore ce débat. Mais heureusement, Michiel est suffisamment sûr de lui pour penser qu’il a tout de même quelque chose à ajouter !

Produire de la musique électronique : in the box ou en mode DAWless ?

100 % sur ordinateur (in the box)

Le choix le plus raisonnable consiste à produire entièrement sur ordinateur, autrement dit in the box. C’est moins cher à l’achat, ça prend moins de place, c’est plus polyvalent et plus flexible, vous pouvez (relativement) facilement rouvrir un projet là où vous l’aviez laissé, vous produisez plus vite (à condition d’avoir un minimum de discipline) et, pour finir : vous pouvez aussi succomber au  Gear Acquisition Syndrome (GAS), cette irrésistible envie d’acheter toujours plus de plug-ins 😉. Je dis « relativement facilement » et je parle de discipline, car le travail sur ordinateur a aussi ses inconvénients : les mises à jour et les notifications.

Mises à jour

Les mises à jour font que d’anciennes configurations ne fonctionnent plus forcément. Il peut s’agir d’une mise à jour de votre plug-in, qui rend les anciens préréglages inutilisables, ou d’une mise à jour de votre système d’exploitation qui fait voler en éclats toute votre configuration logicielle (oui, je parle de vous, Apple). Une solution consiste à effectuer des sauvegardes complètes sous forme d’images disque et à désactiver votre wifi.

Distractions

Ensuite, il y a les notifications et autres distractions. Si vous investissez dans un bon PC pour la musique, il y a de fortes chances que vous l’utilisiez aussi pour d’autres choses. Vous vous détournez ainsi de l’objectif principal qui est de faire de la musique. C’est un peu comme lorsque vous prenez votre téléphone uniquement pour ajouter un rendez-vous à votre agenda… avant d’être happé par tous ces petits chiffres rouges qui réclament votre attention. Là aussi, couper le Wi-Fi aide, mais le mieux reste d’utiliser un ordinateur uniquement pour la musique et d’en avoir un autre complètement indépendant pour faire tout le reste. Ça peut d’ailleurs vous revenir moins cher, car en réalité, vous n’avez pas besoin d’un ordinateur ultra puissant pour faire de la musique.

Produire de la musique électronique : in the box ou en mode DAWless ?

DAWless

OK, la raison vous dit de produire sur ordinateur (in the box), à condition de mettre en place quelques bonnes pratiques. Mais alors, qu’est-ce qui rend le DAWless si attrayant ? Eh bien, pour commencer, vous renoncez justement aux avantages du PC. Autrement dit, vous choisissez volontairement de vous imposer certaines contraintes. Avoir une configuration entièrement matérielle devient un symbole d’engagement en temps, en argent et en énergie. Ça montre à tout le monde que vous prenez vraiment la musique au sérieux. Et bien sûr, vous n’avez pas les inconvénients de l’ordinateur, même si certains équipements se rapprochent fortement d’un PC lorsqu’il s’agit des mises à jour (comme les MPC, par exemple).

Mode fermé

Mais il y a autre chose. John Cleese a décrit ce qu’il appelle les modes ouvert et fermé. Oui, la vidéo traite de management. Pourtant, je trouve que cette idée s’applique parfaitement à un environnement de production musicale complexe, et encore davantage lorsqu’on joue en live. Dans les deux cas, il faut gérer énormément de choses. Mais passons. Quand vous travaillez sur un ordinateur, cela vous pousse à vous mettre en mode fermé : évaluer, hiérarchiser, choisir. Bref, adopter une approche rationnelle, basée sur l’expérience, avec un état d’esprit structuré du style « j’ai déjà tout vu, on ne me la fait pas ».

Mode ouvert

Le matériel, en revanche, invite plus ou moins à adopter le mode ouvert : curiosité, expérimentation et heureux accidents. Il n’est pas très raisonnable de concevoir tous vos presets avec une multitude de câbles et de minuscules potentiomètres soigneusement réglés, parfois quasiment impossibles à atteindre. En revanche… c’est terriblement plaisant !

Modèle mental

Un autre facteur entre en ligne de compte : le modèle mental. Autrement dit, la représentation mentale que vous vous faites du fonctionnement de votre configuration. Avec un DAW, vous avez une vue d’ensemble immédiate. Avec du matériel, tout se passe dans votre esprit. Lorsque vous commencez à triturer les boutons et que vous connaissez votre matériel sur le bout des doigts, vous entrez dans un état de flow. La frontière entre l’instrument et vous commence à s’estomper : votre esprit entre littéralement dans la machine, qui réagit instantanément au moindre de vos gestes. Vous ne retrouverez jamais cette sensation avec un ordinateur.

Produire de la musique électronique : in the box ou en mode DAWless ?

Pas besoin de choisir un camp

« C’est bien beau tout ça Michiel, mais aidez-moi à choisir ! » D’abord, vous n’avez pas besoin de faire un choix tranché : vous pouvez parfaitement combiner les deux approches selon vos envies. Il est même pertinent d’alterner des phases ouvertes et fermées tout au long de votre processus de création. Et si vous n’avez toujours pas de préférence, ce n’est pas bien grave. Quel que soit votre choix, vous connaissez désormais les points forts de chaque approche et pourrez en tirer le meilleur parti. Vous connaissez également leurs limites, ce qui vous permettra de mettre en place les solutions adaptées.

Utilisez votre intelligence authentique

Dernier point à garder en tête : l’avenir. La musique générée par l’intelligence artificielle sera très bientôt supérieure à la musique créée par l’homme. Si vous hésitez encore, optez pour ce que les ordinateurs ne savent pas faire et misez tout sur votre « intelligence authentique » (ou quel que soit le nom que vous lui donnez). C’est ce qui vous permettra de rester pertinent en tant que musicien. Et si, plutôt que de rechercher le flow avec votre machine, vous ne jurez que par la « productivité », devenez comptable.

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