Histoire de la boîte à rythmes
Publié le mardi 9 juin 2026

Dans les années 80, elle a définitivement percé et, aujourd’hui encore, elle reste d’actualité : la boîte à rythmes. De nouveaux modèles sortent en permanence, et certains anciens modèles sont réédités à des prix très attractifs. Nous vous emmenons dans l’histoire passionnante de la boîte à rythmes !
Une boîte à rythmes au XIIIe siècle
Drum machine, drumcomputer… ce sont des synonymes. Pour trouver l’origine d’une boîte à rythmes, il faut remonter très loin dans l’histoire. Au XIIIe siècle (!), un inventeur du nom d’Ismail Al-Jazari a mis au point une sorte de système, entraîné par la force de l’eau, dans lequel des baguettes en bois jouaient des instruments de percussion. Bien plus tard, l’inventeur Léon Theremin (oui, connu pour…) a créé dans les années 30 du XXe siècle le Rhythmicon (ou Polyrhythmophone). Ces appareils sont devenus des pièces de musée. Au fil des siècles, il y a donc eu un besoin : celui d’un batteur automatique. C’est finalement la percée des puces informatiques abordables qui a permis l’émergence des véritables boîtes à rythmes. Les appareils que l’on qualifie aujourd’hui de « drumcomputers » datent de l’ère de ces puces.

Les légendaires boîtes à rythmes Roland
En 1978, Roland a sorti la Compurhythm CR-78. Côté son, c’était une petite bête analogique : plutôt sympa à utiliser, vintage, avec du style. Mais surtout : cette boîte à rythmes embarquait un microprocesseur, ce qui a rendu un grand nombre de fonctions beaucoup plus simples à réaliser.
Plus tard, dans les années 80, il y a eu une grande percée — et, d’une certaine manière, pas vraiment — avec deux célèbres « Rhythm Composers » de Roland. D’abord la TR-808, puis un peu plus tard la TR-909. Commercialement, ces deux machines ont été des flops, et leurs volumes de production ne sont donc pas très élevés. Le fait que les samplers soient devenus progressivement plus abordables a permis d’obtenir des sons de batterie de plus en plus réalistes. Car même si, dans la 909, les cymbales sont bel et bien des samples, le reste n’est qu’un ensemble d’oscillateurs analogiques. Et il est donc logique que la 808 et la 909 n’aient pas pu rivaliser avec des samplers offrant des sons de batterie naturels. Le décennie suivante, ces Roland se sont révélées être des monstres de l’EDM, revendues d’occasion à des prix astronomiques. L’héritage de la 808 et de la 909 (Roland a d’ailleurs produit d’autres boîtes à rythmes) est qu’aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de séquençage, on parle de la méthode x0x : seize pas côte à côte que l’on peut activer/désactiver — seize doubles croches d’une mesure en 4/4.
TR-808 : sensuelle
La 808 est une machine entièrement analogique : tous les sons de batterie sont donc synthétiques. Le son de cet appareil s’est surtout fait un nom dans des styles plutôt sensuels ; pensez à des titres comme Chris DeBurgh – Lady In Red. Dans les années 90 est apparu le Sound Canvas (un module sonore General MIDI), et les sons de la 808 y figuraient également. Gardez à l’esprit qu’il s’agissait de samples qui — pour tenir dans la mémoire — avaient été quelque peu réduits en qualité. Les propriétaires d’une vraie 808 vous diront que la véritable 808 sonne bien mieux que les approximations que l’on entendait dans les années 90.
TR-909 : reine de la dance
La 909, c’est la vraie machine dance de Roland. Les cymbales étaient des samples, le reste reposait sur des oscillateurs analogiques. En principe, les samples apportent des sons de batterie naturels, mais, côté son, ils restent assez « crunchy » et plus ou moins indissociables de la TR-909. Un titre pop connu utilisant une 909 est Madonna – Vogue ; peu après, elle est devenue une machine de dance très recherchée, largement utilisée dans les nombreux styles de House qui ont émergé. La magie réside surtout dans la grosse caisse et la caisse claire : elles sont tout simplement parfaites. Elles se placent très bien dans le mix et portent le groove comme aucune autre. Sans surprise, les prix de ces 909 « flopées » en occasion ont explosé. Cela reste évidemment subjectif, mais beaucoup d’utilisateurs considèrent la TR-909 comme la meilleure boîte à rythmes !
Akai, Linn et la machine fondatrice du hip-hop
Dans les années 80, un développeur bien connu était Roger Linn : avec la Linndrum, il a créé l’un des sets de sons de batterie vintage les plus célèbres. C’est devenu LE son de l’Italo Disco ; pour ce genre, la Linndrum est vraiment la meilleure boîte à rythmes. Malheureusement, ces machines avaient quelques bugs dans le code sous-jacent. L’entreprise finira par faire faillite, et Roger Linn se mettra alors à travailler avec Akai — un excellent choix.
Chez Akai, Linn a pu concevoir sa boîte à rythmes idéale, Akai se chargeant de la production : la MPC60. En plus de la méthode x0x mentionnée plus haut, l’interface MPC est elle aussi devenue une méthode de saisie toujours très populaire. La méthode MPC s’appuie sur des pads sensibles à la vélocité, disposés dans une grille en deux dimensions, par exemple 4×4. Avec ces pads, vous pouvez jouer vous-même des patterns de batterie. Les pads se comportent donc comme des touches de clavier, mais sous une autre forme. La MPC60 offrait bien sûr énormément de fonctions supplémentaires, car c’était aussi un sampler ! La groovebox moderne est souvent une évolution de la MPC60. Avec la MPC60, vous pouviez sampler : le son produit n’était donc pas limité aux seuls sons de batterie. Akai Pro propose toujours des MPC au catalogue : la même idée qu’autrefois, mais devenue, dans les faits, une DAW complète dans une machine tactile et « hands-on ».
Logiciels/plugins de boîtes à rythmes
C’était inévitable : avec le logiciel, tout est possible. Au fil des années, des programmeurs ont donc commencé à reproduire la méthode des boîtes à rythmes. Aujourd’hui encore, on retrouve les méthodes x0x et MPC dans des plug-ins. D’une part parce qu’il existe une certaine nostalgie, et que les développeurs aiment surfer sur tout ce qui est vintage. D’autre part parce que, tout simplement, cela a fait ses preuves : ça fonctionne, c’est ainsi que les gens aiment programmer des batteries. Essayez vous-même, avec les nombreux logiciels disponibles pour produire des drums.
Des anciennes boîtes à rythmes… rééditées en neuf
Le passé ne vous lâche pas. Depuis de nombreuses années, des fabricants s’emploient à produire à nouveau d’anciens synthétiseurs et boîtes à rythmes. Parfois, ce sont les fabricants d’origine qui s’en chargent, comme Roland. Mais de plus en plus souvent, ce sont d’autres fabricants — et il est probable qu’aucun ne le fasse avec autant d’enthousiasme que Behringer. Behringer remet en production une foule de synthétiseurs et de boîtes à rythmes légendaires, dans une « robe » Behringer qui ressemble pourtant fortement à la robe d’origine. Le prix est souvent remarquablement agressif, ce qui permet aussi aux débutants de jouer enfin sur des synthés et des boîtes à rythmes auxquels ils n’auraient autrement jamais eu accès. Ces débutants se réjouissent donc de cette évolution. Les puristes ont leur avis, mais ce n’est pas nouveau : c’est le cas avec tous les instruments. Puriste ou non, il ne faut pas oublier une chose : les anciennes boîtes à rythmes ont désormais des décennies, elles peuvent avoir besoin de réparations alors que les composants de remplacement sont difficiles, voire impossibles, à trouver. En plus, les recréations, elles, sont équipées de MIDI (DIN et/ou USB), ce qui s’intègre bien mieux dans un studio moderne. En clair : il n’y a absolument rien de mal dans l’idée et le résultat de ces recréations !








Pas encore de commentaires ...