“Salut, je m’appelle Michiel et j’ai le GAS.” Tous (avec l’enthousiasme de la centième fois) : “Bonjour, Michiel…” Notre invité Michiel Buisman parle d’un problème bien connu chez les musiciens : acheter sans cesse de nouveaux instruments et du matériel, sans que ce soit vraiment nécessaire. Ce problème a un nom : le Gear Acquisition Syndrome. Quelles formes peut-il prendre, et comment s’en débarrasser ?

Gear Acquisition Syndrome - En souffrez-vous ?

Et hop : un nouvel achat

Vous connaissez ça ? Vous voyez (ou vous entendez) un instrument et vous vous dites que vous en avez besoin. Vous le découvrez sur Spotify, via une annonce produit, ou n’importe où. Une étincelle se produit et vous voilà intrigué. Vous vous renseignez, et plus vous en découvrez, plus vous avez l’impression qu’il a été conçu spécialement pour vous. Plus vous vous dites que le fabricant est une personne (ou une entreprise) passionnée et intègre. Plus vous croyez que cela fera de vous un meilleur musicien. Et même si vous avez déjà quelque chose d’assez similaire (ou un accessoire qui fait la même chose), vous commencez quand même à planifier l’achat. Si vous n’êtes pas un musicien professionnel obligé de compter chaque centime, mais plutôt un amateur ou quelqu’un d’assez à l’aise, plus rien ne vous retient. Et hop : un nouvel élément vient s’ajouter à votre collection.

Et là, vous comprenez

Ensuite, il faut lui trouver une place. Le caser parmi le reste de votre matériel. Lire encore plus, regarder des vidéos, éplucher les possibilités, les astuces & conseils… et puis ça arrive : vous vous retrouvez face au caractère superflu de l’achat. Cela peut venir de vous, ou d’un collègue / d’un membre de la famille qui demande : “Encore un nouveau ?”. Et là, vous comprenez : vous avez le GAS.

Plus important que faire de la musique

Inventé en 1996 par Walter Becker, guitariste de Steely Dan, le terme était à l’origine : Guitar Acquisition Syndrome. Mais le phénomène a rapidement dépassé le cercle des guitaristes, et c’est devenu le Gear Acquisition Syndrome. Vous vous occupez davantage de nouveau matériel que de faire de la musique. Vous espérez, vous attendez, vous croyez que ce nouveau matériel fera de vous un meilleur musicien, vous donnera une nouvelle impulsion créative. Mais découvrir, analyser et dénicher de bonnes affaires finit par prendre une place plus importante que la musique elle-même.

Gear Acquisition Syndrome - En souffrez-vous ? Walter Becker (à gauche)

Trois formes

Globalement, il en existe trois : remplacer, compléter et étendre.

Remplacer

Remplacer signifie que vous aviez déjà à peu près la même chose, mais la nouvelle sera meilleure. Peut-être revendez-vous l’ancienne, peut-être pas. Vous pouvez très bien estimer les caractéristiques de la nouvelle, parce que vous connaissez parfaitement ce type de produit. Pour moi, il s’agit le plus souvent d’un nouveau synthé FM.

Compléter

Compléter est une envie sur laquelle les marketeurs savent jouer intelligemment. Ils créent une série limitée, de sorte qu’il soit “réaliste” de la compléter. Et pendant un bref instant, c’est le cas. Mais ensuite : une nouvelle série sort. Et là, vous “devez” à nouveau suivre, parce que, oui, vous avez déjà tout le reste. Teenage Engineering m’a eu comme ça, avec leur collection toujours grandissante de Pocket Operators.

Étendre

Étendre, c’est craquer pour une autre catégorie de matériel, qui se trouve dans un autre rayon que celui où vous achetez habituellement. Peut-être un autre type d’instrument, ou de l’éclairage, ou du son. C’est surtout porté par la conviction que cela améliorera votre musicalité, et non parce que vous en avez clairement besoin dans votre setup. Mais en réalité, ça devient justement moins… Gear Acquisition Syndrome - En souffrez-vous ?

Est-ce un problème ?

Quel est le problème avec le GAS ? Est-ce si grave de devenir testeur professionnel de matériel ? Ça dépend. Si ce déplacement d’attention vous semble naturel, alors ce n’est pas un problème. Et cela devient votre nouveau métier ou votre hobby. Mais si vous vous sentez coupable et triste, il est temps de faire quelque chose.

Arrêter le GAS

Maintenant que vous savez le reconnaître et sentir si, chez vous, c’est suffisamment sérieux pour agir, il reste la question : comment ? Comme pour arrêter de fumer, on pourrait écrire des livres entiers, mais l’essentiel est là : faites de la musique et devenez vraiment bon avec ce que vous avez. Le GAS est une forme de syndrome de la page blanche. Vous êtes insatisfait de ce que vous créez. Arrêtez d’être insatisfait. Commencez par faire des choses imparfaites. La première bière tirée d’un fût neuf, ce n’est aussi que de la mousse. Ce qui peut parfois aider, c’est une contrainte créative. Comme le haïku en poésie. Ce handicap que vous vous imposez sert de paratonnerre à votre critique intérieure.

Du GAS à la passion

Pour finir : en quoi est-ce important pour un magasin de musique comme Bax Music ? Qu’importe la raison pour laquelle les gens achètent du matériel, tant qu’ils achètent. Non ? Pourtant, quand le syndrome prend une tournure maladive, ce client n’est pas vraiment un ambassadeur d’énergie, de joie et de musicalité. Un artiste passionné qui fait beaucoup avec peu incite davantage à acheter qu’un collectionneur de matériel qui parle surtout, reste dans sa tête et accumule.

Pour en savoir plus sur le GAS, lisez le livre tout juste paru (gratuit) du musicologue Dr Jan-Peter Hebst et Jonas Henze : Gear Acquisition Syndrome: consumption of instruments and technology in popular music. Ou feuilletez un petit chapitre façon calendrier à effeuiller (gratuit également), “Making Music”, par l’équipe d’Ableton. Intéressant aussi si vous jouez autre chose qu’Ableton.

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