
À 28 ans, le DJ Headhunterz est le premier DJ hardstyle qui fait salle comble au Ziggo Dome à Amsterdam. Comment est-ce possible ? C'est parce que Willem Rebergen, originaire des Pays-Bas, ose être différent. En effet, Headhunterz est l'un des premiers DJ à ajouter un aspect mélodieux et doux au hardstyle, un genre caractérisé par un kick lourd et un tempo très rapide. Pourtant, ce nouvel aspect a été fortement critiqué, notamment par ses fans. Maintenant, Willem s'en moque. « Ma prochaine rupture de style sera une bombe sur Internet. J'ai déjà mis mon gilet pare-balles. »
Le plus souvent, la raison principale pour abandonner ses études s'avère être un manque de motivation. Cela ne s'applique pourtant pas à Willem Rebergen, mieux connu sous le nom de Headhunterz. Il a quitté le conservatoire à Tilburg pour signer un contrat avec le label Scantraxx.
« À dix-huit ans, au moment où j'ai reçu ce contrat, j'avais toutes les raisons pour croire en une carrière réussie. Ma musique ne faisait pas vraiment l'affaire du conservatoire. J'y ai appris un peu de théorie et d'histoire de la musique. La production de la musique hardstyle est quelque chose que j'ai appris par moi-même. »
De neuf à douze ans, Willem chante dans un chœur d'enfants professionnel. Ces années forment le début de sa carrière musicale.
« C'était très sérieux, nous faisions des enregistrements en studio et nos concerts étaient diffusés à la télévision. Donc je me trouvais déjà en studio à bas âge et une table de mixage tellement grande m'intéressait beaucoup. Lors de ma puberté, j'ai trouvé d'autres intérêts. Pendant la classe, je faisais du skate-board. À dix-sept ans, j'ai retrouvé la musique. L'école ne me plaisait pas, j'ai commencé à sortir. J'allais régulièrement à la boîte de nuit Scoob. On y passait de la musique électronique et du hardstyle, ce qui m'a inspiré pour faire ma propre musique. Je voulais faire entendre mes créations musicales aux visiteurs de Scoob, et impressionner mes amis. C'est pourquoi j'ai téléchargé Fruity Loops, et j'ai commencé à faire des remix du thème de Bob l'éponge et d'autres fadaises. Lentement mais sûrement, j'ai réalisé que faire de belles mélodies était quelque chose qui me plaisait beaucoup. Mes amis étaient assez impressionnés, et à un moment donné je me suis trouvé derrière la table de mixage de Scoob. J'ai même participé à un concours DJ. Mon adversaire, qui m'avait battu par ailleurs, est devenu paveur ou quelque chose comme ça. Drôle, n'est-ce pas ? »
MÉDITER
Quand Willem se consacre à quelque chose, il le fait avec détermination. Dans sa cuisine, il y a toutes sortes de produits et de compléments alimentaires qui le gardent en bonne santé. Il définit son plan de la journée avec précision. Tout tourne autour de sa carrière musicale. Il n'y a pas de place pour les drogues ou l'alcool.
« Faire de la musique, faire du sport et méditer sont les choses les plus importantes dans ma vie. Le matin, je commence par méditer. Ensuite, je vais au supermarché pour acheter mon repas du soir. Le reste de la matinée est libre pour parler des affaires de Headhunterz. À partir de 13h, je travaille dans mon studio. Parfois, je continue jusqu'à minuit. C'est pourquoi je prépare mon dîner le matin. Lorsque je travaille en studio, je ne veux pas m'arrêter. Pas même pour aller au supermarché pour y acheter de quoi manger. J'interromps mon travail seulement pour faire du fitness. Heureusement, le centre de fitness se trouve à côté de mon studio. »
On retrouve l'ordre et la structure de sa vie quotidienne aussi dans sa vie d'artiste. Sans s'en rendre compte, le même fanatisme s'est manifesté lorsqu'il était jeune.
« J'avais l'habitude de m'enfermer sur ma chambre pour m'y entraîner pendant des heures de suite. Dès le moment où je rentrais de l'école jusqu'au moment où j'allais au lit, la musique m'occupait, sans y réfléchir trop. Autant que possible, j'ai essayé d'intégrer la musique à ma vie sociale et de la partager avec mes amis. Ils fumaient des joints sur ma chambre pendant que je faisais de la musique. »
Cependant, il a fallu un peu de temps avant que l'énergie de Willem n'ait porté ses fruits. Finalement, l'aide s'est présentée de façon inopinée. Le DJ amstellodamois The Prophet, de son vrai nom Dov Elkabas, a réagi à l'un des nombreuses démos envoyées par Willem.
« Mes démos ont été rejetées tant de fois. J'ai reçu beaucoup de réponses automatiques, tu sais. Ma musique ne serait pas appropriée. Mais un jour, j'ai reçu un e-mail du DJ The Prophet me demandant de prendre contact avec lui. J'étais ébahi. À l'époque, j'admirais The Prophet. Je regardais ses concerts bouche bée. Notre conversation téléphonique m'a donné beaucoup de confiance en moi. À partir de ce moment-là, j'allais moins souvent au conservatoire. Le conservatoire, c'est un endroit un peu spécial où il y a une ambiance très détendue. On y prend les choses à la légère, tu vois. Moi, j'en ai profité pour travailler sur mes propres projets. J'ai toujours pensé que je manquais de discipline. À l'école, je n'avais pas l'air concentré. Enfin, c'était ce que je croyais. En vérité, je me dévouais inconsciemment à ma propre musique. Alors, je n'avais pourtant pas l'idée que cela mènerait à quelque chose. Je faisais simplement ce que j'aimais. »
LE HARDSTYLE
C'est à partir de ce moment que Willem commence à se consacrer pleinement au hardstyle. C'est un style de Electronic Dance Music qui « a une apparence dure, mais un cœur tendre ». Willem a trouvé cette phrase un jour sur Twitter et la considère toujours comme la plus belle définition de ce style.
« Le hardstyle est dur et rapide, mais également sensible et subtile en émotion. Même si ça tape fort parfois, la musique réussit pourtant à t'émouvoir. Il existe aussi une variété de hardstyle qui est simplement dure et insensible, mais ce n'est pas le style que j'aime. Je mélange le côté dur et le côté tendre et c'est ce qui me distingue des autres. À l'époque où je n'étais pas encore connu dans le monde du hardstyle, le hardstyle était fort et surtout dur. J'y ai ajouté des nuancés supplémentaires, car j'ai voulu donner une sensation d'euphorie aux gens. »
Sur Youtube, les commentaires des purs et durs du hardstyle sur les vidéos de Willem, qui fait donc de la musique dure et tendre à la fois, ne sont pas toujours positifs.
« Les fanatiques du hardstyle ne m'aiment vraiment pas ! Ça arrive régulièrement, au moment où certains musiciens deviennent « trop connus » pour encore être appréciés par ceux qui se disent des fanas du hardstyle. À un moment donné, ils te tournent le dos. Pour certains, ce n'est plus très cool d'aimer mon style. Et les gens répètent souvent tout ce que disent les autres. Alors, il n'y a rien à faire. Autrefois, j'en ai beaucoup souffert. J'ai pas mal de fans sur internet, mais à un moment donné j'avais l'impression qu'ils se retournaient tout d'un coup contre moi. C'était dur à accepter. Le feedback que je recevais n'était plus agréable. Ça m'a pris du temps pour savoir m'y prendre. En revanche, j'ai appris beaucoup de choses sur moi-même dans cette période-là. Quand la négativité des critiques a atteint son point culminant, je m'y suis résigné et tout d'un coup je me sentais libéré. Je pensais: si les gens me critiquent quoi que je fasse, je peux justement faire ce que je veux. Pour moi, le plus important c'est de faire de la musique authentique. »
TRAVAILLER DUR
Un nouveau morceau de Headhunterz se base souvent sur une mélodie qui détermine l'ambiance de la chanson entière. Armé uniquement d'un ordinateur portable doté du logiciel PreSonus Studio One, Willem choisit les notes qui forment la base.
« Ces notes-là doivent former une mélodie qui me pousse à continuer. Il faut que je puisse imaginer un morceau entier à partir de cette mélodie. Ensuite, je développe mes idées. Souvent, j'écris le beat plus tard, car il est plus difficile à inventer comme ça. Je procède souvent par tâtonnements, puisque le beat est avant tout une chose rythmique. Parfois, je me réveille avec une mélodie dans la tête. Il m'arrive aussi d'être inspiré par un jeu vidéo ou un film. Pendant toute une période, j'ai joué à Skyrim, un jeu de rôle virtuel sur la Playstation (The Elder Scrolls V: Skyrim - PL). À un moment donné, mon neveu était en train de jouer à ce jeu et je me suis mis à faire attention à la musique. J'ai eu le même sentiment que dix ans auparavant dans la discothèque Scoob. Je voulais faire quelque chose de génial en me basant sur ce jeu vidéo. C'est de cette idée que Dragonborn est né, un de mes plus grands tubes de ces dernières années. »
Willem en parle comme si tout lui venait en dormant, mais rien n'est moins vrai.
« Seuls ceux qui ne cessent d'essayer, vont réussir. Le talent ne se développe pas juste par magie. Il faut y consacrer beaucoup d'heures de travail. Travailler dur, c'est l'essence de la réussite. »
Le succès que Willem a remporté avec Headhunterz peut le conduire de la Suède à Dallas, en passant par le Mexique, dans l'espace d'une semaine pour y donner des concerts. Cette année, il va de nouveau être très occupé. Surtout aux État-Unis, le DJ hardstyle est très apprécié pour les spectacles de clôture des fêtes. Il aime « assez bien ça » et désormais il fait ça haut les mains. Mais quel est le défi pour Willem ?
« Aux États-Unis, je joue pour un public très différent et j’y suis un étranger. Voilà donc un de mes défis. De plus, je ne cesse d'apprendre en matière de la technique musicale. Je ne crois plus qu'il est possible de créer un disque entièrement nouveau rien qu'en achetant un nouvel appareil. Parfois, j’entends un truc dans une chanson et je me demande: comment ils ont fait ? Dans le morceau Fn Pig de son album nommé « Album Title Goes Here» Deadmau5 fait rouler un synthé de plus en plus rapidement. J’y ai puisé de l’inspiration pour Breakout, mon tout nouveau morceau produit avec Audiofreq. Il y a aussi toujours de nouvelles choses à découvrir dans le design sonore. Knife Party est très doué pour ça, par exemple. »
UNE RUPTURE DE STYLE
Son collègue, le DJ Afrojack, a sorti son premier album Forget the World le 19 mai 2014. Et bien que ce ne soit pas forcément d'usage dans le domaine de la dance, puisque les singles suffissent en principe, Willem se voit bien faire un album complet lui aussi.
« Moi, j’aime beaucoup écouter les albums, parce que ça permet de faire l’expérience d'un voyage ou d'un rêve. Pour les artistes, les albums leur permettent d'être plus créatifs et de ne pas seulement faire des tubes. Mon album est prévu à long terme. Je ne sais pas encore si je veux faire un album complet ou un « extended play ». Actuellement, je travaille sur un morceau avec TNT. Ça va être très cool. Récemment, j’ai achevé un remix avec Nostradamus. Je suis aussi en train de faire de nouveaux morceaux solo qui seront très différents de ce que j'ai l'habitude de produire. Je sais déjà que ça va faire couler beaucoup d'encre sur Internet, vu l'ampleur de la rupture de style. J'ai déjà mis mon gilet pare-balles. »
Matériel du studio de Headhunterz
Rack 1 (à gauche): Access Virus (expandeur clavier/synthétiseur), Samson PowerBrite PB10 (distributeur de courant), Motu Midi Express 128 (interface MIDI), Motu 3408mk3 (interface audio PCI)
Console du milieu: Macbook Pro (Willem l'utilise pour composer des morceaux, aussi bien à la maison qu'en route), Access Virus C (synthétiseur numérique), Avocet Discrete Class A Studio Controller Remote II (pour le réglage du système de monitoring), Crane Song HEDD-192 (convertisseur AN/NA), Crane Song Trakker (compresseur/limiteur à 1 canal), 2 x Empirical Labs EL8-X Distressor (compresseur), Roland A-500S
Rack 2 (à droite): Samson PowerBrite Pro 10 (distributeur de courant), Tascam CD-01U (lecteur CD), Crane Song Flamingo (préampli micro), Motu HD192 (interface audio de haute définition), Lexicon PCM96 (processeur d'effets stéréo), GrimmAudio CC1 (système temporel qui synchronise le tout), Avocet Discrete Class A Studio Controller (système de monitoring)
Moniteurs: 2 x Genelec 8260A DSP, 2 x Genelec 8040A
Appareils supplémentaires: clavier Apple, Minimoog Voyager XL (synthétiseur analogique), 2 x Moog Subwoofer (synthétiseur analogique)