Vous avez enfin rassemblé suffisamment de matière (voire un peu trop !) pour sortir un album ou un EP ? Une question cruciale se pose alors : comment articuler le tout pour créer une véritable cohérence ? Comment faire en sorte que vos morceaux forment un projet homogène plutôt qu’une simple compilation de titres alignés les uns après les autres ? Et surtout, comment captiver votre auditoire du début à la fin ? Autant vous prévenir : il ne suffit pas d’appliquer la même technique de mixage à chaque fois. Notre blogueuse invitée, la productrice De Ana, vous explique la marche à suivre.

Faire sonner un album comme un tout – 5 techniques

#1. Homogénéiser les prises de son

Commençons par le commencement. La prise de son est évidemment la toute première étape à envisager, et l’une des plus déterminantes. En enregistrant vos titres avec des configurations similaires, vous installez d’emblée une identité sonore commune (tout en gagnant un temps précieux et en maîtrisant votre budget). Vous vous simplifierez aussi énormément la vie au mixage si vos prises sont irréprochables : de bons musiciens, une acoustique adaptée, des micros adéquats et bien placés. L’objectif est d’être le plus constant possible dans votre démarche : enregistrez vos différents instruments dans un même cadre et avec des configurations comparables. Pour ma part, j’ai par exemple l’habitude de mettre en boîte toutes les batteries d’un album sur une seule et même journée.

#2. Pas de copier-coller

Une fois votre premier morceau mixé, vous pourriez être tenté de créer un modèle à partir de celui-ci et de l’utiliser pour le reste de l’album. C’est une erreur ! Mieux vaut vous concentrer sur des concepts de mixage similaires plutôt que de copier-coller des réglages à l’aveugle. Chaque titre a sa propre dynamique, son émotion, son histoire, son ambiance… Bien sûr, l’album doit former un tout, mais ça ne s’obtient pas en utilisant systématiquement les mêmes réglages de compression et de réverbe. Réfléchissez d’abord à ce qui rend votre son unique et aux éléments sur lesquels vous voulez mettre l’accent pour cet album. Si vous écoutez Happier Than Ever de Billie Eilish, vous remarquerez qu’il y a beaucoup de variation de style et d’effets, selon les besoins de chaque chanson. Pourtant, il existe des points communs évidents entre les titres : que vous écoutiez des morceaux plus épurés comme Billie Bossa Nova ou les arrangements plus chargés dans la deuxième moitié de l’album, vous retrouvez toujours les empilements de voix et les harmonies, les basses lourdes et saturées, ainsi que l’intimité poignante de la voix de Billie. En clair : considérez chaque morceau comme un chapitre fort et singulier au sein d’un récit plus vaste.

Faire sonner un album comme un tout – 5 techniques

#3. Et si tous les morceaux sont très différents ?

Il est tout à fait possible de varier les styles et les intensités sans pour autant que l’album devienne incohérent. Mieux encore : c’est une excellente manière de sortir de votre zone de confort et de montrer tout ce dont vous êtes capable en tant que musicien ou producteur. Beyoncé en est un bel exemple. Sur son album Lemonade, elle nous embarque dans des montagnes russes émotionnelles, naviguant entre peine de cœur, trahison, réconciliation et affirmation de soi. Il est donc parfaitement logique que chaque titre représente une étape spécifique de ce parcours. Pourtant, l’album réunit une armée de musiciens, de beatmakers et d’ingénieurs du son très différents. Quel est le secret de son unité ? La narration. Quels que soient les détours musicaux empruntés par Lemonade, le fil narratif reste d’une clarté absolue.

#4. N’ayez pas peur d’expérimenter

Sur la plupart des morceaux de l’album Ctrl de SZA, on entend des extraits d’enregistrements de sa mère évoquant son besoin de tout contrôler et l’apprentissage du lâcher-prise. Et sur To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar, on l’entend égréner des monologues entre les morceaux, avec, à la fin, une histoire de chenille et de papillon, ainsi qu’une interview de 2Pac. Ce ne sont que des exemples. L’essentiel, c’est de ne pas avoir peur d’expérimenter, de mettre votre empreinte personnelle sur l’album et — surtout — d’en faire une une véritable expérience immersive pour l’auditeur.

#5. Sachez trancher

Mon dernier conseil : restez objectif et supprimez des titres ou des éléments qui ne servent pas l’album. Oui, un album vous offre une grande liberté créative ( idées hors normes, chansons très intimes, morceaux parfois moins policés qu’un single), mais tout doit contribuer à la vision globale de l’album. Pendant les différentes phases du processus créatif, essayez de mettre votre ego de côté régulièrement. Et si l’exercice s’avère difficile, dites-vous qu’on ne supprime pas une idée parce qu’elle est mauvaise, mais simplement parce qu’elle n’a pas sa place sur cet album précis. Rangez-la dans un dossier d’archives : elle refera surface sur un prochain projet !

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