Les groupes avec des instruments à vent existent sous toutes les formes et toutes les configurations. Dans un big band, on travaille avec quatre trompettes, quatre trombones et cinq saxophones ; un groupe de reprises se contente souvent d’une seule trompette, d’un sax ténor et éventuellement d’un sax alto et d’un trombone. Plus il y a de cuivres, plus il devient difficile d’obtenir un jeu parfaitement aligné. Quel est le secret d’une section de cuivres qui sonne vraiment tight ? Dans cette suite de notre premier blog sur la section cuivres, nous vous expliquons tout en détail !

Het geheim van een strakke blazerssectie

Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui fait la précision d’une section de cuivres : les notes doivent bien se poser sur le groove, les musiciens doivent idéalement démarrer et s’arrêter au même moment sur les notes communes, et ils doivent se suivre de près sur le plan dynamique. Voilà, c’est tout, non ? Hélas, c’est plus facile à dire qu’à faire : il y a bien d’autres éléments à prendre en compte.

Jouer avec la même conception

« Jouer dans une section pop demande une certaine manière de faire de la musique », explique le trompettiste et arrangeur Martin Hiddink. « Une section de cuivres sonne mieux qu’une autre. Cela tient notamment à la “conception” des cuivres, comme on dit. Tous les musiciens d’une section doivent jouer avec la même conception. À chaque note, ils doivent penser et jouer comme un seul bloc, afin que chaque note commence au même moment et (tout aussi important) se termine au même moment. L’articulation et la manière de placer les accents doivent également être identiques pour chaque musicien. » C’est ainsi que l’on obtient une section de cuivres précise, et donc percutante. Mais, bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. Que faut-il faire pour y arriver ?

Attaquer la note

Jouer tight commence évidemment par la concentration : il faut être entièrement focalisé sur la précision. La note la plus facile à attaquer proprement est celle qui tombe sur le premier temps de la mesure : ce temps est le plus simple à trouver et à ressentir. « Une note sur le premier temps se passe généralement bien », dit Martin. « Cependant, beaucoup de notes de cuivres ne tombent pas sur le premier temps : pas sur “un”, mais par exemple sur “un-et”. C’est au milieu du deuxième temps. C’est déjà nettement plus difficile à timer correctement. On ne peut pas toujours le “calculer” de manière mathématique. Dans un style comme le funk, on peut encore compter assez précisément où la note doit tomber, car le funk se joue très droit. Mais dans des morceaux avec un feeling swing, tout devient beaucoup plus flou. Tout le monde doit jouer ce swing avec la même conception pour attaquer une note de ce type de manière précise. » Sur le plan du timing, les sections de cuivres ont souvent tendance à « traîner » dans le tempo. Elles jouent alors avec un timing « paresseux », aussi appelé laid back. « Le fait de jouer laid back ou non dépend du style », précise Martin. « Cela fonctionne souvent en jazz, mais certainement pas en disco, en funk et dans beaucoup de pop. Ces styles ne se jouent pas laid back. En plus, avec une section de cuivres qui joue laid back, vous risquez d’entraîner la section rythmique — surtout la basse et la batterie — dans ce timing. Résultat : tout le groupe ralentit. » Il est donc essentiel que toute la section de cuivres écoute attentivement la section rythmique et veille à ne pas tomber dans un timing “mou” dans un style où le laid back n’a pas sa place.

Dynamique

La dynamique, c’est bien plus que jouer simplement les passages indiqués piano, mezzoforte ou forte. La créativité se trouve dans de petits crescendos sur trois ou quatre notes, un accent bien appuyé, faire ressortir les points culminants d’une phrase, etc. Il est également toujours utile d’écouter la fonction d’un petit motif par rapport au chant. Un mini-lick de trois notes entre deux phrases du chanteur peut ressortir avec du caractère, mais lorsque le chant et les cuivres avancent ensemble, le texte et la mélodie ne doivent pas se faire écraser.

Suivez le lead

« Pour le timing, il est aussi important que chaque section de cuivres ait ce qu’on appelle un lead, et qu’elle le suive », poursuit Martin. « Le lead est le chef en matière de timing. Souvent, c’est aussi le leader de section et donc l’interlocuteur au nom du groupe. Dans les sections de cuivres, c’est généralement le premier trompettiste, celui qui joue les notes les plus aiguës. Mais cela peut être un autre instrumentiste, à condition qu’il soit dans le registre supérieur de la section, car les notes aiguës sont plus faciles à repérer que les graves. » Si le lead joue un crescendo, les autres doivent le suivre. Si le lead manque d’air sur une note donnée, une voix inférieure ne doit évidemment pas continuer une pulsation de plus, même si c’est écrit ainsi sur la partition. Après le timing, il faut trouver le bon équilibre de volume — et, là aussi, il faut suivre le lead. Toutefois, si le lead constate que tous les membres n’ont pas la même puissance, il est souvent plus musical de lever un peu le pied. Bien sûr, les voix intermédiaires doivent elles aussi garder l’oreille ouverte aux différences d’équilibre. Une section de cuivres sans lead est tout simplement impensable, estime Martin. « Pourtant, on voit parfois, chez les amateurs, qu’on joue sans lead. Mais le timing en musique pop exige un lead, car la section doit pouvoir se focaliser sur quelque chose pour le timing. La batterie et la basse ne suffisent pas. Il faut aussi un point de repère au sein de la section : c’est le lead. » Tous les musiciens doivent bien suivre le lead et accepter qu’il ou elle soit le “patron musical” sur scène. « Pendant les répétitions, il y a du temps pour discuter. En même temps, le lead doit avoir une conception musicale dans laquelle la plupart des autres peuvent se reconnaître, et il doit jouer de façon constante. »

Laissez de la place aux solistes

La qualité d’une section de cuivres ne dépend pas tant des qualités individuelles des musiciens, mais surtout de leur capacité à jouer ensemble. Cela demande discipline et sens des responsabilités. Un bon soliste n’est donc pas forcément un bon musicien de section. Malgré tout, chaque section compte souvent un ou plusieurs membres qui ont envie de prendre des solos. Laissez-leur de l’espace et offrez-leur ces moments où ils peuvent s’exprimer en soliste. Ce n’est pas forcément un long solo : ici et là, un lick (improvisé) fait parfaitement l’affaire.

Terminer les notes

Pour obtenir une section de cuivres vraiment précise, on n’y est pas encore. Car, en plus d’attaquer ensemble, les cuivres doivent aussi terminer les notes ensemble. Chaque musicien doit tenir chaque note exactement aussi longtemps. « Dans beaucoup de sections, on accorde trop peu d’attention au fait de finir une note en même temps », constate Martin. « Pourtant, c’est très important. Cela s’apprend en travaillant spécifiquement ce point en section. Par exemple, partez d’une mesure à quatre temps et jouez (à partir du premier temps) une note qui dure trois temps. Vous devez la tenir pendant les trois temps complets et, précisément sur le quatrième temps, elle doit s’arrêter. Pas juste avant, pas juste après. C’est un excellent exercice pour apprendre à jouer avec la même conception. Bien sûr, on peut aussi s’exercer avec d’autres durées. » En tant qu’instrumentiste à vent, on peut terminer une note de différentes façons. On peut conclure de manière nette en bloquant avec la langue (ce qu’on apprend en big band). On peut aussi terminer doucement en arrêtant simplement le flux d’air. « Dans un morceau, on peut varier. Mais la condition, c’est que chaque membre de la section fasse la même chose sur chaque note », précise Martin. « Et, plus généralement, les cuivres doivent se concentrer en permanence sur leur timing et continuer à compter. »

Accorder et fusionner

Une bonne section de cuivres n’est pas seulement précise et rigoureuse : il faut aussi une intonation parfaite et une fusion du son. Pour cela, chaque musicien doit avoir un son bien centré, avec le moins possible de bruits parasites. La figure 3 ci-dessous illustre ce qui se passe lorsque ce n’est pas le cas. Sur la première image, l’instrument n’est pas bien soufflé. On voit que les petites pointes des harmoniques supérieures s’atténuent rapidement et qu’une grande partie de l’énergie se transforme en bruits parasites et en souffle, clairement visibles dans la zone “boueuse” entre les pointes. Sur la deuxième image, le son est beaucoup plus propre, les harmoniques se prolongent davantage et elles sont plus fortes. Quand vous jouez ensemble, vous cherchez — idéalement en permanence — à aligner ces pointes le plus précisément possible. Si l’un des musiciens de la section a un son “boueux” et mal défini, il y aura toujours des fréquences qui s’entrechoquent et la section ne fusionnera pas. Il est donc peu utile de s’accorder avec des musiciens qui ont un centre de son faible et beaucoup de bruits parasites. Sur les cuivres (petites cuivres), l’accord a tendance à monter dans les registres aigus. Il faut une technique extrêmement solide pour éviter cela. Même pour des trompettistes de très haut niveau dans un grand orchestre professionnel, rester parfaitement juste — par exemple face à des cordes — peut être un vrai défi dans certains passages.

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Figure 3 : la différence entre un son mal soufflé et un bon son devient visible dans une analyse spectrale. Sur l’image de gauche, le son est terne et soufflé ; sur l’image de droite, il est beaucoup plus clair. Le son de droite se mélangera mieux avec d’autres instruments.

Répéter

Voici encore quelques points pratiques pour viser une section de cuivres qui groove.

Répéter séparément

« Cela peut apporter beaucoup de faire répéter la section de cuivres séparément, de façon régulière », conseille Martin. « Si la section répète toujours avec le reste du groupe, certains points d’attention spécifiques passent au second plan. Ce sont précisément ces points que la section doit travailler dans ses propres répétitions. Sans le groupe, on entend beaucoup mieux où se trouvent les éventuels problèmes. Il est aussi recommandé d’enregistrer les répétitions et de les réécouter : on apprend énormément. » Concernant la disposition : placez le lead au milieu de la section. C’est là qu’il sera le mieux audible pour tout le monde. « C’est aussi vrai si vous utilisez des retours », ajoute Martin. « Avec des retours, on obtient rarement une situation idéale pour chacun. Il faut aussi pouvoir s’entendre acoustiquement, surtout le lead et soi-même. »

Enregistrer le jeu d’ensemble

Jouer tout en gardant les oreilles ouvertes sur l’ensemble de la section est un excellent exercice pour tout le monde, et cela devrait toujours se faire. Cependant, si vous êtes déjà très concentré sur le déchiffrage et le doigté, cela peut être beaucoup à gérer. Heureusement, aujourd’hui, chaque smartphone peut faire des enregistrements tout à fait corrects, suffisants pour réécouter ensuite ensemble tous les détails. Les inégalités rythmiques sautent vite aux oreilles, et il devient aussi rapidement évident si les notes se terminent de manière identique. Attention : la réécoute peut parfois être un peu confrontante. Mais c’est de loin le meilleur miroir pour progresser musicalement. Autre exercice très confrontant et très formateur : jouer avec un métronome. En plaçant les lignes de cuivres contre une pulsation externe, indiscutable, on comprend vite si tout le monde est bien en place rythmiquement. Un problème pratique est que le volume de plusieurs cuivres couvre un métronome classique. Cela se résout facilement si la salle de répétition dispose d’une sono. Avec un smartphone, une app de métronome (gratuite) et un câble, on peut amplifier le clic.

Jouer avec le tempo

La meilleure façon de mettre une phrase difficile sous microscope est de baisser le tempo et de répéter sans cesse le motif (en anglais : looper), et comme indiqué, de préférence avec un clic externe. Essayez différents tempos, et ralentissez même à l’extrême. Vous verrez alors si chaque musicien ressent vraiment le motif et l’a dans les doigts. Expérimenter avec un tempo trop élevé vaut aussi la peine. C’est un excellent entraînement pour se concentrer sur les notes les plus importantes de la phrase. À partir d’un certain point, les notes intermédiaires ne seront probablement plus atteignables, mais l’essentiel est d’apprendre à ne jamais sacrifier le timing. Dans une section de cuivres, le rythme doit être la priorité absolue. Quelques notes qui tombent sont moins graves, mais des notes en retard ou en avance perturbent l’ensemble et mettent tout le groove sous tension.

Travailler les offbeats

Un offbeat est une note qui ne tombe pas sur le temps : elle n’est donc pas “on the beat”, mais “off the beat”. On dit souvent qu’une telle note arrive après le temps. Visuellement, c’est vrai, mais ce qui se produit le plus souvent, c’est qu’elle est anticipée. Un autre mot pour une note tirée vers l’avant est une syncope. Étudiez la figure 2 ci-dessous, avec la phrase poétique « I was walking down the street ». Les syllabes « street », « the », « down » et « king » sont syncopées successivement. Pour sentir comment jouer une syncope dans un motif donné, il peut parfois être utile de “désyncoper” d’abord le motif : autrement dit, remettre la note anticipée à sa place — sur papier ou mentalement. Ensuite, vous réintroduisez la syncope pour ressentir comment la note “tombe”, comme si elle retombait vers le temps.

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Figure 2 : la ligne du haut ne contient aucune syncope. Dans les lignes en dessous, les syllabes street, the, down et king sont tirées vers l’avant, donc syncopées.

Le métier du souffle

Jouer d’un instrument à vent ne comporte pas seulement un aspect artistique et musical, mais aussi un aspect artisanal. Un musicien doit beaucoup — et régulièrement — s’entraîner pour produire un bon son. C’est particulièrement vrai pour les cuivres, comme les trompettistes et les trombonistes. Ils doivent accumuler de nombreuses heures pour maîtriser et entretenir leur embouchure (technique de souffle). Jouer d’un instrument de cuivre est physiquement plus exigeant que, par exemple, le saxophone.

L’aspect visuel compte aussi

Il arrive que, sur scène, les cuivres se sentent sur leur propre îlot et se mettent à discuter sur place d’un passage réussi — ou moins réussi. D’une part, cela ne rend pas bien pour le public, et d’autre part, cela perturbe la concentration de la section. Mieux vaut rester focalisé sur les prochaines lignes et garder l’évaluation pour après le set.


Arranger pour une section de cuivres

Une ligne de chant avec des paroles s’imprime facilement dans la mémoire. Les guitaristes peuvent aussi retenir une grille d’accords pas trop compliquée sans passer par l’écriture. En revanche, avec des lignes de cuivres à plusieurs voix, c’est presque impossible. Les parties de cuivres sont donc quasiment toujours notées sur papier par quelqu’un qui maîtrise l’arrangement. Pour cela, il faut savoir quels accords sont joués, comment les motifs de cuivres se déplacent dans l’harmonie, et comment répartir au mieux les voix, en tenant compte de l’étendue des instruments disponibles. Parfois, un groupe a un arrangeur dans ses rangs, mais on peut aussi acheter des arrangements prêts à l’emploi ou confier le travail à quelqu’un de formé.

Arrangement

« Avec une section de cuivres de trois musiciens ou plus, vous avez énormément de possibilités harmoniques », explique Martin. « C’est magnifique, mais c’est aussi un piège. Un arrangeur doit éviter d’écrire tout en trois voix ou plus. Si une section joue beaucoup en triade/à trois voix, cela sonne vite “plat”. Il faut doser cette polyphonie avec justesse. De plus, jouer des harmonies à trois voix ou plus (car c’est ce que vous faites alors) ne consiste qu’à épaissir les accords. Cela peut très bien fonctionner si vous voulez un rendu grandiloquent, par exemple à la fin de Music de John Miles, mais souvent, jouer de longues notes d’accord n’apporte rien. » Il n’y a donc rien de mal à jouer régulièrement à l’unisson (une seule ligne) en section de cuivres. Mieux : c’est vivement recommandé. Dans un morceau, il doit y avoir un bon équilibre entre unisson et polyphonie. « Et même à l’unisson, on peut créer des couleurs, simplement parce qu’on joue avec des instruments à vent différents », remarque Martin. « Et vous avez un tromboniste capable de jouer haut ? Qu’il le fasse de temps en temps, et que la trompette descende un peu : unisson dans la même octave. Cela peut sonner très énergique, justement à l’unisson. La section de Chicago le fait parfois. Ça donne beaucoup de puissance. » Bien sûr, vous pouvez aussi faire jouer de belles harmonies à la section aux bons moments — autrement dit des accords. « Il n’est pas courant d’ajouter, via la section de cuivres, des couleurs supplémentaires à l’accord déjà joué par le groupe », note Martin. « Donc si le groupe joue un accord de C7, la section ne devrait pas, par exemple, ajouter une 9 ou une 13. Ou encore plus “dur” : une b9 ou une b10. Dans certains styles, cela peut fonctionner, mais en pop, en général, ça ne colle pas. »

Pas trop de dièses et de bémols

Quand vous arrangez pour une section de cuivres, gardez en tête que tous les musiciens ne peuvent pas jouer très aigu. Il faut aussi tenir compte des possibilités limitées en matière de transposition. Transposer, c’est mettre le morceau dans une autre tonalité, par exemple pour que le chanteur soit plus à l’aise. Ne montez pas trop haut et évitez de faire jouer les cuivres dans une tonalité difficile. La plupart des instruments à vent sont des instruments en si bémol et sonnent un ton en dessous de ce qui est écrit. Si un morceau est, par exemple, en mi (une tonalité typique de guitare), les cuivres doivent jouer en fa dièse. Ils se retrouvent alors avec six dièses à l’armure, et ce n’est pas vraiment confortable.

Attention à l’articulation

Pour une section de cuivres, il est essentiel d’avoir un bon arrangement. Non seulement bon au sens musical et harmonique, mais aussi bon au niveau des informations ajoutées. Avec des points, des traits et des chapeaux au-dessus des notes, l’arrangeur indique si les notes doivent être jouées courtes ou longues. Il indique aussi l’articulation à l’aide d’accents : quelles notes doivent être mises en avant. Un > sur une note signifie par exemple un accent marqué, sans être trop court. « Prenez par exemple l’intro cuivres de Disco Inferno de The Trammps », illustre Martin. « Il y a plusieurs croches. Si vous laissez les cuivres faire, chacun jouera ces notes différemment en durée et en articulation. C’est pourquoi il est important que l’arrangeur précise comment les croches doivent être jouées, par exemple : la première longue, la deuxième courte, la troisième courte, la quatrième longue avec un accent, etc. L’articulation doit être clairement indiquée, sinon chacun interprète à sa façon. S’il n’y a pas d’articulation, mettez-vous d’accord entre vous. » Les signes d’articulation permettent aussi de garder une écriture simple. Par exemple, pour quatre noires sur les temps, il est souvent plus clair d’indiquer le staccato avec des points plutôt que d’écrire des croches suivies de silences de croche à répétition. Conseil : écoutez beaucoup d’autres sections de cuivres, pour comprendre comment elles jouent les différents styles. « Un exemple parlant : The Blues Brothers. Leur section de cuivres joue les notes différemment de ce que je ferais moi-même. Mais c’est justement ce qui fait l’identité du son des Blues Brothers. Cela tient surtout à l’articulation des cuivres et aux longues notes de basse du bassiste Donald “Duck” Dunn. On peut énormément apprendre en écoutant attentivement la musique qu’on aime. Inutile de réinventer la roue. » Dans la figure 1 ci-dessous, vous trouverez un exemple de la première ligne d’une partie bien soignée en termes d’indications de forme, d’articulation et de dynamique.

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Figure 1 : le début d’une partie de trompette pour Don’t You Worry About a Thing de Stevie Wonder, dans la version d’Incognito. Tout ce qui se passe dans les mesures vides est indiqué, tous les signes d’articulation importants sont sur les notes, et un petit crescendo est prévu pour rendre le tout plus “moelleux”.

Compatible remplaçant

Bien sûr, il arrive qu’à un moment donné, votre groupe ait un concert où l’un des cuivres ne peut pas être présent. Pour ces situations, il est particulièrement important que les parties soient “compatibles remplaçant” : c’est-à-dire qu’elles soient complètes en signes d’articulation, navigation (formes), dynamique, mise en page, indications de tempo, etc. Un remplaçant qui lit bien — ou qui prépare correctement le job à la maison — pourra alors assurer un bon cachet. Gardez aussi à l’esprit que c’est très frustrant, pour un bon musicien, de faire des erreurs à cause de partitions mal fichues. Autre raison de travailler dès le départ avec une notation précise : personne n’a besoin de désapprendre quoi que ce soit. Si vous jouez d’abord le morceau plusieurs fois avec une conception personnelle qui s’avère ensuite incorrecte, la mauvaise façon de jouer s’ancre dans la mémoire et il devient bien plus difficile de changer. Bien sûr, avant de jouer le morceau, cela aide aussi d’écouter plusieurs fois l’enregistrement audio original (s’il existe).

Lire la musique

Une fois les parties prêtes, il faut évidemment les lire. La plupart des instrumentistes à vent commencent la musique enfant à l’école de musique, puis passent vers un orchestre d’harmonie ou une fanfare, où la lecture est la norme. Apprendre à lire la musique constitue une base excellente pour jouer en groupe. Attention cependant : le répertoire d’un groupe de reprises ou d’un big band diffère fortement de ce que l’on joue dans un orchestre d’harmonie ou une fanfare, même s’il existe des ensembles qui s’aventurent vers des morceaux funky ou même “swing”. L’un des codes à maîtriser absolument est celui des offbeats, dont nous reparlerons juste après. Les offbeats apparaissent dans des écritures en croches, croches shuffle (le fameux feeling en triolets, avec ce petit rebond), doubles croches et doubles croches shuffle. Chaque membre de la section doit être capable de jouer ces offbeats de manière autonome : tight, au métronome, avec une certaine aisance. Si l’un des membres n’y arrive pas vraiment et “suit” simplement les autres, la section ne sera jamais tight.

Jouer des reprises

Imaginons que vous soyez l’arrangeur de la section de cuivres et que vous jouiez une reprise dans laquelle il y a des cuivres sur la version originale. Vous voudrez évidemment vous rapprocher au maximum de la partie originale. Cela signifie que vous devez écouter de manière analytique. Concentrez-vous d’abord sur les notes les plus aiguës, généralement celles de la trompette lead. Ces notes sont les plus caractéristiques et aussi les plus faciles à isoler. Pour les voix en dessous, vous avez un peu plus de liberté pour arranger “fidèlement”. Il se peut aussi que votre section ait une composition différente de celle du morceau original. Comment faire dans ce cas ? Martin explique : « Imaginons une section de trois musiciens, du grave à l’aigu : trombone, saxophone et trompette. Vous pouvez jouer un accord à l’état fondamental. Par exemple, un accord de C majeur devient : trombone joue c, sax joue e et trompette joue g. Ça fonctionne, mais c’est un peu fade. Et, en plus, vous doublez la basse, puisque la note la plus grave de la section est la fondamentale de l’accord. C’est plus intéressant si vous faites un renversement. Par exemple : trombone joue le (grave) g, sax joue c et trompette joue e. » Vous pouvez très bien tester cela au piano. Jouez à gauche la note de basse et, à droite, l’accord dans la disposition jouée par les cuivres. Vous aurez ainsi une bonne idée du résultat. Le saxophoniste peut jouer aussi bien le sax ténor que le sax alto ? Exploitez cette possibilité. « Il est préférable de ne pas avoir un trop grand écart entre le sax et la trompette », dit Martin. « Si la trompette joue bas, choisissez le sax ténor. Si la trompette joue haut, choisissez le sax alto. » Plus une section joue des triades, plus le morceau sonne “mignon”. Dans certains titres, c’est évidemment voulu. Il existe aussi beaucoup de morceaux pop où les accords sont des accords de quatre sons ou plus. Cela offre des possibilités supplémentaires pour l’arrangement. « Vous pouvez, par exemple, écrire en clusters », explique Martin. « Vous placez alors les notes très proches les unes des autres, par exemple une septième collée à la fondamentale. Cela apporte une tension supplémentaire à l’arrangement de cuivres. Certains styles et certains morceaux s’y prêtent très bien. Mais pas dans des chansons “douces”. »

Conseils pratiques d’arrangement

  • Les productions studio de grands artistes que vous voudriez rejouer avec un groupe de reprises sont généralement enregistrées par les meilleurs musiciens de studio, souvent doublés et harmonisés pour une grande section. Or, un groupe de reprises doit souvent se contenter de deux, trois, ou au mieux quatre cuivres, et ils sont souvent — soyons honnêtes — moins bons. Même s’il y a un lead à bord capable d’assurer les notes aiguës, il faut rester vigilant : l’effectif est-il suffisant pour soutenir correctement dans le grave ? Si vous n’obtenez qu’une pâle copie trop mince de l’original, mieux vaut écrire une octave plus bas ou inventer d’autres lignes. L’inconvénient, c’est que le public risque de trouver étrange qu’un morceau d’Earth, Wind and Fire ait soudain de nouvelles lignes de cuivres.
  • Il existe un moyen sous-estimé contre un rendu trop “mince” : l’unisson ! Une ligne peut sonner incroyablement puissante si trompette, sax ténor et éventuellement trombone jouent ensemble en octaves. La polyphonie peut être très massive, mais elle détourne parfois l’attention de la mélodie.
  • Si vous créez un arrangement original, essayez d’écrire de manière relativement fidèle au style. Dans un morceau funk, de longues notes tenues ne fonctionnent généralement pas très bien, alors qu’en rock, elles peuvent justement renforcer l’ensemble avec efficacité.
  • Dosez bien le matériau. Ne remplissez pas tout à ras bord. Veillez à ce que les riffs de cuivres ne gênent pas le chant. Les accords dissonants et “épicés” sont surtout efficaces lorsqu’ils sont utilisés avec parcimonie. Si les altérations pleuvent en permanence, l’auditeur se fatigue vite.
  • Assurez une bonne répartition des voix. Pour un trompettiste qui doit jouer les notes aiguës, il est agréable que la voix suivante soit proche, donc à un intervalle de tierce ou de quarte. Dans les registres graves, où se trouvent par exemple le sax baryton et le trombone, mieux vaut éviter des intervalles trop serrés, sinon cela devient brouillon. Donc : plus c’est grave, plus c’est large. Vous trouverez davantage de règles simples de ce type dans les livres d’arrangement.

Vous voulez entendre des exemples de bonnes sections de cuivres ? Écoutez par exemple : Earth, Wind & Fire, Tower of Power et les Seawind Horns (par exemple sur l’album Off the Wall de Michael Jackson). En France, on peut notamment citer la section cuivres d’Electro Deluxe et celle du Paris Jazz Big Band.

Voir également

» Ajouter une section de cuivres à votre groupe ? 8 conseils pour une collaboration parfaite
» Jouer dans une big band : sonner comme un seul instrument
» Saxophone : histoire, types et techniques de jeu
» La famille des cuivres : du registre le plus aigu au registre le plus grave
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» Jouer des solos sur des progressions d’accords
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