Jouer dans une big band : sonner comme un seul instrument
Publié le vendredi 17 juillet 2026
La big band a une histoire riche qui remonte à plus d’un siècle. Malgré son âge, la big band est toujours bien vivante et, aux Pays-Bas, un nombre considérable de big bands est actif. Qu’est-ce que cela fait de jouer dans une big band ? Quelles exigences sont posées ?

Sonner comme un seul instrument
Il est difficile de trouver des chiffres précis sur internet. Mais quand on sait que Sander Zweerink dirige déjà trois big bands dans une région relativement restreinte, on comprend qu’il doit y avoir un nombre conséquent de big bands actifs aux Pays-Bas. Il existe aussi des « big bands de circonstance » composées de musiciens professionnels qui aiment jouer régulièrement dans une formation big band, comme le Millennium Jazz Orchestra. Sander Zweerink adore les big bands. Dans la vie de tous les jours, il est trompettiste freelance. Il joue notamment dans le groupe de reprises professionnel The Boston Tea Party, avec (la big band du) Metropole Orkest et avec The Jazz Orchestra of the Concertgebouw (également une big band). Et il dirige trois big bands amateurs dans sa région. Il va de soi que Sander aime la musique de big band. « Bien sûr. J’ai grandi dans la culture des instruments à vent. J’aime jouer dans une big band, en diriger une, ou simplement en écouter. Tout comme j’aime écouter du jazz. La big band est très polyvalente, autant dans les styles musicaux que dans les couleurs sonores. Quand une big band joue et que tout est en place, c’est génial. Une big band est composée principalement d’instruments à vent. Un instrument à vent ne peut jouer qu’une seule note à la fois. Dans une big band, chaque instrument joue sa propre note. Le défi, c’est de sonner comme un seul instrument. Quand on y arrive, c’est vraiment top. »
Une formation assez fixe
Une big band a une composition assez fixe : quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones (deux altos, deux ténors, un baryton) et une section rythmique. Cette section rythmique est généralement composée d’une basse (contrebasse ou basse électrique), d’un piano et parfois d’une guitare. « Souvent, les soufflants maîtrisent plusieurs instruments à vent : entre deux morceaux, on prend par exemple une clarinette, une flûte traversière ou un bugle », remarque Sander. La big band est née dans les années 1920 — les Années folles. À ses débuts, c’était un ensemble un peu plus « romantique », qui incluait aussi des cordes. On y jouait une forme plus douce de jazz, avec peu d’improvisation, sur laquelle on pouvait danser avec élégance. Dans les années 1930, les cordes ont disparu et l’esthétique a évolué de plus en plus vers le swing. Parmi les chefs de big band célèbres de cette époque, on peut citer Duke Ellington et Benny Goodman. Si vous regardez un film sur la Seconde Guerre mondiale où l’on accueille des libérateurs américains, vous entendez presque toujours de la musique de big band — souvent du Glenn Miller. En temps de guerre, la musique de big band a quelque chose de libérateur. Aux Pays-Bas, on l’écoutait en cachette à la radio. La musique de big band des années 1930, 1940 et 1950 était véritablement une musique de danse. Ensuite, la big band s’est de plus en plus focalisée sur la musique elle-même, avec davantage de place pour les solos improvisés. « Dans la musique de big band actuelle, ils en font pleinement partie », précise Sander. « Beaucoup d’arrangements pour big band sont basés sur des standards de jazz. On improvise alors sur ces grilles d’accords. » L’évolution ne s’arrête pas là. « La musique de big band intègre de plus en plus d’influences. Pensez à la fusion et au classique contemporain. On joue aussi avec des “instruments invités”. Avec le Jazz Orchestra of the Concertgebouw, nous avons par exemple joué récemment avec l’organiste Hammond Dr. Lonnie Smith. »
Le trompettiste lead
Dans toute formation, il faut s’écouter pour bien faire de la musique ensemble. Dans une big band, c’est même organisé de manière « officielle ». Sander explique : « Au sein de chaque section, il y a un premier, un deuxième, un troisième, etc. Le premier est ce qu’on appelle le lead. Tout devant, le premier de la rangée est le trompettiste lead. C’est lui ou elle qui détermine, en concertation avec le chef, la manière dont l’orchestre joue. Pensez à l’articulation, au timing, au phrasé et à la dynamique. » Une big band joue à partir d’une partition, donc de notes. Cela semble très absolu, mais ça ne l’est pas. Des notes écrites laissent beaucoup de place à l’interprétation. « Chez les instruments à vent, ce qui est caractéristique, c’est qu’il n’y a pas seulement le moment où une note commence, mais aussi celui où elle s’arrête. Tout le monde doit aussi s’arrêter en même temps pour que la big band sonne comme un tout », remarque Sander. Comment cela fonctionne-t-il en pratique ? « Le trompettiste lead a le lead. Le premier saxophoniste et le premier tromboniste suivent le trompettiste lead. Chaque section suit ensuite le premier de sa section. Et chacun se concentre surtout sur le soufflant assis à côté de lui. C’est comme ça qu’on obtient un ensemble cohérent », explique Sander. Évidemment, cela ne signifie pas que tous les soufflants jouent la même note. « Au contraire : chacun a sa propre partie, avec ses propres notes. Bien sûr, il y a des doublures. Mais jouer ensemble ne concerne pas seulement la hauteur : il s’agit aussi des éléments mentionnés plus haut, comme l’articulation, le timing, le phrasé et la dynamique. »
Écouter son voisin
Pour que tout cela se passe au mieux, le lead est toujours placé au milieu. À quatre, ce n’est pas évident : on obtient donc par exemple une disposition 2-1-3-4 ou 3-1-2-4. C’est d’ailleurs l’inverse des orchestres classiques, où le premier violon est devant. « Un soufflant en big band passe donc 50 % de son attention à ce qu’il joue lui-même, et 50 % à ce que joue le lead », note Sander. « En tant que musicien de big band, vous devez donc être très conscient de votre rôle et de votre place. Et bien sûr, vous devez maîtriser parfaitement votre propre partie. Sinon, pendant que vous jouez, vous luttez trop avec votre partition et il ne vous reste plus de “place” pour écouter votre voisin avec suffisamment d’attention. » Dans un groupe pop, les musiciens peuvent encore se regarder un peu. Pour les soufflants en big band, c’est difficile. Ils ont leurs partitions devant eux et sont assis en rang, les uns à côté des autres. « C’est vrai », confirme Sander. « Jouer ensemble, c’est quelque chose qui doit se construire. Vous jouez un morceau pour la première fois. La deuxième fois, ça se met souvent déjà mieux en place automatiquement. Donc : jouer beaucoup. »
Un lead attitré
Cela impose aussi des exigences au trompettiste lead. « Il doit être constant, ce qui le rend prévisible pour les autres musiciens. Et il faut avoir en soi la capacité de décider musicalement quoi en faire. De plus, le trompettiste lead joue la partie la plus aiguë de tout l’orchestre. Ce sont souvent des parties exigeantes. Bref : le trompettiste lead doit très bien jouer et savoir ce qu’il veut musicalement. » Dans un groupe pop, la base rythmique est posée par le batteur et le bassiste. « Dans une big band, ce sont surtout le trompettiste lead et le batteur. Si ces deux-là sont vraiment bons, vous avez déjà gagné la moitié », selon Sander. En général, le trompettiste lead est une personne fixe. « Si vous changez souvent, tout le monde doit s’adapter en permanence. Presque toutes les big bands ont un trompettiste lead attitré. La big band de la radio allemande WDR en a deux : un Néerlandais et un Autrichien. » Certaines radios allemandes ont encore des orchestres de radio et leurs propres big bands, comme on en avait autrefois aussi aux Pays-Bas. Chez nous, ils ont tous été supprimés au fil des coupes budgétaires. Il existe encore en Europe quelques big bands professionnelles, mais les musiciens n’y ont pas de poste fixe. Par exemple le Brussels Jazz Orchestra, le Jazz Orchestra of the Concertgebouw, et il existe aussi un Glenn Miller Orchestra qui tourne à travers l’Europe.
Un idiome propre
Quelle est une erreur fréquente des big bands ? « Que tout le monde joue tout fort », répond Sander après un moment de réflexion. « Donc qu’il n’y ait pas, ou pas assez, de dynamique. Sans dynamique, c’est beaucoup moins intéressant à écouter pour le public. Et vous perdez aussi l’effet “wow” quand, une fois, vous jouez vraiment à pleine puissance. » Jouer dans une big band impose-t-il d’autres exigences que de jouer dans une harmonie ou une fanfare ? « Pas tant que ça », répond Sander, dont ce sont aussi les racines. « Là aussi, il faut écouter les autres musiciens. Il s’agit de jouer ensemble. Bien sûr, il y a des différences de musique. La big band a son propre idiome, différent de celui, par exemple, d’une fanfare ou d’un quatuor de saxophones. Il faut avoir du feeling pour le jazz. Et savoir jouer swing, car beaucoup de musique de big band se joue avec une conception swing. »
Hall of Fame
Quelles sont les grandes big bands ? Voici la liste de Sander :
Count Basie
Duke Ellington
Thad Jones / Mel Lewis Orchestra
Et voici ses compositeurs/arrangeurs préférés :
- Thad Jones
- Bill Holman
- Maria Schneider
- Sammy Nestico
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