Buddy Rich (1917-1987) est considéré par beaucoup comme le meilleur batteur de tous les temps. Quoi qu’il en soit, c’est une légende de la batterie, souvent vu comme l’un des pionniers du jeu technique. Les racines de Buddy se trouvent dans le jazz, mais ses techniques ont irrigué tous les styles de musique.

Buddy Rich - Pourquoi c’est une légende de la batterie

Bernard

Buddy (qui s’appelait en réalité Bernard) est né en 1917 à Brooklyn, New York. Son sens du rythme s’est révélé très tôt. À l’âge d’un an, il était déjà capable de tenir un « steady beat » avec des cuillères. Tout petit, il se produisait déjà comme batteur, ce qui lui valut le surnom « Traps the Drum Wonder ». À onze ans, il était chef d’orchestre. Au sommet de sa carrière d’enfant, il était le deuxième enfant le mieux payé du monde du spectacle (juste derrière l’acteur Jackie Coogan). Concentrons-nous sur les qualités musicales de Buddy Rich et sur l’influence qu’il a eue — et qu’il a toujours — sur les batteurs pour qui il a été un modèle majeur. Pour beaucoup, encore aujourd’hui, Buddy est le meilleur batteur au monde. Il est célébré pour sa technique virtuose, sa puissance, son groove et sa vitesse. En plus d’être batteur, Buddy dirigeait sa propre big band, au sein de laquelle il jouait lui-même. Avec cet orchestre, il a livré de superbes démonstrations musicales, mais c’est surtout sa manière de jouer de la batterie qui a fait sa renommée.

Chèque de Sinatra

Avant de plonger dans le jeu de Buddy Rich, un bref résumé de son parcours. On raconte que Buddy n’a jamais pris de cours de batterie. Il a bien travaillé avec Henry Adler, mais celui-ci lui a surtout appris à lire la notation musicale. Il ne répétait jamais, pas même avec sa propre big band. Pour cela, il engageait d’autres batteurs. Vers ses vingt ans, Buddy a intégré le monde du jazz, où il a rapidement joué avec des grands noms. L’un d’eux était le chanteur Frank Sinatra, avec qui il s’est lié d’amitié. En 1944, Buddy confia à Sinatra qu’il rêvait de monter son propre orchestre. Sinatra rédigea sur-le-champ un chèque de 40 000 dollars et lui dit : « Bonne chance, avec ça, ça devrait le faire. » Et cela a fonctionné. Buddy forma une big band qui connut un grand succès, y compris en dehors des États-Unis. Les années 1930 et 1940 furent l’âge d’or des big bands, mais Buddy parvint aussi, dans les décennies suivantes, à faire vivre son orchestre avec succès. Le medley de The West Side Story est légendaire.

Buddy Rich savait parfaitement évoluer dans l’univers de la télévision et du divertissement américains. Il était régulièrement invité dans différentes émissions, où il gagnait facilement le public. Son passage le plus connu est peut-être celui du Muppet Show, où il se lance dans un « drumbattle » avec Animal, le batteur attitré de l’émission (interprété par Ronnie Verrel). Animal perd le duel et se venge de Buddy en lui lançant un tom sur la tête.

Un batteur d’une précision redoutable

Assez parlé divertissement, place à la musique. Qu’est-ce qui rendait Buddy Rich si exceptionnel en tant que batteur ? Nous avons déjà cité sa technique virtuose, sa puissance, son groove et sa vitesse. « C’était aussi un batteur d’une précision redoutable », explique Pierre Courbois, l’un des batteurs de jazz les plus connus des Pays-Bas. « C’est indispensable quand on joue dans une big band. Plus l’orchestre est grand, plus le batteur doit être “carré”. Le premier temps doit être posé avec une exactitude absolue. On voit alors quelque chose d’intéressant : certains batteurs privilégient une mise en place très droite, d’autres un placement plus relâché, qui me plaît personnellement beaucoup. Il y a évidemment toutes sortes de nuances — et je fais moi-même plutôt partie des batteurs au placement plus libre. En jazz, cela peut être délicieux, à condition de jouer dans une petite formation. »

Rôle principal pour la caisse claire

Autre caractéristique typique du jeu de Buddy Rich : le rôle central accordé à la caisse claire. « Techniquement, c’est incontestablement le meilleur au monde à la caisse claire », poursuit Pierre Courbois. « Il a porté la technique de caisse claire à un niveau supérieur. Cette technique peut se travailler, entre autres, grâce aux fameux paradiddles. Ce sont des exercices de base sur la caisse claire (ou sur plusieurs fûts), dans lesquels on alterne la main gauche et la main droite selon un ordre précis, avec des single strokes et des double strokes (coups simples et coups doubles). » La vitesse incroyable que Buddy Rich pouvait développer est devenue légendaire. « Mais la vitesse, ce n’est pas la même chose que la technique », rappelle Pierre Courbois. « La vitesse se travaille. Ça a l’air très technique, mais, techniquement, jouer lentement est bien plus difficile. Plus vous jouez lentement, plus vous devez être précis. Cela vaut aussi pour le volume : jouer doucement est plus difficile que jouer fort. Buddy Rich maîtrisait tout cela à la perfection : rapide, lent, fort et doux. Il était d’ailleurs aussi fantastique aux balais. »

Jusqu’au bout

Buddy Rich est resté actif comme batteur jusqu’à la fin de sa vie. Il est décédé en 1987 d’un arrêt cardiaque, après avoir été opéré d’une tumeur au cerveau. On raconte que, lors de son admission à l’hôpital, une infirmière lui demanda s’il était allergique à quelque chose. Buddy répondit : « Oui, à la musique country & western. » Curieux d’en savoir plus sur ce batteur ? Internet regorge de contenus sur lui. En librairie, une biographie lui a été consacrée : Traps, The Drum Wonder: The Life of Buddy Rich, écrite par Mel Tormé.

Les « scream tapes »

Buddy Rich était connu pour sa personnalité affirmée, et il ne s’exprimait pas toujours avec diplomatie. D’un côté, il était serviable et aimable ; de l’autre, il avait la réputation d’avoir « la mèche courte ». Il arrivait que des membres de l’orchestre en fassent les frais. Il menaçait souvent de renvoyer des musiciens, mais cela restait le plus souvent à l’état de menace. Certains de ses musiciens ont enregistré ses coups de colère pendant les répétitions et en tournée, dans le bus. Ces enregistrements (connus sous le nom de « scream tapes ») ont circulé et ont renforcé son image de musicien impulsif. John La Barbera, ancien trompettiste dans la big band de Buddy Rich, a toutefois relativisé ces bandes. À la suite d’une erreur de batterie commise un jour par Buddy lui-même en concert, John eut une conversation approfondie avec lui. « Buddy m’a dit qu’en tant que musicien, il donnait toujours plus de cent pour cent. Et qu’il ne voulait jamais faire de concessions au détriment de la qualité musicale. C’est pour cela qu’il pouvait se mettre dans une colère noire lorsqu’il sentait qu’un musicien ne donnait pas tout. »

Livre et DVD

C’est toujours une bonne chose que des musiciens légendaires aient envie de transmettre leurs connaissances et leurs compétences. Buddy Rich l’a fait lui aussi. En 1942, il a écrit avec le professeur de batterie Henry Adler un ouvrage sur les techniques de caisse claire, intitulé Modern Interpretation of Snare Drum Rudiments. C’est encore aujourd’hui une référence pour les batteurs. Il n’y a pas si longtemps, une version mise à jour est sortie, avec des exercices ajoutés qui n’avaient pas été notés à l’époque. Le livre existe aussi en pack avec deux DVD, sur lesquels le batteur Ted MacKenzie démontre les exercices. Il est en tout cas disponible via différents (e-)commerçants. Cherchez le titre sur Google et vous le trouverez immédiatement.

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