Comment jouer du reggae à la batterie ? Le reggae est un style de musique dont la difficulté est souvent sous-estimée. En effet, jouer des rythmes reggae de manière authentique et correcte est beaucoup plus difficile que l’on ne croit. Ainsi, nombreux sont les musiciens qui ne savent pas quoi faire lors d’un bœuf de reggae. Sur ce blog, je vous propose de découvrir plusieurs rythmes reggae incontournables à la batterie et quelques astuces vous permettant d’obtenir un son optimal pour ce style.

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Rythmes de reggae à la batterie

Les rythmes reggae sont relativement simples, mais ils nécessitent une grande précision de jeu. En effet, bien que basés sur des motifs répétitifs, ces rythmes regorgent de détails et de variations qui déterminent le groove, ce qui les rend plus difficiles à jouer. À l’image d’autres styles de musique, le reggae se divise en de nombreux sous-genres qui vous permettent de vous essayer à un très grand nombre de rythmes et de variations. Vous trouverez ci-dessous les rythmes de base les plus utilisés :

  • ska / rocksteady
  • one drop
  • rockers
  • steppers

Tout comme dans le jazz, il est important d’écouter les autres musiciens si vous jouez du reggae en groupe – sinon le son ne sera pas cohérent. En tant que batteur de reggae, vous devez jouer un groove régulier et répétitif. Pour ce faire, il faut surtout prêter attention à ce que joue le bassiste. En effet, vous, en tant que batteur, et le bassiste fournissent une référence rythmique et harmonique pour le reste du groupe. Le guitariste et le claviériste font également partie de la section rythmique. Ensemble, vous jouez un « riddim » (rythme) qui forme la base d’une chanson.

Ska/rocksteady

Le ska est un genre musical né en Jamaïque à la fin des années 1950. Ce genre est un mélange de styles jamaïcaines traditionnelles, tels que le mento et la calypso, et du « rhythm and blues » américain. Dans le ska, on utilise des instruments similaires à ceux que l’on trouve dans le jazz. Il existe deux types de ska : le ska jamaïcain et le ska britannique à deux tons (le groupe Madness appartient à ce genre), qui est apparu plus tard. Dans cet article, je ne parlerai que du ska jamaïcain. Au milieu des années 60, un nouveau style de musique, nommé « rocksteady », est né. Plus lent que le ska, le rocksteady est considéré comme le précurseur du reggae. La différence entre le ska (jamaïcain) et le rocksteady n’est pas toujours évidente. En écoutant attentivement, vous remarquez qu’il y a une différence dans la manière où le guitariste joue « l’afterbeat » (le contretemps). En effet, dans le ska, le contretemps est joué avec un battement vers le haut, suivi d’un battement vers le bas. Dans le rocksteady, c’est l’inverse. Dans certains cas, l’orgue fait la même chose que la guitare. Bref, tout est dans les détails !

Rythme de base du ska et du rocksteady

Ci-dessous, vous trouverez deux mesures du rythme de base que vous pouvez utiliser pour jouer du ska ou du rocksteady. Si vous voulez, vous pouvez jouer les accents que j’ai marqués avec votre charleston en position mi-fermée. Attention : une note ouverte signifie que vous devez jouer un rimclick.

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

One Drop

Le « one drop » est un rythme « roots reggae » qui est devenu mondialement connu grâce à Carlton Barrett, le batteur de Bob Marley and The Wailers. Vous retrouverez ce type de beat sur de nombreuses chansons de ce groupe, dont Three Little Birds, No Woman No Cry, Get Up, Stand Up, Waiting In Vain, Stir It Up ou encore I Shot The Sheriff. Le one drop est similaire au rythme rocksteady, mais la sensation est différente. Dans le ska, le rocksteady et la pop, l’accentuation se fait sur le deuxième et le quatrième temps (un-DEUX-trois-QUATRE). Dans un one drop, l’accent est mis en particulier sur le troisième temps (un-deux-TROIS-quatre). Le troisième temps est joué par la grosse caisse et accentué par un rimclick (un coup de caisse claire avec la baguette posée sur le cerclage de cette dernière). Le deuxième et le quatrième temps sont accentués par la guitare et le piano (c’est ce que l’on appelle le « skank » ou le contre-temps). Le premier temps de la mesure n’est pas joué par la batterie, ce qui explique le nom de ce rythme : « the one has been dropped ». Outre une différence au niveau de l’accentuation et du tempo, les rythmes africains ont également eu une influence sur le one drop. Faites attention à l’utilisation de rimclicks sur une caisse claire accordée relativement haute – en général, la caisse claire est uniquement utilisée en position « ouverte » pour jouer des fills et des variations, à l’image d’une timbale. Les cymbales crash sont rarement utilisées.

https://youtu.be/Zkg_m3yQGec

Rythmes one drop

Le one drop dans sa forme la plus simple :

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Le one drop avec des croches sur la charleston

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Rockers

Dans les années 80, l’influence de rock se fit de plus en plus sentir, non seulement au niveau de la musique elle-même, mais également sur les endroits où les groupes de reggae pouvaient se produire. Le reggae est devenu plus dur et « hard », plus comme le rock. Le rythme « rockers » peut être expliqué et senti de plusieurs façons différentes. Ce rythme peut être comparé à celui d’une ballade rock, sauf qu’il faut compter deux fois plus vite. La grosse caisse est placée sur le premier temps et, si besoin, sur le troisième temps. Jouez la caisse claire sur le troisième temps, mais sans rimclick. En effet, jouez-là de manière normale ou faites un rimshot, si vous voulez. Sur la charleston, il faut jouer des croches. (Pour jouer une ballade rock, vous pourriez jouer des doubles croches sur la charleston, un coup de caisse claire sur le deuxième et le quatrième temps et un coup de grosse caisse sur le premier et le troisième temps.

« Pourquoi compter différemment lorsque il s’agit du même rythme ? »

La réponse à cette question n’est pas facile. C’est un peu comme quand on l’appelle un Fa dièse (Fis) un Sol bémol (Ges). Ces derniers représentent la même note, mais leur fonction est différente. La manière dont il faut compter dépend notamment de la ligne de basse et des règles musicaux (phrases). Le rythme « rockers » s’utilise également dans le hip-hop. Ce dernier est développé par Sly Dunbar, le batteur du duo reggae jamaïcain Sly and Robbie.

Rythme rockers

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Ce type de beat peut aussi être compté comme suit (« mi-temps ») :

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Steppers

Le rythme steppers vous permet de donner plus de vie à un morceau. Pour jouer ce rythme, il faut faire les mêmes mouvements niveau mains qu’avec un rythme one drop. Par contre, la grosse caisse n’est pas uniquement placée sur le troisième temps, mais sur tous les temps. Vous pouvez jouer la caisse claire de manière normale ou bien faire un rimshot. Il est également possible d’ajouter des coups de tom au rythme de base. Parmi les morceaux connus qui utilisent ce rythme, on nomme Jamming et Exodus de Bob Marley, ou encore African Postman de Burning Spear.

https://youtu.be/duoiUxO9Hps

Rythme steppers

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Variations à la charleston

Utilisée pour marquer le tempo et le groove, la charleston fait partie des éléments les plus importants d’une batterie. C’est aussi l’élément sur lequel on joue les plus de variations. Dans les exemples utilisés sur ce blog, j’ai noté les parties de la charleston en croches. Il est également possible de jouer ces parties en shuffle. Vous trouverez ci-dessous plusieurs motifs de charleston. En général, on place un léger accent sur le deuxième et le quatrième temps.

Variation 1

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Variation 2 (shuffle)

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Variation 3

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Variation 4

Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Remarque : la troisième et la quatre variation sont moins adaptées pour le ska et le rocksteady. Par contre, elles conviennent parfaitement aux autres rythmes mentionnés sur ce blog (one drop, rockers et steppers).

Bon à savoir : signes

Le reggae est un style de musique qui est connu pour laisser place à énormément d’improvisation, surtout sur scène. Le chanteur ou le leader du groupe fait des signes (« cues » en anglais). La majorité de ces signés sont également utilisés dans d’autres genres. C’est pourquoi il peut s’avérer utile de connaître les signes les plus courants. Si le chanteur dit « drum and bass » (batterie et basse), c’est le tour du bassiste et du batteur de mener la cadence. Le guitariste et le claviériste arrêtent de jouer ; on entend uniquement la basse et la batterie. On appelle cela aussi « dubwise ». Notez que dans ce cas, le guitariste et le claviériste peuvent ajouter des effets d’écho et de delay au son. L’inverse est possible aussi. Si le chanteur dit « riddim », seuls le guitariste et le claviériste continuent à jouer. Dans ce cas, la guitare et le clavier jouent sur le contretemps (également appelé « skank » ou « riddim »). Dans la pratique, il est normal que ces deux parties de la section rythmique se relayent sur scène. On voit aussi souvent que les groupes de reggae, influencés par la culture « soundsystem » – où l’on diffuse le même morceau en séquence successive – répètent l’intro d’une chanson. Dans ce cas, le chanteur dit « wheel », « pull up » ou bien « rewind » – il se réfère à l’action de tourner un vinyle dans le sens inverse. Parmi les autres signes à retenir, on cite « mix », ce qui signifie que tous les membres d’un groupe doivent jouer certains accents rythmiques de la même façon. Il s’agit en général de motifs assez courants. Bref, il faut toujours faire attention au chanteur pour savoir quoi jouer. Ci-dessous, vous trouverez l’un des rythmes mix les plus utilisés :Jouer du reggae à la batterie : rythmes, sons et cues

Conseils et astuces

En musique, il n’existe que très peu de règles fixes. Toutefois, pour garder un son de reggae authentique, il faut respecter quelques règles de bases. Vous trouverez ci-dessous plusieurs critères à prendre en compte :

  • Les batteurs orientés reggae utilisent rarement une cymbale ride. En général, ils jouent avec deux ou trois cymbales crash et, bien évidemment, une charleston. Certains batteurs utilisent également une splash, une cloche ou un woodblock, par exemple.
  • Pour avoir un bon son, nous vous recommandons de jouer avec des baguettes de taille 5A ou des modèles plus épais. Les baguettes de type 5B et 5A sont parfaites pour le reggae. Par contre, une paire de baguettes 7A ou 7B est trop fine pour jouer des rimclicks puissants. Pour améliorer votre son, il est important de ne pas tenir la baguette trop vers l’avant, ni trop vers l’arrière. Nous vous conseillons également de ne pas frapper « sur » un tirant, mais bien « entre » deux tirants.
  • Accordez votre caisse claire relativement haut. Cela vous permet d’obtenir une sonorité similaire à celle d’une timbale. Notez que vous pouvez aussi acheter une timbale et l’utiliser en tant que deuxième caisse claire. Si vous écoutez Carlton Barrett (Bob Marley), vous remarquerez qu’il joue souvent avec le déclencheur de caisse claire en position « off », ceci dans le but d’obtenir un son court et sec qui se marie très bien avec celui de ses toms.
  • Les batteurs qui pensent que l’on a forcément besoin d’une caisse claire piccolo pour obtenir un son vif et aigu se trompent. En effet, avec cette dernière, on manque de profondeur et de volume. Pour avoir un bon son à la fois vif et aigu, il vous suffit d’acheter une caisse claire 14 x 6,5 pouces ou 14 x 8 pouces. Bien évidemment, il faut l’atténuer, utiliser les bonnes peaux et l’accorder correctement. On obtient le meilleur résultat avec une caisse claire fabriquée à partir d’acier, de cuivre ou d’un bois dur. Sur beaucoup de chansons de Bob Marley, on entend jouer Barrett sur une caisse claire Ludwig 402 de 14 x 6,5 pouces. C’est le même modèle que celui de John Bonham, le batteur de Led Zeppelin.
  • En général, c’est le batteur qui joue l’intro au sein d’un groupe de reggae. Avant le démarrage d’un morceau, le batteur compte souvent deux mesures à vide. La première mesure est comptée en mi-temps et la deuxième mesure est jouée comme un « intro-fill ». Carlton Barrett est un véritable maître quand il s’agit d’intro-fills. Pour vous en convaincre, il vous suffit de taper les mots-clés « intro fills » et « Carlton Barrett » sur Youtube (exemple).
  • Dans la musique occidentale, on joue généralement un coup de crash pour finir un fill. Toutefois, dans le reggae on accentue plutôt le troisième temps. Il n’est donc pas d’usage de mettre en valeur le premier temps quand on joue du reggae. En effet, les crash sont relativement peu utilisées dans ce style. Lors d’un fill, la crash est souvent placée sur le quatrième temps, ou bien sur le troisième temps de la mesure suivante. Autre différence : dans la musique occidentale, on joue de la crash et de la grosse caisse en même temps. Dans le reggae, on utilise plus souvent la caisse claire et la crash à la fois.
  • Pour développer votre technique à la batterie, écoutez attentivement des batteurs de reggae connus. Au début, concentrez-vous sur les morceaux de groupes de reggae jamaïcains. Pour avoir un jeu et un son authentiques, il vaut mieux éviter les groupes de reggae britanniques qui sont influencés par les rythmiques de la musique reggae, comme The Police et UB40, par exemple.
  • Vous ne savez pas par où commencer ? Dans ce cas, nous vous recommandons de regarder le film Rockers (1978) et d’écouter attentivement les batteurs suivants :
    • Lloyd Knibb (The Skatalites)
    • Carlton Barrett (Bob Marley & The Wailers)
    • Sly Dunbar (Mighty Diamonds, Beenie Man, Black Uhuru, Britney Spears, Chaka Demus & Pliers, Bunny Wailer, Culture, Don Carlos, Gregory Isaacs, Grace Jones, Dennis Brown, Ini Kamoze, etc.)
    • Angus ‘Drummie Zeb’ Gaye (Aswad)
    • Mikey ‘Boo’ Richards (Mighty Diamonds, Jimmy Cliff, Culture, Third World, Midnite)
    • Winston Grennan (Toots and the Maythals, The Heptones, Bob Marley, Jimmy Cliff)
    • Carlton ‘Santa’ Davis (Roots Radics, Peter Tosh, Jimmy Cliff, Burning Spear, Big Mountain, Black Uhuru, Ziggy Marley)
    • Leroy ‘Horsemouth’ Wallace (Burning Spear, Gladiators, Inner Circle)
    • Lincoln ‘Style’ Scott (Gregory Isaacs, Roots Radics, Israel Vibration, Sugar Minott, Bunny Wailer, Barrington Levy)
    • Wilburn ‘Squidly’ Cole (Barrington Levy, The Melody Makers, Ziggy Marley, Damian Marley, Stephen Marley, Lauryn Hill, Amy Winehouse)
    • George ‘Dusty’ Miller (Firehouse Crew)

Voir également :

» Comment tenir ses baguettes de batterie ?
» Jouer de la batterie au clic : avantages et inconvénients
» Quels sont les quatre rythmes de batterie les plus importants ?
» Peaux de batterie : comment créer un bon son de batterie ?
» Notation musicale pour batterie : conseils et astuces pour débutants
» Quelle est la meilleure caisse claire ?
» Quelles sont les meilleures baguettes de batterie ?
» Tous les produits de percussion et de batterie

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