Jouer du blues ? Utilisez ces grilles d’accords, notes et astuces !
Publié le vendredi 17 juillet 2026
Dans cet article, nous allons parler de la pratique du blues. De quels ingrédients avez-vous besoin pour jouer un blues typique, par exemple au piano ou à la guitare ? Penchons-nous sur les « blue notes », les gammes blues, les grilles d’accords de blues (la fameuse « 12 bar blues »), le jeu « straight » versus « swing » et d’autres caractéristiques essentielles.]

Bien plus qu’une simple gamme blues
On retrouve des ingrédients issus du blues dans énormément de musiques. Par exemple, les solos instrumentaux (comme les solos de guitare) dans la pop et le rock s’appuient très souvent sur des gammes blues. Grâce à ces gammes, vous pouvez créer une tension mélodique et harmonique. Les fameuses « blue notes » de ces gammes viennent en quelque sorte frotter contre les accords. Vous en lirez davantage plus loin.
Pour transformer un morceau en véritable blues, il faut toutefois davantage d’ingrédients qu’un simple solo basé sur une gamme blues. Voyez plutôt cela comme des épices que l’on ajoute pour donner à la musique ce caractère « bluesy » si particulier. Il n’existe d’ailleurs pas de frontière nette entre ce qui est blues et ce qui ne l’est pas. Et cette frontière reste subjective : ce que l’un considère comme du blues, l’autre peut ne pas le percevoir ainsi.
Beaucoup associent le blues au blues lent, hérité des chants de plainte dont il est issu. Pourtant, le blues a bien plus à offrir. De nombreux morceaux de blues sont up-tempo et swinguent énormément. Dans cet article, nous évoquons brièvement l’histoire du blues, puis nous passons en revue les « épices » musicales qui lui donnent ce feeling si reconnaissable. Nous abordons également quelques-uns des rythmes de blues les plus joués.
Brève histoire du blues
On trouve énormément d’informations sur l’histoire du blues dans les livres et sur internet. Nous resterons donc concis ici, afin de consacrer davantage de place à la pratique.
Le blues est l’une des nombreuses formes de musique populaire (au sens « folk ») et il est né entre environ 1860 et 1900. Ce style musical trouve son origine dans la musique des esclaves noirs dans le sud des États-Unis. Le blues provient des spirituals, gospels et chants de travail que ces esclaves chantaient. C’était une musique destinée à exprimer la souffrance et à la rendre supportable. C’est de là que vient la tonalité mélancolique du blues.
« Mélancolique, mais pas plaintif », explique Frank van den Bergh, alias le guitariste/chanteur Magic Frankie. « Le blues parle de ce qui vous arrive, mais aussi de ce que vous parvenez à surmonter. C’est pour cela que le blues est une musique puissante. »
Le nom « blues » viendrait d’un drapeau bleu utilisé comme signe de deuil dans la navigation à voile. Autour de la Première Guerre mondiale, beaucoup de Noirs ont migré vers les villes du Nord, comme Chicago et Detroit. Le blues a alors pris un son plus « urbain », notamment grâce à l’utilisation d’instruments électro-amplifiés. Il est également devenu plus rapide (up-tempo), ce qui donnera plus tard le rhythm & blues et le rock ’n’ roll.
À côté du blues « authentique », on trouve de nombreux styles qui en dérivent ou qui en reprennent des éléments. Le rock, par exemple, provient en grande partie du blues, et The Rolling Stones en furent l’un des porte-drapeaux. Le blues compte aussi une longue liste de grands noms : l’édition anglaise de Wikipédia propose notamment un aperçu très complet de son histoire et de ses figures emblématiques.
Blue notes
Les épices les plus importantes d’un morceau de blues sont les fameuses blue notes. Sans blue notes, pas de blues. Elles apparaissent dans la ligne mélodique. Le blues utilise d’autres gammes que la gamme majeure. Il existe plusieurs gammes blues, mais voici la plus jouée : la gamme blues mineure.
En Do (C), elle s’écrit : C–Eb–F–Gb–G–Bb–C. En principe, vous pouvez désormais déduire toutes les gammes blues mineures, mais nous vous en offrons encore deux (très utilisées, notamment dans les groupes à guitare) :
En La (A) : A–C–D–Eb–E–G–A.
En Mi (E) : E–G–A–Bb–B–D–E.
Dans la gamme blues mineure de Do, Eb, Gb et Bb sont les blue notes : la tierce, la quinte et la septième (souvent pensées comme b3, b5 et b7). Si vous les placez bien dans vos solos et que vous les mettez en valeur (en particulier Eb, la tierce), vous obtiendrez un son très « bluesy ». Ces blue notes frottent, en quelque sorte, contre les accords joués — et donc aussi contre la gamme majeure « familière ».
En réalité, les blue notes de la gamme blues mineure de Do ne sont pas forcément exactement Eb, Gb et Bb : elles peuvent aussi se situer « entre deux ». Un guitariste peut, par exemple, tirer la corde de Ré vers (presque) Eb. Un harmoniciste peut « plier » (bend) son Mi vers Eb. Les claviéristes utilisent souvent des appoggiatures : effleurer brièvement la touche située un demi-ton au-dessus ou au-dessous de la note jouée.
Pour plus d’informations sur les gammes blues, consultez notre article dédié.
Accords et grilles
Les accords joués dans le blues sont généralement des accords de septième de dominante. Vous jouez un blues en Do (C) ? Vous utilisez souvent les accords C7, F7 et G7. Les accords C7 et F7 ne sont pas des accords « diatoniques » de la gamme de Do. En blues, ce n’est pas un problème — au contraire, c’est même ce qui rend la couleur plus intéressante. De plus, le Bb de l’accord C7 et le Eb de l’accord F7 sont des blue notes de la gamme blues mineure de Do. Ce n’est donc pas si illogique que ça.
Ensuite, la grille de blues (« blues progression »). Il en existe beaucoup. Mais une grille très courante est un cycle de douze mesures : la « 12 bar blues ». Plus loin dans cet article, vous trouverez deux exemples de grilles de 12 mesures très utilisées.
Improvisation
La beauté du blues, c’est qu’il se prête très bien à l’improvisation. Si vous connaissez les principales gammes blues, vous pouvez assez facilement improviser un solo dans un morceau de blues. Et plus vous le faites, plus vous osez expérimenter et plus vous écoutez les autres, plus vous progressez.
Le blues a aussi l’avantage d’être souvent une musique cyclique, généralement en cycles de 12 mesures. Cela permet aux chanteurs et aux solistes (instruments) de se relayer, en improvisant tour à tour un ou plusieurs cycles. En jam session, on joue donc très souvent des blues. Participer à des jam sessions est d’ailleurs un excellent entraînement pour vos compétences musicales.
En jouant, si vous écoutez attentivement et observez les autres musiciens, vous sentez ce qui va se passer : breaks, fins, prolongations, passages de relais pour les solos, etc. En bref : si vous savez jouer du blues, vous pouvez facilement participer à de nombreuses jam sessions — et c’est à la fois un excellent cours de musique… et gratuit. On entend parfois cette phrase : « Quel que soit votre style préféré, vous devez savoir jouer du blues. »
Langage et intuition
Il y aurait encore beaucoup à dire sur le blues. Dans cet article, nous l’avons ramené à l’essentiel, en nous limitant aux variantes les plus « simples ». Le blues peut aussi utiliser des accords et des grilles plus complexes. D’autres gammes sont également possibles, ce qui rapproche le blues de le jazz (lui-même issu du blues).
La théorie musicale qui sous-tend le blues peut sembler impressionnante si vous la découvrez pour la première fois. Pourtant, on se l’approprie assez vite — ce qui fait du blues un style dans lequel on peut « entrer » facilement.
D’ailleurs, le blues a existé avant la théorie musicale que nous venons de décrire. « Le blues n’est pas une technique », explique l’organiste de blues Pascal Lanslots. « Bien sûr, connaître la théorie est utile, car il faut maîtriser le langage. Mais il faut surtout jouer au feeling. L’émotion que vous cherchez dans le blues doit venir de l’intuition. »
Bon à savoir
Pour guitare et claviers
En tant que guitariste ou claviériste, vous pouvez accompagner un blues de nombreuses façons. Les motifs d’accompagnement ci-dessous fonctionnent généralement très bien — et on les entend donc très souvent. Pour des informations plus générales sur les accords, consultez notre article sur les accords.
Accords de passage
Vous allez vers un C7 ? Il est très efficace de « glisser » depuis Db7 (donc un demi-ton au-dessus) vers C7. Db7 est alors un accord de passage. Vous jouez cet accord de passage juste avant le premier temps de l’accord cible. C’est très courant dans le blues, mais gardez-le musical et dosé. Glisser du bas vers le haut (de B7 vers C7) fonctionne aussi, mais c’est moins fréquent. Vous pouvez très bien utiliser cette technique pour passer du V au IV.
Alternance I–IV
Supposons que vous soyez dans des mesures où l’on joue un accord C7. Vous pouvez alors alterner rythmiquement C7 avec F7 (le IV de Do). Vous pouvez alterner F7 avec Bb7, G7 avec C7, etc. Donc, à chaque fois l’accord situé une quarte au-dessus. Souvent, cet accord (environ) tombe sur le dernier temps de la mesure.
Accords de 7e parallèles
La technique des accords de 7e parallèles vient du boogie-woogie et se prête particulièrement bien au piano et à l’orgue. Ci-dessous, le principe en notation.
Vous jouez en quelque sorte de l’accord de base, via le IV, vers l’accord de septième, puis vous revenez (dans l’exemple : C–F–C7–F–C). Selon le morceau que vous accompagnez, vous pouvez imaginer votre propre variante (rythmique). On entend ce type de motif, par exemple, dans la version de Sweet Home Chicago par les Blues Brothers.
Exemple de grille (« 12 bar blues »)
Il existe de nombreuses grilles de blues. Dans l’exemple ci-dessous, vous voyez à gauche une grille de 12 mesures très jouée (« 12 bar blues »), en tonalité de Do. Les chiffres romains indiquent les degrés (I, IV, V). Dans un slow blues (un exemple fréquent est montré à droite, en tonalité de La), on joue souvent le IV dès la deuxième mesure (dans l’exemple : D7). Le turn-around (les quatre dernières mesures) est également souvent différent en slow blues. Attention : ce sont des grilles extrêmement courantes, mais il est bien sûr possible de s’en écarter.
À gauche : une grille très courante en Do ; à droite : un slow blues typique en La
Blues : styles et rythmes
Le blues compte énormément de styles, généralement liés à un tempo et à un ressenti rythmique. Il est impossible de tous les traiter ici. Nous choisissons donc quatre styles très joués : blues rock, slow blues, blues texan et blues de Chicago. Cela vous permettra déjà d’aller très loin.
Le blues rock est rythmiquement « droit » (straight). Le slow blues, le blues texan et le blues de Chicago ne sont pas « droits » : ils reposent sur le shuffle, un rythme qui swingue. Même si vous ne lisez pas la musique, c’est plus simple à expliquer avec une notation.
Le blues rock utilise des croches droites (straight eights). Dans une mesure à 4/4, il y a huit croches (deux par temps). Dans le blues rock, elles sont jouées avec la même durée : on parle donc de croches « droites ». Vous pouvez compter « 1-et, 2-et, 3-et, 4-et », où chaque syllabe a la même durée. En notation, cela donne :

Un shuffle (ci-dessous en notation) ne se joue pas en croches droites, mais en alternant des croches longues et des croches courtes. Les croches sur les temps 1, 2, 3 et 4 sont longues. Les autres sont courtes (et accentuées), ce qui fait « rebondir » le rythme vers les temps forts. On obtient alors un swing feel (ou swing timing).
Ce swing feel est basé sur les triolets : un triolet correspond à « trois notes dans le temps de deux ». Comptez les notes dans la mesure ci-dessous : au lieu de huit croches, vous en avez douze. Vous pouvez compter « 1-tri-plet, 2-tri-plet, 3-tri-plet, 4-tri-plet ». Dans le swing feel (shuffle), on joue la première « croche » sur « 1-tri », la deuxième sur « plet », puis la suivante sur « 2-tri », etc. Penser, compter et jouer en triolets est indispensable pour obtenir ce ressenti.

- Souvent, un morceau est noté (par simplicité) en croches, mais la mention « swing feel » figure au-dessus : vous savez alors qu’il faut jouer avec un swing feel basé sur les triolets. Parfois, l’indication est aussi notée directement au début de la partition, pour préciser que les croches doivent être jouées « en triolets » (donc en swing feel).
- Le slow blues, le blues texan (célèbre grâce à Stevie Ray Vaughan) et le blues de Chicago sont tous des shuffles, donc joués avec un swing feel. Pensez et jouez en triolets. Le slow blues est un shuffle très lent : bien joué, il swingue malgré tout. Le blues texan et le blues de Chicago sont des shuffles plus rapides, le texan étant souvent « plus relâché » dans le placement que le Chicago. En termes de musiciens : le blues texan a un bounce différent du Chicago. Bounce signifie « rebond ».
Interview : le blues « européen », ça existe ?
Affirmation : le vrai blues vient directement du cœur des musiciens noirs américains, qui y exprimaient une détresse profonde. Les Européens ne peuvent donc pas être authentiques dans le blues. « C’est totalement faux », s’exclame le bluesman Phil Bee, qui a remporté un concours national de blues avec son groupe Phil Bee’s Freedom et s’est produit à Memphis. « Le blues originel a pris une dimension mondiale lorsque des artistes comme John Mayall et Eric Clapton se sont approprié cette musique. » Nous soumettons à Phil plusieurs affirmations sur le blues « non-américain » !
Phil Bee
Phil Bee revient de Memphis où il a eu l’honneur de représenter son pays lors d’un festival de blues dans cette ville américaine. Il y a affronté certains des meilleurs artistes de blues américains et internationaux — et cela s’est bien mieux passé que ne le laisseraient croire certains critiques du blues européen. Certains pensent en effet que le blues européen ne pèse pas lourd face au niveau américain. Phil Bee a prouvé le contraire. Il a déjà été nommé plusieurs fois comme « meilleur chanteur de l’année » lors de prix nationaux du blues, et il fut l’ancien chanteur du groupe à succès King MO. Phil a tourné et joué avec Jan Akkerman, Steve Lukather, Noel Redding, Ana Popovic et bien d’autres, notamment au North Sea Jazz Festival, Moulin Blues, BB King’s Blues Club. S’il existe un musicien chez qui le blues coule dans les veines, c’est bien Phil Bee. Il peut aussi répondre à Edward Reekers sur l’existence (ou non) d’un blues « authentique » hors des États-Unis.
Le blues est avant tout un sentiment, plus qu’un courant musical. Non, je ne suis pas d’accord. C’est un courant musical qu’on ne peut jouer qu’avec cent pour cent de feeling, mais le feeling seul ne fait pas de vous un musicien de blues. Tout est né de la période de l’esclavage en Amérique, puis s’est diffusé en de nombreuses sous-courants. Le blues est né de chants simples apparus pendant l’esclavage, et il était donc au départ chanté par des personnes noires. Mais si l’on parle d’aujourd’hui, cette affirmation ne tient plus debout. Beaucoup de gens le pensent encore. Les personnes noires ont souvent aussi une voix magnifique pour chanter le blues, mais je peux vous citer une dizaine de chanteurs blancs qui me touchent tout autant — comme BB King, par exemple.
On ressent le blues au mieux en concert, pas sur disque. Si c’est très bien joué en live, alors oui, je suis d’accord. Quand le feeling et la qualité sont là, rien ne vaut un groupe sur scène. Vous pouvez reproduire cela en studio, mais on perd souvent l’improvisation du moment. Ça, vous ne l’avez que sur un podium. Et idéalement, j’aime aussi qu’il y ait quelqu’un pour raconter comment le morceau a été créé. Je préfère d’ailleurs écouter des titres authentiques plutôt que des « standards ».
Dans ma jeunesse, je me souviens très bien du travail de John Mayall. A-t-il joué un rôle déterminant pour le « blues blanc » ? Absolument. John Mayall — et aussi Alexis Korner, qui est à mon avis bien trop peu cité — ont, en quelque sorte, fait venir le blues en Europe et lui ont donné une vraie identité. Les grandes figures américaines, comme Muddy Waters et Howlin’ Wolf, étaient très populaires aux États-Unis dans les années 50 : c’était l’âge d’or de Chess Records. Mais ils sont devenus mondialement connus quand des gens comme John Mayall et Eric Clapton se sont approprié cette musique. En Europe, ils étaient accueillis comme des héros, alors qu’aux États-Unis ils étaient déjà passés leur pic. Et ensuite, l’intérêt a aussi augmenté à nouveau en Amérique. Le blues anglais a donc, à l’époque, un peu remis le blues américain sur les rails.
Le concours international de blues à Memphis, c’était facile. Pas du tout ! En Europe, certains le pensent, oui. Et c’est curieux, car tout le monde ne prend pas les concours nationaux de blues au sérieux. Mais une fois en Amérique, les gens voient ça très différemment : c’est l’un des grands événements blues de l’année. J’ai parlé à des gens qui avaient parcouru plus de 800 km pour y assister. Et c’est impitoyable ! Les deux premiers soirs, on en est restés bouche bée. Quels groupes incroyables… On s’est dit qu’on n’avait aucune chance, et pourtant quand on a entendu qu’on était qualifiés… On était vraiment heureux et aussi assez fiers, parce qu’on ne passe pas un tour comme ça, croyez-moi.
Et comment cela est-il perçu en Europe ? Les avis sont très partagés. Moi, je trouve que c’est un tremplin formidable et une scène géniale pour montrer ce que vous savez faire. Et dans le public, il y a aussi beaucoup de programmateurs de festivals qui viennent voir les groupes. Donc même si vous ne gagnez pas et que vous n’allez pas à Memphis, vous en retirez toujours quelque chose : des dates, ou de la presse et de la promo. Certains sont déçus de devoir payer leur voyage lorsqu’ils gagnent, mais quand on veut jouer à l’étranger, c’est souvent comme ça. Et puis, jusqu’ici, beaucoup de gagnants ont réussi à financer leur voyage via du sponsoring ou des aides.
Le blues européen n’existe pas. Évidemment que si ! Il y a énormément de gens ici qui aiment profondément le blues. Il y a donc un public, ce qui attire aussi les musiciens. Mais comparé au blues américain, c’est différent, oui. Cela reste un sentiment transmis depuis un autre pays. Et certains s’en sortent mieux que d’autres. En cinq secondes, vous entendez si quelqu’un fait un numéro ou si la personne le ressent vraiment. Et si c’est le cas, vous pouvez dire : cet homme ou cette femme a le blues. Indéniablement. Et au fil des années, l’Europe a aussi construit une vraie tradition blues. Et elle peut avoir sa propre couleur. Pourquoi pas ? On n’a pas besoin de tout recopier à l’identique.
En tant que musicien européen de blues, il ne faut pas jouer à être un faux Américain. C’est exactement ça ! Et en tant que chanteur, il faut faire attention à ne pas avoir un accent gênant, pour qu’on n’entende pas immédiatement d’où vous venez. Oui, Björk, elle a le droit ! Hahaha ! Ou Charles Aznavour.
Le blues doit-il forcément être chanté en anglais ? Pour moi, oui. Sinon, ça devient un exercice du type : « regardez : on peut le faire dans une autre langue ». Je ne pourrais pas chanter cette musique dans une autre langue. Je me rends compte que, si je perds un bout de texte, j’improvise spontanément… en anglais. Sinon, je trouve que cela sonne trop artificiel. Le blues est né en Amérique, en anglais. Si vous traduisez ces sujets en français, cela peut vite sembler forcé. Il y a bien sûr des exceptions. Certains y arrivent très bien : chez eux, cela sonne naturel, et c’est magnifique.
Sans une certaine dose d’expérience de vie, on ne peut pas chanter le blues. J’en suis convaincu. Ça rend le tout plus authentique. Je trouve aussi que c’est toujours le plus beau de jouer ses propres morceaux. Ce n’est pas toujours possible, parce qu’au début on n’a pas forcément assez de répertoire. Mais c’est dans ses propres textes qu’on met le plus d’émotion — surtout quand ils sont autobiographiques, comme c’est souvent mon cas. Et je constate que plus je vieillis, plus ma musique devient authentique.
Et ce n’est pas uniquement sombre, car le blues peut aussi être joyeux. Bien sûr ! Quand on me demande quel style je joue et que je dis « blues », c’est souvent immédiatement : « Oh oui, since my baby left me… ». Oui, c’est aussi du blues. Mais ce n’est pas ce qu’on joue. Quand nous avons pu jouer en demi-finale à Memphis, la salle était en délire. C’était carrément la fête. BB King a dit un jour : « Blues is whatever ails you ».
Si vous savez jouer six accords, vous pouvez jouer n’importe quel blues. Dans le blues originel, oui, vous pourrez déjà aller loin. Mais cela dépend encore de la manière dont vous les jouez. Le blues d’aujourd’hui — ce qu’on appelle le blues « contemporain » — va beaucoup plus loin. Certains puristes ont une doctrine stricte et disent, par exemple, que nous ne jouons pas du blues parce qu’il y a trop d’autres influences. Moi, j’écoute Steely Dan, Little Feat, du R&B, de la soul… Tout cela s’y mêle. Pourquoi ne pas le jouer aussi ? La Tedeschi Trucks Band, par exemple, est selon moi le meilleur groupe de blues du monde en ce moment. Et ça part dans tous les sens.
La voix est l’instrument ultime. Oui, évidemment. Vous n’avez pas de bouton de volume : ça sort directement du ventre. Avec une guitare, vous avez des cordes, des positions, des effets… vous pouvez faire beaucoup de choses. Mais avec une voix… ? Et moi, je suis en fait un guitariste frustré ! J’aurais préféré être guitariste avec le talent que j’ai pour le chant. Mais la voix est pure nature. Et quand on chante, il faut être soi-même. Avant, j’avais tendance à imiter les autres. Quand j’ai appris à lâcher ça, j’ai beaucoup mieux chanté. Comme chanteur, on est très vulnérable : un simple rhume et vous êtes fichu. Il faut donc veiller à garder sa voix — et donc son corps — en bonne condition. Et rester proche de soi-même. Comme vous chanteriez « Frère Jacques », c’est ainsi que vous devez chanter le blues.
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