Le rêve de tout auteur-compositeur : une mélodie originale, fraîche, nouvelle, qui vous traverse l’esprit pendant votre sommeil. La guest-blogueuse, Caro, se penche sur ce phénomène onirique. Qu’il s’agisse d’un « rêve de jingle » ou d’un « cauchemar symphonique », comment réussir à extraire de votre sommeil une mélodie tout juste inventée et à la ramener au premier plan de votre esprit ? Pour démarrer, vous devez atteindre le sommeil paradoxal (REM – Rapid Eye Movement), rêver une mélodie, puis vous en souvenir. C’est amusant, efficace et gratuit ! Difficile de ne pas aimer.

Sound Asleep: Tune into Tuning Out

Pourquoi passer du temps la journée à chercher le hook ultime quand vous pouvez rêver la musique à la place ?

Faire d’une pierre deux coups. Vous pouvez ensuite utiliser vos heures de veille pour peaufiner la mélodie, ou vaquer à toute autre activité dans le monde des vivants.

J’ai remarqué le potentiel de ce phénomène vers la troisième fois

Ces rêves sont si rares et si précieux qu’il serait fou de ne pas saisir l’occasion quand elle se présente… si elle se présente. Ils sont tellement rares que je me suis souvent demandé comment les rendre plus fréquents. Même si, à l’inverse, j’ai aussi un peu peur d’aller trop loin. Imaginez des rêves musicaux constants et frénétiques : ce serait le chaos ! Et beaucoup trop de privation de sommeil. Voici un aperçu de mon expérience récente, un rêve rare :

Dans le rêve, mon voisin m’a posé une question qui s’est révélée très importante :

« Tu as vu ce clip de Celia et Anna qui chantent sur Facebook ? » « Non, je ne l’ai pas vu » – quelle bonne réponse de ma part, me suis-je dit. Parce que maintenant, mon cerveau doit inventer (rêver) leur clip vidéo ! Les deux filles chantaient une courte mélodie… « la la laaa bla bla… » Je ne me souviens pas des mots exacts. Mais ce n’est pas le sujet ! Il y avait un air ! Et il semblait accrocheur, sur le moment en tout cas. Étrangement, dans le rêve, la mélodie paraissait familière. Et, comme toujours dans un rêve, tout semblait parfaitement normal, réel, et totalement logique. En réalité, pourtant, je n’avais jamais entendu un air comme celui-là. Je me suis aussi demandé si Celia avait déjà envisagé une carrière de chanteuse plutôt que son poste de postdoc en ingénierie génomique chez les levures méthylotrophes. Je ne lui ai pas encore demandé.

Ni une ni deux, en pleine nuit, je suis partie jouer du clavier à côté

C’était en fait déjà le matin, et plus un rampement qu’un sprint. Mon partenaire s’est aussi levé. « Mais… qu’est-ce que tu fais ? Il est 4 h du matin, un samedi. » Ça avait l’air complètement fou ; un peu flippant, mais ça valait le coup. Le hic, c’est que je n’ai pas pris de notes et je n’ai rien enregistré. Quelle idiote ! Et le lendemain, tout le chef-d’œuvre musical avait disparu : loin des yeux, loin du cœur. Mais l’essentiel, c’est que les mélodies rêvées sont possibles. Au fond, ça semble se jouer à 50 % sur la chance, 50 % sur l’organisation.

Sound Asleep: Tune into Tuning Out

Deux défis clés

1. D’abord, rêver de cette fichue mélodie

Alors, comment encourager ce type de rêve ? Quelques pistes :

  • Rêves lucides – cette technique a l’air fascinante, mais elle induit peut-être trop de contrôle. Est-ce que cela pourrait nuire à un riff vraiment inconscient ? Malgré tout, vous pourriez choisir de créer de nouveaux instruments obscurs ou d’écrire des comédies musicales entières en moins de deux minutes de sommeil, donc il y a sûrement un potentiel.
  • Du fromage, s’il vous plaît – aussi étrange que cela puisse paraître, manger un certain type de fromage peut influencer le type de rêves.1 Peut-être qu’un morceau de Stilton avant d’aller dormir fera l’affaire ?

Malgré le manque de recherches sur les mélodies rêvées, des études montrent que les musiciens rêvent de musique deux fois plus que les non-musiciens. Et la fréquence des rêves est liée à l’âge auquel on commence l’apprentissage musical, et non à la dose quotidienne d’activité musicale. De plus, l’analyse de musiques rappelées après des rêves suggère que des morceaux originaux peuvent réellement être créés en rêve.2 Même si les rêves musicaux sont rarement rapportés, avez-vous lu des anecdotes d’artistes comme Paul McCartney ? Si rêver des mélodies lui suffit, alors… vive le fromage !

Sound Asleep: Tune into Tuning Out

2. C’est une question d’urgence

Ensuite, préparez-vous au grand moment. Quand ce type de rêve se produit, vous n’avez pas une seconde à perdre.

Se souvenir, se souvenir, se souvenir

Si la mélodie vous frappe pendant votre sommeil et que vous vous réveillez, gardez un stylo et du papier à portée de main, fredonnez-la dans votre téléphone, marchez comme un zombie jusqu’à l’instrument de votre choix, peu importe : faites ce qu’il faut. Jouez. Maintenant. Si vous pensez vous en souvenir en vous réveillant le lendemain, vous pouvez toujours rêver. On a déjà de la chance de se rappeler d’un fragment. Et si c’était potentiellement le prochain tube ? Ça aurait pu être un énorme morceau que personne n’aurait jamais imaginé dans ses rêves les plus fous – peut-être qu’il venait de vos rêves les plus fous ? Qui sommes-nous pour juger ? Il est vital de mémoriser l’air tout de suite et d’agir avant qu’il ne se perde à jamais dans le monde des rêves…

C’est en s’entraînant qu’on finit par rêver “parfaitement”

Nous n’avons fait qu’effleurer la question de l’écriture de chansons à travers les rêves, et ce mystère musical continue. Je pense que ça en fait partie, justement. Les musiciens, avec des parcours variés, font naître des mélodies de mille façons différentes. Même si cela signifie utiliser le sommeil comme support pour créer un air original et le concrétiser, la question est simplement : comment affiner cette compétence, en faire bon usage et partager le résultat avec le reste du monde.

Merci, et faites de beaux rêves.

Références

Nielsen T, Powell RA. Dreams of the Rarebit Fiend: food and diet as instigators of bizarre and disturbing dreams. Front Psychol. 2015;6:47.
Uga V, Lemut MC, Zampi C, Zilli I, Salzarulo P. Music in dreams. Conscious Cogn. 2006;15(2):351-357.

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