L’harmonica est un petit instrument à vent, en apparence très simple — et en plus très abordable. Entre de bonnes mains, c’est pourtant un instrument doté d’une puissance et d’une expressivité impressionnantes. Cet instrument, et plus particulièrement l’harmonica diatonique (« blues harp »), a donc trouvé sa place dans de nombreux styles musicaux. Grâce à cet article, vous apprendrez énormément sur l’histoire de l’harmonica, les différents modèles et les techniques de jeu.

Mondharmonica: techniek, geschiedenis en soorten

Un instrument mystérieux

Pendant longtemps, l’harmonica est resté un instrument assez mystérieux. Au milieu du siècle dernier, les virtuoses faisaient en effet tout pour garder leurs techniques secrètes, afin de préserver leur gagne-pain de musicien. On raconte ainsi que Little Walter (nom de scène de Marion Jacobs) jouait parfois dos au public, pour éviter qu’on ne voie comment il s’y prenait. Jusqu’à la fin du siècle dernier, chacun devait découvrir par lui-même comment obtenir, sur un harmonica, les sons et les notes que les grands joueurs semblaient « faire surgir » de ce petit instrument. « J’ai passé des heures avec mon harmonica et mon tourne-disque », raconte le harmoniciste Ben Bouman. « À chercher sans fin comment ils faisaient. Quand Internet est arrivé dans les années 90, ça a été une révélation pour moi. Aujourd’hui, des harmonicistes du monde entier échangent leurs connaissances et leur expérience en ligne. C’est un énorme progrès. »

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Ben Bouman

Dans presque chaque foyer

Mystérieux ou non, l’harmonica est à minima un instrument charmant. Petit, maniable, très abordable, et à la fois pleinement expressif. Il se sent à l’aise dans de nombreux styles — notamment le blues, le rock, la country, la pop et le jazz. De grands noms y sont associés, comme Stevie Wonder en pop et Toots Thielemans en jazz. Il existe différents types d’harmonicas, que nous aborderons dans cet article. L’harmonica diatonique (« blues harp ») est probablement le plus joué. Vous pouvez utiliser l’harmonica de plusieurs manières : par exemple, jouer simplement quelques accords entre deux lignes de chant, comme Bob Dylan et Neil Young l’ont fait à l’époque hippie (et le font toujours). Vous pouvez aussi l’utiliser comme instrument d’accompagnement aux accords. Et enfin, last but not least : comme instrument mélodique, l’harmonica se prête parfaitement à des solos à la fois mélodieux et percutants. « Dans presque chaque foyer, il y a quelque part un harmonica qui traîne », illustre Ben. « Et quand vous soufflez dedans, ça sonne tout de suite bien. C’est aussi le problème de cet instrument : cela lui donne auprès de beaucoup de gens l’image d’un jouet. On peut vite jouer quelque chose de sympa sur un harmonica, mais c’est un piège. Si vous voulez aller plus loin, c’est un instrument difficile, dans lequel il faut investir des années d’entraînement. Je sais que certains top players américains ont travaillé jusqu’à six heures par jour. Certains avaient aussi beaucoup de temps… parce qu’ils passaient cette période de leur vie en prison. »

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L’ancêtre de l’harmonica est le sheng, un instrument développé en Chine vers 3000 avant J.-C. C’est le premier instrument à utiliser le principe de « l’anche libre ».

Pour la musique populaire allemande

L’origine de l’harmonica se trouve en Chine. C’est là que, vers 3000 avant J.-C., ont été développés les premiers instruments à anches libres, appelés sheng. Le principe de l’anche libre est le suivant : l’air en mouvement met en vibration une lamelle, ce qui produit une note. En 1636, le sheng est décrit pour la première fois dans des publications d’Europe de l’Ouest, et en 1776, les premiers sheng sont importés en Europe. Cela a inspiré différents facteurs d’instruments à expérimenter avec le principe de l’anche libre. L’harmonica a été inventé en 1821 par l’Allemand Christian Friedrich Buschmann. Il voulait proposer une sorte de mini-accordéon. L’accordéon (ou, à l’époque, une forme plus rudimentaire d’accordéon diatonique) est un instrument très utilisé dans la musique populaire allemande, hier comme aujourd’hui. Accordéon et harmonica fonctionnent tous deux selon le principe de l’anche libre. Dans l’harmonica, on parle d’anches (ou lamelles). À l’origine, ces anches étaient en laiton, mais aujourd’hui on voit de plus en plus d’acier, plus durable. Le premier harmonica était accordé en gamme majeure. Sur un harmonica en do (C), vous pouviez donc jouer les notes do-ré-mi-fa-sol-la-si-do. Vous obtenez ces notes en soufflant et en aspirant (jouer en « tirant » l’air). En aspirant, vous produisez une note différente qu’en soufflant, car ce n’est pas la même anche qui vibre. Cela permet d’obtenir de nombreuses notes avec un nombre limité de trous. Il existe en plus d’autres méthodes pour élargir encore le nombre de notes — nous y reviendrons.


Blues harp accordée en do majeur. La rangée supérieure se joue en soufflant, la rangée inférieure en aspirant.

Cap sur les champs de coton

En 1825, l’Allemand Richter a proposé une nouvelle variante, connue aujourd’hui sous le nom d’« harmonica diatonique accordé en Richter », autrement dit le blues harp. Il s’agit d’un harmonica à dix trous, accordé de manière à pouvoir jouer des accords à gauche tout en jouant une ligne mélodique à droite. Avec, en plus, une attaque de langue, il est même possible de jouer simultanément rythme, accords et mélodie. L’harmonica accordé en Richter était lui aussi destiné à la musique populaire allemande. Il rapprochait encore davantage l’harmonica de l’accordéon, sur lequel on peut également jouer en même temps des accords et une mélodie. En 1868, le fabricant Hohner commence à exporter vers l’Amérique l’harmonica accordé en Richter. Ce petit instrument bon marché est alors adopté par les travailleurs noirs pauvres dans les champs de coton. Mais ils l’utilisaient autrement que les musiciens allemands. Ils ont aussi découvert une propriété fascinante : il est possible de « tirer » la hauteur des notes aspirées vers le bas — ce que l’on appelle aujourd’hui le bending. Cela élargit énormément l’échelle de notes de l’harmonica. Et si vous bendiez les bonnes notes de la bonne manière, vous pouviez produire de magnifiques blue notes. Car dans le blues, la tierce et la quinte sont abaissées. Avec le développement du bending, le blues harp était né. Outre le bending, le blues harp permet bien d’autres techniques. À l’époque, celui qui maîtrisait tout cela pouvait en faire une source de revenus supplémentaire. Jusqu’aux environs de 1930, on organisait même des concours de rue : qui imiterait le mieux un train à l’harmonica ? Par exemple un train qui arrive en gare, ou qui file le long des arbres.

Little Walter

Le blues a évolué, s’est diffusé, et le blues harp a suivi. Dans les années 40 et 50, de nombreux musiciens de jazz se sont tournés vers le blues, car il y avait alors davantage d’argent à y gagner. Grâce à leurs compétences musicales et parfois à une formation plus académique, ces musiciens ont hissé l’harmonica / le blues harp à un niveau musical encore supérieur. Et cela a ouvert à l’harmonica les portes du jazz. Dans les orchestres de jazz, l’harmonica était souvent joué un peu comme une clarinette ou un saxophone. Dans ces mêmes années 40 et 50, les groupes sont devenus plus grands et, entre autres, les guitaristes ont commencé à jouer amplifiés. Pour l’harmonica amplifié, Little Walter (Marion Walter Jacobs) a été le pionnier le plus important — dans les années 50 et 60. Little Walter jouait quasiment toujours via la sono (PA). À l’époque, on utilisait des micros à élément cristal et des amplis à lampes. Ce matériel colore le son et (si l’on pousse trop) produit une distorsion caractéristique. Comme pour la guitare électrique, cela fonctionne très bien avec l’harmonica. Little Walter a aussi expérimenté la réverbération et le trémolo présents sur beaucoup d’amplis guitare. Sa manière de jouer amplifié reste, aujourd’hui encore, la référence absolue. C’est pourquoi de nombreux harmonicistes (et notamment les joueurs de blues harp) jouent toujours avec un micro cristal de type « bullet » et un ampli à lampes.

Vers la pop et le rock

Après le blues et le jazz, la pop et le rock ont émergé. Là aussi, l’harmonica a trouvé sa place. Dans la continuité de l’harmonica dans le Chicago blues (blues amplifié), des groupes comme The Rolling Stones et The Beatles l’ont utilisé sur plusieurs morceaux. Une anecdote célèbre raconte que, sur la route de Hambourg en 1960, John Lennon aurait obtenu un harmonica qui sera ensuite utilisé sur le titre Love Me Do. À l’époque flower power et hippie, l’harmonica a été mis à l’honneur par des chanteurs comme Bob Dylan et Neil Young. « Techniquement, ce n’est pas virtuose, mais c’est un soutien efficace et parfaitement adapté à ce style », précise Ben Bouman. En rock et en blues rock, les amplis sont devenus plus puissants, le son plus fort, plus rugueux. L’harmonica a suivi, et les joueurs ont repoussé les limites de ce petit instrument. Dans les années 80, on entend régulièrement l’harmonica en pop et en rock, par exemple dans Suicide Blonde d’INXS et sur plusieurs titres des Eurythmics. Dans Suicide Blonde, l’harmonica est joué par le légendaire Charlie Musselwhite (voir les musiciens célèbres en bas de l’article). Stevie Wonder fait également sonner l’harmonica dans plusieurs de ses titres. Dans le blues, l’harmonica (et ici le blues harp) est resté très présent. Le blues harp est, par excellence, un instrument de blues.

L’invention de l’overblow

Pendant les décennies où la pop et le rock ont émergé et où l’harmonica s’y est fait une place, un autre événement important a eu lieu : à la fin des années 60, la technique dite « overblow » a été inventée. Elle a été découverte et développée par Howard Levy, pianiste américain de formation classique qui joue de l’harmonica. Parce qu’il lui manquait certaines notes sur l’instrument, Levy a cherché une technique pour étendre la palette de notes. C’est dans cette recherche qu’il a découvert l’overblow : une technique qui force les notes soufflées vers le haut. C’est donc l’inverse du bending mentionné plus haut, qui fait descendre les notes aspirées. Grâce au développement de l’overblow, il est devenu possible de jouer toutes les notes sur un harmonica. Cela a ouvert de meilleures possibilités pour jouer l’harmonica en musique classique et en jazz. Aujourd’hui, l’overblow a aussi trouvé sa place dans le monde du blues, où on le voit de plus en plus souvent. Cela dit, l’overblow est une technique difficile, notamment pour l’intonation (jouer exactement la bonne hauteur). « Cela ne doit pas devenir un simple “truc”, et il faut l’exécuter techniquement très bien. Si ce n’est pas propre, c’est déplacé et ça s’entend », remarque Ben Bouman.

Harmonica diatonique :

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Harmonica chromatique :

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Un harmonica basse authentique des années 40 :

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Un harmonica d’accords Vineta :

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Les différents modèles

Il existe des harmonicas dans de nombreuses formes et tailles. Nous citons ici les principaux. Nous avons déjà abordé l’harmonica diatonique accordé en Richter, autrement dit le blues harp. Comme indiqué, cet harmonica était à l’origine pensé pour jouer en même temps des accords et une mélodie. Après son introduction, de nombreuses variantes ont vu le jour : par exemple de longs harmonicas permettant de jouer toutes sortes d’accords, ainsi que des harmonicas basses. Un harmonica important et très utilisé est l’harmonica chromatique. C’est celui que l’on entend chez Toots Thielemans et Stevie Wonder. Sa particularité : le curseur sur la droite. Quand le musicien l’enfonce, l’harmonica monte d’un demi-ton. L’air passe alors sur une autre rangée d’anches. Ainsi, un harmonica chromatique permet de jouer toutes les notes. Cela demande toutefois beaucoup d’étude, car c’est assez complexe. En plus des grands modèles, il existe quantité de formes intermédiaires. Un modèle particulier est l’harmonica tremolo. Sur cet harmonica, deux notes identiques sonnent simultanément, dont l’une est très légèrement désaccordée. Cela crée une oscillation, comparable à celle que l’on entend aussi sur l’accordéon. Les nombreuses autres formes intermédiaires sont surtout utilisées dans la musique populaire allemande. Entre 1900 et 1920, les orchestres d’harmonica se sont développés, utilisant toutes ces variantes. Grand avantage : l’harmonica est un instrument bon marché, il ne fallait donc pas une fortune pour équiper un orchestre. Et ces ensembles pouvaient tout jouer. Des choses géniales ont été réalisées, notamment par les Harmonicats, un groupe américain qui a connu un grand succès au milieu du siècle dernier. D’ailleurs, en Asie, on trouve encore beaucoup d’orchestres d’harmonica jouant à très haut niveau.

Du laiton à l’acier

Au début de cet article, nous parlions de l’image de « jouet » associée à l’harmonica. Cette image est renforcée par sa durée de vie limitée — même si la situation s’est beaucoup améliorée. Cette durée de vie limitée venait surtout des anches, très fines, historiquement fabriquées en laiton (alliage de cuivre et de zinc). À force de jouer, les anches en laiton finissent par se désaccorder, puis par casser. En usage intensif, un harmonica à anches en laiton ne dure parfois que quelques mois. Ces dernières années, les harmonicas se sont fortement améliorés sur le plan technique. Le fabricant allemand Seydel a été un véritable pionnier dans ce domaine, avec la collaboration de Ben Bouman. D’autres marques importantes comme Hohner, Suzuki et Lee Oskar ont suivi cette évolution. Une amélioration majeure est le remplacement des anches en laiton par des anches en acier inoxydable. Elles durent bien plus longtemps, tout en gardant l’harmonica très abordable. « Personnellement, je trouve aussi que les anches en acier sonnent plus belles. Les harmoniques sont plus présentes », note Ben Bouman. « Cela dit, on ne l’entend pas vraiment en contexte de groupe, mais plutôt en acoustique ou en studio. Moi, je ne joue plus que sur des harmonicas à anches en acier. »

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Un harmonica dont la plaque de protection supérieure a été retirée. La plaque d’anches supérieure (avec ses anches) est ainsi visible : elle produit les notes lorsque vous soufflez. Au centre du « sandwich » se trouve le peigne (avec les trous pour souffler/aspirer). En bas (non visible) se trouve la plaque d’anches (avec ses anches) pour l’aspiration, recouverte par la plaque de protection inférieure. D’ailleurs, au lieu d’anches en laiton, on utilise aujourd’hui de plus en plus des anches en acier, plus durables.

Fini les commissures qui saignent

Outre l’introduction de l’acier, d’autres améliorations ont été apportées ces dernières années pour rendre l’harmonica plus durable et plus agréable à jouer. Les anches sont mieux réglées, ce qui réduit les pertes d’air. Le châssis en bois reçoit aussi une couche de vernis, le rendant étanche : cela évite que le bois n’absorbe l’humidité pendant le jeu et ne gonfle. Les plaques métalliques du dessus et du dessous étaient traditionnellement fixées avec des agrafes, mais elles sont désormais de plus en plus souvent vissées — ce qui facilite aussi l’entretien. Enfin, les bords métalliques coupants sur les côtés sont maintenant davantage arrondis : les commissures qui saignent appartiennent au passé. Cela dit, acheter un harmonica peut rester une aventure. Pour des raisons d’hygiène (compréhensibles), on ne peut généralement pas l’essayer directement en magasin : on utilise plutôt un soufflet. « Mais la différence, vous ne la sentez que quand vous jouez vraiment », explique Ben. « Heureusement, on peut se permettre une erreur : pour 25 euros, vous avez déjà un bon harmonica. »


Pour jouer amplifié, la plupart des joueurs de blues harp utilisent un micro « bullet » à élément cristal, combiné à un ampli à lampes. Ici, on voit le célèbre Shure Bullet, également utilisé par Little Walter.

Jouer amplifié

Plus haut dans cet article, nous avons cité Little Walter, pionnier du jeu amplifié à l’harmonica. Son son, coloré par les micros à cristal et les amplis à lampes, reste aujourd’hui encore LA référence. Mais jouer amplifié n’est pas si simple, comme le sait Ben Bouman. « À cause du risque de larsen, vous êtes limité en volume. Dès que vous poussez trop l’ampli, ça part en feedback. Avec la bonne technique de “cupping”, vous pouvez repousser un peu la limite. Le cupping, c’est placer vos mains autour de l’harmonica et du micro. Plus vous fermez bien, plus le son est plein, plus la distorsion est belle, et moins il y a de risque de larsen. Mais cela demande une combinaison d’une bonne technique de jeu et d’une bonne technique des mains. » En pratique, cela tourne parfois mal, avec du larsen à la clé. L’alternative consiste à ne pas jouer sur son propre ampli, mais directement dans la sono (PA). « Mais cela sonne beaucoup plus “clean”, et vous avez moins de contrôle sur le son. L’harmonica a une grande dynamique, avec de gros écarts entre fort et doux. Beaucoup d’ingénieurs du son ont alors tendance — logiquement — à ajuster le volume en permanence. Résultat : vous ne savez jamais vraiment comment vous sonnez dans la salle. Moi, je préfère jouer sur mon propre ampli : je garde un contrôle total sur mon son et mon volume. Quand je pars en solo, je monte un peu l’ampli », explique Ben.

L’harmonica dans un groupe

Jouer de l’harmonica dans un groupe peut être difficile et frustrant, selon Ben. Cela tient en partie aux problèmes liés au jeu amplifié. « Comme la voix, l’harmonica est limité en volume à cause du larsen. Il n’y a qu’une solution : au moment où l’harmoniciste part en solo, le groupe doit baisser d’un cran. » L’autre difficulté, c’est que, dans un groupe, l’harmoniciste ne joue souvent pas en continu : la plupart du temps, il n’a rien à faire. Il intervient surtout sur les solos, et il n’y a pas forcément un solo d’harmonica dans chaque morceau. « On voit parfois des musiciens se mettre aussi à chanter, juste pour avoir quelque chose à faire », constate Ben. « Mais ce n’est pas un choix artistique. Il vaut mieux, par exemple, travailler un accompagnement d’accords, sobre et de bon goût. » Même dans les jams, les harmonicistes ne sont pas toujours les plus appréciés. Ben raconte qu’un jour, en arrivant dans un café pour une jam, il a vu des panneaux “interdit aux harmonicistes” un peu partout. « Cela vient encore du problème de larsen, mais aussi du fait que certains passent leur temps à “klaxonner” par-dessus tout. On comprend : ils veulent participer. Mais justement, il faut doser et jouer avec goût, pour que ce soit attirant et intéressant. C’est difficile, et cela exige de très bien savoir jouer. »

Un son saturé

Dans le blues et le rock en particulier, on entend souvent l’harmonica avec un son saturé. « Un bon joueur peut l’obtenir directement de l’instrument », explique Ben. « Mais si vous n’y arrivez pas, vous pouvez vous aider de micros et d’amplis. » Voici du matériel couramment utilisé par les harmonicistes, notamment les joueurs de blues harp. Côté amplis : Marble (marque néerlandaise), Vox Amps, Sonny Junior, Harp King et Harp Gear. Et côté micros : principalement les « vieux » micros bullet Astatic JT30 à élément cristal et le Shure Green Bullet. Les marques d’harmonicas les plus jouées sont Seydel, Hohner, Suzuki et Lee Oskar. Et quelques règles simples d’entretien : tapotez l’harmonica juste après avoir joué, laissez-le sécher, puis rangez-le à l’abri de la poussière. Sur Internet, vous trouverez des instructions pour nettoyer correctement votre harmonica.

Beaucoup s’entraîner

Comme indiqué, on peut rapidement jouer un petit air acceptable sur un harmonica. Mais ce n’est que le début. Si vous voulez jouer du blues (mais aussi de la pop et du rock), vous devez savoir faire du bending, donc tirer les notes vers le bas. Sinon, cela ne sonne pas bluesy et cela reste une mélodie trop « sage ». « Le bending s’apprend assez vite », dit Ben Bouman. « Mais ensuite, le vrai travail commence : il faut apprendre à l’utiliser avec goût et correctement. Un harmonica mal joué peut être très agaçant. Si vous voulez bien jouer et que cela sonne agréable, il faut énormément pratiquer. Moi, j’appelle ça “s’entraîner”, parce que c’est exactement ça. Par expérience, je sais que certains abandonnent pour cette raison : cela demande beaucoup. » Alterner en permanence entre souffler et aspirer peut aussi surprendre, car ce n’est pas intuitif physiquement. Aspirer peut même provoquer de l’hyperventilation. « Mais une fois que vous maîtrisez vraiment l’harmonica, les possibilités sont illimitées », conclut Ben Bouman. « C’est un instrument avec lequel on peut tout faire. »

Bon à savoir

Harmonicistes incontournables

DeFord Bailey (1899-1982) était un génie du blues harp, et il est considéré comme le « parrain » des techniques de jeu sur harmonica diatonique.

Larry Adler (1914-2001) fut un pionnier de l’harmonica chromatique, et une grande source d’inspiration pour Toots Thielemans (voir ci-dessous).

Jerry Murad (1918-1996) était le soliste du trio d’harmonicas Harmonicats et fait partie des rares harmonicistes à avoir décroché un énorme numéro 1 aux États-Unis (avec Peg O’ My Heart en 1947).

Le Belge Toots Thielemans (1922-2016) est considéré comme l’un des plus grands harmonicistes de jazz. Il est notamment connu du grand public pour sa participation au thème de Midnight Cowboy, ainsi que pour de nombreuses musiques de film.

Little Walter était le nom de scène de Marion Walter Jacobs (1930-1968), chanteur de blues, harmoniciste et guitariste. Un pionnier majeur en matière de technique de jeu et de son amplifié.

Charlie Musselwhite (1944) a reçu de nombreuses nominations et s’est toujours distingué par un style innovant et singulier.

John Lagrand (1949-2005) faisait partie du groupe de blues néerlandais Livin’ Blues, et fut peut-être l’un des meilleurs joueurs de blues harp que les Pays-Bas aient connus.

Le talent musical polyvalent Stevie Wonder (1950) est un immense virtuose de l’harmonica. Il joue avec un swing très pop et possède un style immédiatement reconnaissable.

Howard Levy (1951) a inventé, à la fin des années 60, l’« overblow », qui permet de tirer vers le haut des notes soufflées.

L’harmonica comme « médicament »

L’harmonica est aussi utilisé de manière thérapeutique chez des personnes souffrant d’asthme, de BPCO (COPD) et d’autres affections respiratoires. Cette pratique s’est développée notamment à partir des États-Unis. Dans plusieurs pays, des groupes et programmes existent, parfois même en milieu hospitalier.

Jouer en cross harp

Les notes d’un harmonica sont organisées selon une tonalité donnée. Comment cela fonctionne-t-il exactement ? Nous nous concentrons ici sur le blues harp, car c’est l’harmonica le plus joué et parce qu’il a une particularité : dans le blues, on y joue presque toujours en « deuxième position », souvent appelée cross harp. Sur le côté du blues harp, vous voyez une étiquette indiquant sa tonalité, par exemple C, D, etc. (et en principe toujours accordé en gamme majeure, sauf indication contraire). Sur le schéma présenté plus haut dans cet article, vous avez vu quelles notes sont disponibles sur les dix trous d’un blues harp en C. Les notes du haut se jouent en soufflant, celles du bas en aspirant. Si vous voulez jouer un morceau « standard » en do majeur, vous choisissez un blues harp en do majeur : vous jouez alors en première position (C sur un blues harp en C). Mais pour jouer un blues, il est plus pratique de procéder autrement. Prenons un blues en sol (G). La plupart des joueurs ne le jouent pas sur un blues harp en G, mais sur un blues harp en C — donc une quinte juste plus bas. Le schéma montre pourquoi : c’est pour pouvoir obtenir les fameuses blue notes (la tierce abaissée et la quinte abaissée). On les obtient grâce au bending (le fait de « plier » les notes vers le bas). Cela fonctionne sur les six notes aspirées les plus graves (et aussi sur les quatre notes soufflées les plus aiguës, mais c’est plus difficile). Dans un blues en G, il faut bender le si (tierce) et le ré (quinte). Sur un blues harp en C, ce sont (dans la partie grave) des notes que vous jouez en aspirant — donc faciles à bender. C’est pourquoi le blues harp en C est très adapté au blues en G. À l’inverse, un blues en C est difficile sur un blues harp en C : les notes à bender dans un blues en C sont le mi et le sol. Sur le schéma, on voit que (dans la partie grave) ce sont des notes soufflées, et elles se bend moins bien ou beaucoup plus difficilement. Il est donc plus agréable, en blues, de choisir un blues harp accordé une quinte juste en dessous de la tonalité du blues : un blues en C se joue sur un blues harp en F, un blues en E sur un blues harp en A, etc. Cela s’appelle jouer en deuxième position, généralement appelée cross harp. Vous pouvez aller plus loin encore (par exemple la troisième position), mais ce n’est pas la voie la plus facile. Charlie Musselwhite le fait parfois.

Terminologie

Quelques termes fréquents liés à l’harmonica :

  • Jouer en cross harp (jouer en deuxième position) : jouer sur un harmonica (souvent un blues harp) accordé une quinte en dessous de la tonalité du morceau.
  • Bending : plier une note vers le bas, donc baisser sa hauteur. Cela peut se faire sur des notes soufflées comme aspirées. Sur le blues harp, c’est possible sur les trous 1 à 6 en aspirant, et sur les trous 7 à 10 en soufflant. Le bending est la méthode par excellence pour produire des blue notes.
  • Overblow : technique permettant d’augmenter la hauteur d’une note soufflée. Sur un blues harp, cela peut se faire sur les trous 1 à 6.
  • Overdraw : technique permettant d’augmenter la hauteur des notes aspirées. Sur un blues harp, cela peut se faire sur les trous 7 à 10.
  • Attaque de langue : technique (notamment issue de la musique populaire allemande) qui permet de s’accompagner en accords tout en jouant une mélodie.
  • Tongue block : technique permettant de créer d’autres sons.
  • Vibrato : très important à l’harmonica ; c’est la signature du musicien. On le produit avec la respiration, un peu comme le vibrato au chant.

Voir également

» Harmonicas chromatiques
» Harmonicas diatoniques
» Harmonicas tremolo
» Harmonicas à octaves
» Autres modèles d’harmonica
» Harmonicas pour enfants
» Accessoires pour harmonica
» Livres sur l’harmonica
» Micros pour harmonica

» Contrôleur à vent : un synthétiseur pour instruments à vent
» L’harmonica dans la soul et le funk – 10 morceaux
» Les 10 solos les plus connus à l’harmonica
» Trompette : types, histoire et technique de jeu
» Saxophone : histoire, types et techniques de jeu
» Petite introduction du kazoo !
» La famille des cuivres : du registre le plus aigu au registre le plus grave

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