Chantez ! C’est bon pour vous (même si vous ne savez pas chanter)
Publié le lundi 10 août 2026
Om aller directement au but : qui ne fait pas de musique ne vit pas. C’est peut-être une conviction un peu catégorique. Mais quoi qu’il arrive, la blogueuse invitée Iris Siemons, autrice-compositrice et chanteuse, en revient presque toujours à cette conclusion. Iris vous conseille de commencer par l’instrument le plus personnel qui soit, celui que tout le monde a toujours sur soi : la voix. Chanter, c’est bon pour vous !

La liberté de chanter
La première fois que j’en ai vraiment pris conscience, c’était en Ouganda. Très régulièrement, durant les sept mois que j’y ai passés, je croisais des pick-up remplis de classes d’école, des hommes aux champs ou des groupes de femmes au lavoir, qui chantaient à pleins poumons. Ensemble, avec un abandon total, pour passer le temps, sans aucune gêne — et parfois même sans le moindre sens de la justesse. C’est une forme de liberté que nous avons, chez nous, en grande partie perdue. J’imagine très bien qu’en France, avant l’arrivée de la radio, cela pouvait être comme ça aussi.
La conviction de la prof de musique trop critique
Une grande partie de la population est persuadée qu’elle ne sait pas chanter. Ces personnes ne sifflent jamais sous la douche. Elles miment « Joyeux anniversaire » en espérant ne pas être repérées par un convive un peu attentif. Elles préfèrent éviter de taper dans les mains avec la foule quand l’occasion se présente, parce que, malgré tous leurs efforts, elles finissent quand même par applaudir légèrement à contretemps. Quelque part, tout a commencé par une conviction — venue, très probablement, d’une prof de musique un peu trop critique, du chef de la chorale des enfants, ou pire encore, de votre mère.
La confirmation à la TV
Les émissions de l’industrie du divertissement, comme Nouvelle Star, The Voice ou d’autres concours télévisés, ne font que le confirmer : si vous ne chantez pas parfaitement juste, avec une technique irréprochable ET un engagement total, vous êtes dehors. Il faut que le jury tombe de sa chaise, sinon autant garder la bouche fermée. Nous visons le bien, le mieux, le meilleur. Faire de la musique devient une compétition. Un concours où un seul repart avec le premier prix. Et pendant que nous regardons, depuis notre canapé, les candidats à l’écran, nous avons tous notre avis. J’avoue que je trouve cela parfois inquiétant… J’aimerais tant que faire de la musique soit vu comme une forme d’expression, où l’important est de le faire, quel que soit votre niveau ou votre style.

Quelques notes
Pour les 65 ans de mon père, avec mes sœurs, nous lui avons offert son tout premier cours de piano. Mon père est, comme il le dit lui-même, du genre à avoir la larme facile. À 66 ans, on lui a diagnostiqué un cancer. Tout s’est enchaîné très vite, et avant même de nous en rendre compte, il était à l’hôpital, en isolement, pour trois semaines. Une fois sur place, nous avons parlé du fait que nous semblions tous émotionnellement verrouillés. Nous sommes pourtant tous plutôt « larmes faciles », mais là, nous étions debout ensemble, le regard sec et le visage blême. Nous savions que les larmes viendraient plus tard, quand il y aurait un peu plus de calme. Plus d’une semaine après, le professeur de piano est venu lui rendre visite et a amené son piano de scène jusqu’au chevet de mon père. Ils ont joué ensemble un air tout simple, une harmonie de quelques notes, et les voilà : les larmes.
Fredonner
Faire de la musique met quelque chose en mouvement. C’est naturel, c’est logique. C’est étrange de ne pas le faire. Il n’y a pas de religion sans hymnes. Pas de culture sans chansons. Pas d’enfant qui ne fredonne jamais en jouant. Je pense que si vous ne vous autorisez pas à chanter, vous passez à côté de quelque chose dont vous ne savez même pas que cela vous manque — ni à quel point cela vous manque. Inutile d’y coller une étiquette « bien » ou « mal ». Commencez donc, cher lecteur, par fredonner sous la douche. De préférence les yeux fermés : je vous l’assure, un monde va s’ouvrir à vous.
Avez-vous une idée pour que davantage de personnes puissent profiter du plaisir de faire de la musique ?
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