Writer’s block… les récits de collègues musiciens qui se retrouvent complètement bloqués au moment d’écrire des chansons ne mentent pas. La blogueuse invitée Iris Siemons connaît bien cette lutte. En tant qu’autrice-compositrice, elle peut vous donner les conseils nécessaires sur l’inspiration, la planification, la discipline, le flow et… cet agaçant critique intérieur.

Writer’s block? Tips voor songwriters

Pédale qui grince

Chez moi, les idées arrivent comme une sorte de cascade venue d’en haut. Parfois, je dois consciemment refermer un peu le clapet, sinon je n’arrive pas à être la mère attentive qu’il faut au moment de coucher les enfants ou pendant l’entraînement de volley. Est-ce de la chance que cela fonctionne ainsi ? Peut-être, mais je pense que cela tient surtout à la bonne attitude, à savoir : l’inspiration est partout. D’ailleurs, je n’écris jamais aussi bien que lorsque je suis en déplacement. Précisément au moment où je ne m’assois pas pour écrire. Quand je suis « entre deux choses », en mouvement, les plus belles idées me viennent. L’enregistreur sur mon téléphone (l’invention du siècle) est mon archive d’idées sauvages. Résultat : un réservoir immense de possibilités, des bribes éparses et inachevées. Parfois, l’inspiration se cache dans les bips du feu piéton, dans des volets d’aération qui claquent, une pédale qui grince, l’intonation d’un mot. Répéter un mot mène automatiquement à un rythme.

Sans œillères

Le plus important, c’est d’être libre et d’oser jouer. L’inverse ne serait-il pas, justement, la définition du writer’s block ? Ne plus avoir la liberté de passer, en jouant, de rien à quelque chose ? Être d’emblée coincé par toutes sortes de contraintes de forme et d’exigences de qualité ? Et par « il faut que ce soit agréable à l’oreille, mais aussi original » ? Nous connaissons tous l’émotion qu’une mélodie simple peut provoquer, n’est-ce pas ? Ces quelques accords accrocheurs, déjà joués tant de fois. Revenez au bonheur d’une simple tierce. Utilisez le silence, l’espace dans la mesure, l’art de retirer plutôt que d’ajouter. C’est bien si cela vous donne un petit sentiment de « yeah ». À force de vouloir être toujours meilleur, plus beau, plus original, plus virtuose, vous vous étouffez avec la « connaissance et les compétences ». Si vous cédez à tout ce que votre ego (ou votre label) veut montrer sur scène, vous vous imposez toutes sortes de limites. Savoir qu’une structure en couplets et refrains fonctionne bien, c’est utile. Mais si vous commencez avec cette condition, vous mettez déjà des œillères et vous vous bridez énormément sur le plan créatif. Cette structure viendra plus tard ! Tout à l’heure, vous pourrez couronner vos meilleures idées en refrain.

Writer’s block? Tips voor songwriters

Planification et discipline

Planifier et travailler avec constance jusqu’à ce que ce soit terminé constitue un deuxième élément très essentiel du processus d’écriture. Mais, en général, je ne m’assois pas à mon bureau sans avoir une idée assez complète du thème, de la pulsation (le rythme) et de l’atmosphère. Bon, il m’est arrivé de terminer des morceaux en une demi-heure et d’en être super contente. Ça arrive, mais c’est très exceptionnel. Il y a aussi des morceaux que j’ai réécrits pendant des années, pour finalement les laisser de côté et ne mener à rien. D’ailleurs, je ne jette jamais vraiment quoi que ce soit. Parce que, dans un autre état d’esprit, en réécoutant, on entend parfois soudain le potentiel.

Flow

Le plus important dans cette deuxième phase, c’est d’entrer dans le flow. En général, je passe deux à quatre jours à poser les bases d’un morceau avec texte, mélodie et accords, mais cela varie beaucoup d’un titre à l’autre. L’arrangement et la production ne viennent qu’ensuite. Ces dernières années, j’ai identifié plusieurs conditions qui, chez moi, aident à entrer dans le flow :

  • Je ne dois pas avoir à regarder l’heure. Si je dois m’arrêter à une heure précise pour autre chose, je mets une alarme.
  • Pas d’e-mails, d’applis, de messages, ni de sonnette entre deux. Parfois difficile, mais ça ne fonctionne vraiment pas autrement.
  • Ne pas laisser la frustration s’installer à propos du processus : tout résultat est bon.
  • Tester et trancher. Je suis indécise et je peux laisser toutes les options ouvertes très longtemps, mais une chanson ne se termine pas si tout reste possible ; alors il faut retrousser les manches et parfois supprimer les plus belles phrases, essayer l’ordre le moins logique, chanter la mélodie à l’envers pour voir si, comme ça, ça marche, etc.
  • S’arrêter et lâcher prise quand je suis fatiguée ou que je bloque.

Le critique intérieur

Le plus dangereux, c’est le moment où le critique intérieur vient s’en mêler. Il y a un stade où vous commencez à peaufiner la chanson de plus en plus. Là, vous devez devenir critique sur chaque mot choisi et chaque ligne mélodique. Il existe alors un risque réel de couper des choses qui rendent un morceau brillant. À ce moment-là, vous êtes déjà profondément dans le processus. Vous avez parfois entendu une mélodie ou une phrase quatre-vingts fois et vous n’arrivez plus à en ressentir la valeur aussi clairement qu’au début. Dès que je soupçonne que mon critique intérieur devient trop envahissant, je laisse tout tomber et je mets ça de côté jusqu’à plus tard.

Qu’est-ce qui vous bloque quand vous écrivez des morceaux ? Laissez un commentaire : je pourrai peut-être réfléchir avec vous…

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