Le premier synthétiseur date de 1876, mais ce n’est que dans les années 60 du XXe siècle que l’instrument a percé commercialement. Aujourd’hui, les synthétiseurs sont devenus incontournables dans la pop. Mieux encore : plusieurs courants musicaux n’auraient tout simplement pas existé sans le « synth ». Dans cet article, nous plongeons dans l’histoire de cet instrument de musique électronique, nous abordons son rôle au sein d’un groupe et nous vous donnons divers conseils pour vous lancer.

Passionnés de sons

« Je suis un vrai nerd du synthétiseur. Et il faut un peu l’être si vous voulez vous consacrer à cet instrument », explique Bert Smorenburg. « J’ai été happé par le synthétiseur quand j’ai entendu Oxygène 4 de Jean Michel Jarre. Je voulais absolument découvrir comment ces sons avaient été créés. Si vous voulez tirer le maximum d’un synthétiseur, il faut aimer les boutons et trouver génial d’expérimenter sans arrêt. Jean Michel Jarre, Vangelis et les gars de Kraftwerk : ce sont tous des fous de sons. » Le claviériste Bert Smorenburg adore les synthétiseurs, mais cela est venu un peu plus tard. « À la base, j’étudiais l’orgue classique, mais je m’isolais tout seul derrière l’orgue de l’église. J’ai ensuite bifurqué vers des études de musique électronique et de technique de studio. » Bert est musicien professionnel, ingénieur d’enregistrement, mixeur, producteur, compositeur, professeur d’audio recording à la Haarlem Music Academy (Pays-Bas) et spécialiste produit international pour Yamaha Electronic Instruments et Pro Audio. En tant que claviériste, Bert a accompagné de nombreux artistes néerlandais connus. Il possède son propre studio d’enregistrement à Rotterdam. Il a également participé, au Conservatoire de Haarlem, au développement du cursus e-musician, qui crée un pont entre l’ingénierie audio traditionnelle et la musique actuelle, comme la dance.

Un instrument polyvalent

« Avec un synthétiseur, on peut faire grosso modo deux choses », explique Bert. « D’abord, imiter au mieux des instruments acoustiques existants. Ensuite, créer des sons qui n’existent pas, autrement dit des sons “non naturels”. » Un synthétiseur est un instrument de musique électronique qui génère artificiellement des sons et des timbres (généralement de manière électronique). Le plus souvent, il se joue via un clavier, qui est d’ailleurs très souvent intégré : clavier et synthétiseur ne forment alors qu’un seul appareil. Mais on peut aussi jouer un synthétiseur à l’aide d’un clavier externe, ou, par exemple, via un instrument à cordes ou un instrument à vent. Le nombre infini de couleurs sonores qu’un synthétiseur peut produire en fait un instrument extrêmement polyvalent. L’invention du synthétiseur a constitué une véritable révolution dans le monde de la musique. Des genres comme la trance, la dance, la synthpop, l’electro, la musique électronique, la techno et la house n’auraient jamais existé sans lui.

Robert Moog

Le premier synthétiseur électrique a été inventé en 1876 par Elisha Gray, surtout connu comme l’un des inventeurs du téléphone. Il a découvert par hasard qu’il pouvait contrôler le son provenant d’un circuit électronique auto-oscillant. Il est ainsi devenu l’inventeur de l’oscillateur capable de produire une seule note. Un oscillateur, pour le dire simplement, est un « objet qui oscille de manière régulière ». Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs types de synthétiseurs ont vu le jour, comme le Hammond Novachord dans les années 30, mais ils n’ont pas rencontré de succès commercial. Il a fallu attendre les années 60 pour que le synthétiseur s’impose. Ce succès, on le doit à Robert Moog (1934-2005), l’homme à l’origine des synthétiseurs portant son nom. Les premiers instruments Moog étaient des synthétiseurs modulaires : constitués de modules séparés reliés entre eux par des câbles. En 1970, Moog a fabriqué son premier synthétiseur intégré, avec le clavier et l’électronique réunis dans un même boîtier : le Minimoog. Aujourd’hui encore, les synthétiseurs Moog sont recherchés pour leur son « bien gras ». Après Moog, d’autres marques de synthétiseurs sont arrivées sur le marché et les appareils sont devenus de plus en plus petits, voire portables, grâce à la miniaturisation de l’électronique. Au début des années 80, des synthétiseurs compacts et abordables ont fait leur apparition. De plus, le développement du Musical Instrument Digital Interface (MIDI) a facilité l’intégration et le pilotage des synthétiseurs et d’autres instruments. Dans les années 90, les softsynths ont vu le jour : les synthétiseurs logiciels à installer sur ordinateur.

Modèles de synthèse

Il existe différentes manières de générer le son (modèles de synthèse), chacune avec ses propres caractéristiques. Nous en citons quelques-unes, sans entrer dans les détails, car ce serait un sujet en soi. Parmi ces modèles, on trouve : la synthèse soustractive (basée sur des formes d’ondes générées électroniquement et des filtres), la VA (Virtuel Analogique, une version virtuelle du synthétiseur analogique soustractif), la synthèse FM, la PD (Phase Distortion / distorsion de phase), le Sampling (échantillonnage) et le Physical Modelling (modélisation physique). De nombreux synthétiseurs modernes combinent plusieurs formes de synthèse afin de produire une palette sonore plus large. « Chaque forme de génération sonore possède sa propre structure », explique Bert. « En les combinant au sein d’un même son, par exemple la synthèse FM et le sampling, vous obtenez une sound très riche et nouvelle, impossible à obtenir avec une seule méthode de synthèse. »

De Minimoog Model D: wat is de magie?
Minimoog

Rôle musical

Comment donner un rôle musical à un synthétiseur, par exemple dans un groupe ? « Pour y parvenir, un synthésiste doit à la fois maîtriser la technique et posséder des connaissances musicales. Il ne suffit pas d’avoir l’une de ces deux qualités. Bien sûr, il existe des exceptions qui confirment la règle : certains sont très forts en programmation, ont peu de bagage musical et connaissent pourtant le succès. Mais une chose est sûre : ce n’est pas en achetant simplement beaucoup de matériel coûteux que vous y arriverez. Ce que vous parvenez à en tirer dépend en grande partie de vos propres qualités. » Concernant la programmation, tous les synthétiseurs ne se valent pas en termes d’ergonomie, précise Bert. « Certains synthétiseurs ont une interface utilisateur tout simplement incompréhensible. On sait alors presque à coup sûr qu’ils n’ont pas été conçus par un musicien, mais par un pur technicien. J’ai aussi ce type de synthés à la maison, mais je ne les utilise pas pour créer mes propres sons. Je me limite aux presets déjà présents, faciles à rappeler. Je n’ai tout simplement pas envie de trop me compliquer la vie. » À quoi les synthésistes se heurtent-ils, en plus des interfaces difficiles ? « Parfois, c’est une quête très complexe pour trouver le son que vous voulez. Aussi bien lorsqu’il s’agit de créer un son inédit que lorsqu’il faut retrouver un son dans un morceau que vous souhaitez reproduire, par exemple si vous êtes claviériste dans un groupe de reprises. Dans ce cas, le plus pratique est d’avoir un synthétiseur avec énormément de sons, vous vous en rapprochez plus vite. Il est d’ailleurs plus important qu’un son soit vraiment exploitable qu’il soit “magnifique”. Par exploitable, j’entends aussi sa capacité à percer à travers deux guitaristes, si c’est nécessaire. »

Acheter un synthétiseur

En studio, les softsynths (les synthétiseurs logiciels) sont largement utilisés. En revanche, on ne voit pas encore une migration massive vers la scène. Bert le comprend : « Il faut alors monter sur scène avec un ordinateur portable, et moi-même je n’ose pas encore vraiment. En live, vous ne pouvez pas vous permettre que votre laptop plante. C’est pourquoi je continue à privilégier les synthétiseurs “hardware” quand je joue sur scène. Ils sont très fiables. » Si vous souhaitez acheter un synthétiseur, comment faire le bon choix ? « Choisir un synthétiseur, c’est avant tout une question de goût », explique Bert. « Le mieux, c’est d’aller dans un magasin de musique pour la journée – avec votre casque préféré – et d’essayer des synthétiseurs pendant des heures. S’il y en a un devant lequel vous restez assis, ou vers lequel vous revenez sans cesse, alors c’est celui-là. D’ailleurs, cela vaut pour l’achat de n’importe quel instrument. » Le vrai problème, c’est l’interface : il faut davantage de temps pour déterminer si elle vous convient. « Mais c’est aussi une question d’habitude. Moi-même, je dois à chaque fois m’habituer à une nouvelle interface. Accordez-vous du temps pour en comprendre la structure et la logique. Et ne vous fiez pas toujours au manuel : il est rédigé pendant le développement du synthétiseur. Si quelque chose change en cours de route, ce n’est pas toujours mis à jour dans la documentation. Il m’est arrivé qu’une fonction soit indiquée dans le manuel, mais qu’elle n’existe pas dans l’appareil. Elle avait apparemment été supprimée en cours de route, sans que le manuel ne soit adapté. »

Bon à savoir

Pionniers du synthétiseur

Micky Dolenz de The Monkees a acheté l’un des premiers synthétiseurs Moog. Le groupe a été le premier à sortir, en 1967, un album sur lequel on entendait un Moog : Pisces, Aquarius, Capricorn & Jones Ltd. Le Moog est également audible sur Abbey Road des Beatles et Bridge over Troubled Water de Simon and Garfunkel en 1969. Des albums de musique électronique signés Beaver and Krause, Tonto’s Expanding Head Band, The United States of America et White Noise sont devenus des objets cultes, et des musiciens de rock progressif comme Richard Wright (Pink Floyd) et Rick Wakeman (Yes) se sont mis aux synthétiseurs portables. Parmi les autres utilisateurs précoces, on retrouve Emerson, Lake & Palmer, Pete Townshend et Arthur Brown. D’autres noms qui ont mis le synthétiseur en lumière sont notamment Jean Michel Jarre, Vangelis, Kraftwerk, Tangerine Dream, Depeche Mode, Ultravox, Spandau Ballet, Culture Club et Eurythmics. Sans oublier bien d’autres encore.

Conseils

  • Ne vous perdez pas dans le perfectionnisme lorsque vous programmez, conseille Bert. « J’ai connu ce problème moi-même. Mais lorsque j’ai démarré mon propre studio, j’ai dû composer avec des deadlines. Et là, vous êtes obligé de trancher. Alors fixez-vous une deadline, sinon vous n’arrêtez jamais. » Dans la même logique : « Je crois aux contraintes. Elles poussent votre créativité à son maximum. Accordez-vous une semaine, avec seulement trois notes à disposition. Là, vous n’avez plus le choix : il faut être créatif. »
  • En live, une bonne écoute retour est essentielle. Bert préfère garder cela sous contrôle en envoyant ses synthétiseurs vers une console de mixage dédiée, placée à côté de lui sur scène. Il y réalise son propre mix, qu’il envoie ensuite au Front of House (FOH). De cette façon, le son arrive dans la salle avec le bon équilibre, et dans son retour également. Vous pourriez aussi déléguer cela à l’équipe de sonorisation, mais ce n’est pas garanti que tout se passe toujours parfaitement.
  • En concert, le chant et la plupart des instruments sont généralement placés au centre dans l’image stéréo envoyée à la salle. Pour cette raison, il peut être intéressant, en tant que claviériste, de programmer vos sons de manière à ce qu’ils soient décentrés. Ils sonneront alors très larges et vous contournez, en quelque sorte, tout ce qui occupe le centre. Vous passez ainsi mieux dans le mix. Cela fonctionne moins bien pour un son de piano seul, mais très bien pour des strings et des pads, ou ces timbres combinés au piano.
  • Si vous avez vos sons et vos samples sur des clés USB, faites-en des sauvegardes et déposez-les même sur un serveur auquel vous pouvez accéder partout dans le monde. Si, dans le pire des cas, votre ordinateur portable est volé (ou vos clés), vous aurez toujours vos données quelque part dans le cloud.
  • Assurez-vous d’avoir toujours des câbles de rechange avec vous. Et n’oubliez pas à quel autre musicien vous les avez éventuellement prêtés pour le dépanner…
  • En plus de vos câbles de rechange, prévoyez toujours une sorte de kit de survie, contenant divers outils, des petites lampes, une lampe torche, des piles, des pieds, etc.

Voir également

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