Perfect zingen of juist doorleefd? Een duivels dilemma

Avez-vous déjà ressenti, en tant que vocaliste, cette tension entre le fait de chanter avec une technique irréprochable et celui de vous laisser porter par votre ressenti et vos émotions, au risque de faire une fausse note ? Heleen Spreeuwers, chanteuse de gospel et blogueuse invitée, vous plonge au cœur de ce dilemme cornélien. Elle explique comment la pression de la performance et le perfectionnisme peuvent gâcher le plaisir de faire de la musique, et comment trouver le courage de raconter sa propre histoire en tant que chanteur.

YEBBA

Avez-vous déjà écouté la version live de My Mind par Yebba ? Je crois que j’ai cherché ce titre au moins 25 fois sur YouTube. La première fois que je l’ai entendu, j’en ai eu la chair de poule de la tête aux pieds. Dans cette chanson, Yebba s’en prend de tout son être à l’homme qui l’a quittée pour une autre. La colère et le désespoir résonnent dans chaque note chantée avec ses tripes. Et je ne suis pas la seule à avoir eu des frissons : la vidéo a dépassé les 20 millions de vues et, dans la foulée de cette prestation, elle a été signée sur le label d’Ed Sheeran, Gingerbread Man.

Pas forcément parfait

J’ose dire que les chanteurs et chanteuses qui impressionnent le plus, qui touchent en plein cœur et qui donnent les larmes aux yeux, ne chantent pas forcément à la perfection. Les vocalistes qui réussissent à faire ressentir leur désespoir, leur coup de foudre, leur colère ou leur passion ont régulièrement de petites irrégularités, des fêlures et des imperfections dans la voix. Et même dans le cas de Yebba, je suis tombée — aussi incompréhensible que cela puisse paraître — sur des commentaires détaillés de profs de chant sur YouTube qui décortiquaient le morceau seconde par seconde pour pointer là où Yebba « manquait de technique ». Ici, elle utilisait mal sa voix ; là, la transition entre voix de poitrine et voix de tête était trop brusque, bla bla bla.

Des fêlures dans la voix

Comment se fait-il alors que nous appréciions autant cet aspect brut ? Je pense que c’est parce que nous voulons RESSENTIR la musique. Parce qu’elle raconte des histoires. Des histoires sur la vie. Et la vie n’est ni parfaite ni lisse. Elle est brute. Lorsque vous entendez une chanteuse à la voix éraillée tout donner en évoquant son divorce, la perte d’un enfant ou la guérison d’une dépression, et que vous avez vécu quelque chose de similaire, cela réconforte. On se sent moins seul. Quelqu’un met non seulement des mots sur ce que vous ressentez grâce au texte, mais donne aussi vie à votre émotion par sa MANIÈRE de chanter. Les voix écorchées font écho aux aléas de la vie.

Prendre des risques

En tant que chanteuse (et perfectionniste), c’est toujours l’un des dilemmes les plus difficiles quand je me produis sur scène ou que j’enregistre de nouveaux titres — et, franchement : c’est un travail de tous les jours. La question revient sans cesse : est-ce que je vise la perfection, une musique lisse, facile à écouter ? Ou est-ce que je privilégie l’interprétation, le chant avec les tripes, en racontant mon histoire au risque de faire des « erreurs » ? La deuxième option est bien plus vulnérable, pour deux raisons. La première, bien sûr, c’est le risque de se tromper. Qui aime faire des erreurs ? Mais la seconde est plus profonde : elle me demande, en tant que chanteuse et autrice-compositrice, d’assumer les côtés sombres de ma propre histoire et de les partager avec mon public. Et pour l’un comme pour l’autre, il faut du courage.

Perfect zingen of juist doorleefd? Een duivels dilemma

Lâchez la perfection

Vous vous dites peut-être : « Pourquoi se prendre la tête, autant viser à la fois la perfection et l’émotion ! » Mais d’expérience, surtout si vous avez tendance à être perfectionniste et à trop cogiter en chantant, les deux ne font pas bon ménage. Chercher à maîtriser parfaitement la technique d’une chanson vient alors réellement faire obstacle à l’émotion. Il vous faudra lâcher l’un ou l’autre, selon ce que vous recherchez.

La technique est un moyen, jamais une fin

Ouvrons une petite parenthèse pour ceux qui se diraient : « Ah, donc la technique n’a aucune importance ? » Bien sûr que si. La maîtrise vocale et la technique sont essentielles pour chanter juste et contrôler son souffle. Utiliser son diaphragme, garder la gorge ouverte, relâcher les épaules, avoir un bon gainage… toute la panoplie. La technique est indispensable pour réussir à exprimer musicalement ce que vous souhaitez dire. Mais… elle reste un moyen, jamais une fin en soi. Après plus de huit ans de cours de chant, je me suis rendu compte que le fait de me focaliser sur l’idée de « bien chanter » me bridait plus souvent qu’elle ne m’aidait. Il y a donc un moment où la technique peut se retourner contre vous.

Et vous, où en êtes-vous ?

Si vous êtes obnubilé par la perfection technique, vous le remarquerez (en tout cas c’est mon cas) aux signes suivants :

  1. Pendant que vous chantez, vos pensées se tournent souvent vers toutes les « règles » que vous avez apprises. Sur les passages difficiles d’une chanson, votre cerveau tourne à plein régime pour appliquer le truc infaillible qui permettra d’extirper la note la plus juste possible. (Adieu l’émotion. Adieu l’interprétation.)
  2. Inconsciemment, une forte pression s’installe sur votre prestation, ce qui génère du stress, entraîne un résultat moins convaincant, qui provoque à son tour du stress… Un vrai cercle vicieux.
  3. Et enfin : vous remarquez que vous prenez de moins en moins de plaisir à chanter, parce que vous n’arrivez plus à vous détendre.

Pas de solution miracle, mais quelques conseils

J’aimerais avoir une formule magique pour vous sortir de ce cercle vicieux. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Mais j’ai quelques conseils qui fonctionnent très bien pour moi :

  • Laissez-vous inspirer par des chanteurs et chanteuses qui ont le courage de partager, dans leur musique et avec leur voix, les épreuves de leur vie. Soyez exigeant(e) quant à la personne que vous choisissez comme modèle.
  • Chantez et écrivez des chansons qui vous correspondent et qui reflètent vos convictions. Osez partager votre histoire. Il sera ainsi beaucoup plus facile de chanter en partant de ce vécu plutôt qu’en pensant à la performance que vous voulez livrer.
  • Quand vous chantez, essayez de moins vous concentrer sur le fait que vous devez réussir, et essayez plutôt de vous mettre à la place de l’auditeur qui peut se reconnaître dans votre histoire. Que ce soit un public en live ou quelqu’un sur Spotify. Pour qui le faites-vous ? Cela vous aidera à vous sentir porté par quelque chose de plus grand.

N’ayez pas peur de faire des erreurs, mais craignez plutôt de manquer une occasion de toucher quelqu’un avec votre histoire.

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