Imaginons que vous fassiez de la musique sur ordinateur. Et que vous le fassiez dans le salon, faute d’avoir une autre pièce pour un studio. Et imaginons que vous ou votre partenaire posiez des exigences à ce studio : il doit être élégant. Alors cet article est fait pour vous. Guest blogger Michiel Buisman vide un piano acoustique et le remplit de matériel de studio.

Bouw een akoestische piano om naar een elektronische huiskamerstudio

Le plan : un piano

De l’extérieur, il doit ressembler à un piano classique. Quand vous ouvrez le couvercle, vous devez pouvoir jouer immédiatement. Et il doit sonner et se jouer comme un vrai piano. Mais ce n’est pas tout. Exigences supplémentaires :

  • volume réglable
  • deux sorties casque, réglables séparément
  • pouvoir jouer d’autres instruments
  • pouvoir modifier des réglages au sein d’un instrument
  • splits, layers et mode « scale »
  • synthesia lightguide
  • trois pédales
  • entrée pour guitare et/ou micro
  • looper
  • continuer à avoir l’apparence et le toucher d’un vrai piano acoustique

Comment s’y prendre ? Ci-dessous, je décris mes réflexions. J’espère que cela vous inspirera pour démarrer votre propre projet créatif « studio de salon ».

Commencez avec un piano acoustique (gratuit)

Souvent, on peut récupérer gratuitement un piano acoustique, s’il n’est plus en très bon état. Jetez un œil sur Marktplaats. (C’est un site néerlandais de petites annonces ; l’idée est de chercher ce type d’offres près de chez vous.) Qu’il soit en mauvais état n’est pas un problème : nous n’avons besoin que de la coque. Prévoyez au moins deux personnes solides, quelques outils de base et un moyen de transport. Démontez un maximum de pièces et déplacez la carcasse, toujours très lourde, jusqu’à votre véhicule. Si vous en avez l’occasion, sortez le cadre (la « harpe ») et revendez-le à un ferrailleur : c’est payé au poids, et ça vous évite surtout de transporter inutilement. Démontez tout ce qui peut l’être. Retirez éventuellement du poids mort supplémentaire, comme certaines parties internes de la table d’harmonie. Laissez toutefois suffisamment de matière pour que le piano reste structurellement solide. Nettoyez bien. Ensuite, place aux mesures. Le facteur le plus important ici, ce sont les touches.

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Touches

Malheureusement, on ne peut pas acheter des claviers électroniques « nus », sauf si vous en commandez plus de cinquante par an. Vous devrez donc acheter un produit fini et le démonter pour monter la mécanique dans votre piano. Comment choisir le « donneur » ? En trouvant l’équilibre entre vos besoins et votre budget. Pour ce dernier, c’est simple : il se traduit généralement par un montant à peu près acceptable, en tant que partie du budget total. Mon conseil : ne lésinez pas ici. C’est la deuxième partie la plus difficile à améliorer plus tard (le piano lui-même étant la plus difficile). À quoi faut-il faire attention ?

  • Toucher. Quel est le ressenti des touches ? Idéalement, testez le toucher avec la source sonore que vous comptez utiliser (on y revient plus loin). Ce n’est pas forcément un problème si l’instrument est ancien. Certains claviers d’il y a plusieurs dizaines d’années semblent conçus pour durer éternellement. Le toucher est très personnel et on ne peut pas dire grand-chose de plus intelligent que : essayez. Sauf ceci : renseignez-vous sur le mécanisme de clavier (keybed) utilisé dans chaque modèle et testez plusieurs variantes. Fatar est un fournisseur bien connu, dont les claviers se retrouvent dans de nombreux instruments. Nord utilise des claviers Fatar, mais y apporte pas mal de modifications. Par ailleurs, Korg, Roland, Akai et Yamaha ont leurs propres claviers, très appréciés.
  • Construction. Combien de capteurs par touche ? Clavier gradué (touches graves plus lourdes que les aiguës) ? Aftertouch ? Vrais marteaux ? Qu’en est-il de l’amortissement de l’attaque (important au casque et avec des cohabitants) ? Hauteur du clavier (un point que l’on découvre souvent au démontage) ?
  • Fonctionnalités.
    • Le « light guide » (touches éclairées) est pratique pour apprendre à jouer si vous ne voulez pas lire les partitions. Mais cela peut aussi être utile pour indiquer des splits et des gammes. En revanche, cela limite fortement le choix :
      • Série Komplete Kontrol. De préférence la S88, mais pas la MK1 à cause du clavier moyen.
      • Novation SL61 MKIII. Mais il n’y a « que » 61 touches (type synthé).
      • Un smartpiano complet, ou seulement leur Hi-Lite.
      • DIY à partir, par exemple, de cette page GitHub.
    • Splits, layers, gammes. C’est sympa et utile, mais il faut surtout que ce soit facile à piloter. C’est donc ici qu’il faut commencer à penser à la commande (nous y reviendrons plus loin). Reprenez-vous les contrôles de votre appareil donneur, ou optez-vous pour un contrôleur séparé — et comment cela va-t-il fonctionner ?
    • Trois pédales sont très pratiques pour le piano et, si vous voulez looper, vous pouvez aussi y assigner des fonctions de loop. Studiologic/Fatar propose une très belle triple pédale, qui a en plus une vraie allure de pédalier de piano. Mais elle ne fonctionne que sur les produits Studiologic (SL et Numa X) ou Nord (Piano, Stage). Avec un peu de bricolage, vous pourriez faire fonctionner ce même pédalier sur n’importe quel piano, si vous êtes à l’aise avec un teensy.

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Source sonore

D’où doit venir le son ? La solution la plus simple consiste à choisir un instrument complet, peut-être même avec haut-parleurs intégrés. Une Casio Privia vous amènera déjà loin. Mais vous devrez alors renoncer à la plupart des fonctions listées ci-dessus. La solution la plus polyvalente reste un logiciel sur ordinateur, avec une interface audio et des enceintes. En alternative, vous pouvez opter pour un module sonore séparé.

  • Logiciel. Détermine (avec la commande) les exigences envers l’ordinateur. Personnellement, j’aime beaucoup les pianos en « physical modeling ». C’est plus dynamique que les samples, et cela permet des choses que les samples ne pourront jamais faire. Modartt Pianoteq et Arturia Piano V proposent tous deux des démos gratuites, ce qui vous permet de les essayer. Pianoteq tourne même sur un Raspberry Pi, donc quasiment n’importe quel ordinateur fera l’affaire.
  • Ordinateur. Selon vos exigences envers la source et la commande. Il n’a généralement pas besoin d’être très puissant. Mac ou Windows est recommandé, car vous aurez plus d’options côté logiciels. Prenez-en un que vous pouvez redémarrer en débranchant/rebranchant la prise. Et sur lequel vous pouvez désactiver les mises à jour, notifications et autres, tout en laissant le réseau actif. Mon choix s’est porté sur un vieux Mac mini.
  • Interface. Si vous voulez deux casques séparés, des entrées/sorties micro et instrument, le choix se réduit déjà pas mal : une Evo 8 (by Audient) ou une Audient iD14. Ou rien du tout, si vous voulez seulement du son dans les enceintes et que la sortie audio intégrée suffit, ou si vous avez des enceintes USB.
  • Enceintes. Mon conseil : prenez un kit 2.1. Fixez le caisson de basses dans le corps du piano et voilà : vos touches donneront l’impression d’un vrai piano. Bien sûr, des moniteurs de studio neutres sont ce qu’il y a de mieux, mais dans un salon, l’esthétique compte énormément. Mon premier choix à l’époque était le Harman Kardon Soundsticks 2. Aujourd’hui, même la version 4 est déjà difficile à trouver. En occasion, on en trouve encore beaucoup. Pour un usage « salon », c’est largement suffisant, avec un avantage majeur : entre les bibelots en verre posés sur le piano, elles sont presque invisibles. Pour une écoute neutre, prenez plutôt un casque.

À gauche, une des Harman Kardon Soundsticks 2 :

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Commande

Ici aussi, les options ne manquent pas, et chaque choix a ses avantages et ses inconvénients. Dans les grandes lignes, vous avez quatre possibilités :

  • Commande minimale visible.
    • Aucune commande. Les réglages se font via VNC ou un autre accès à distance depuis un ordinateur.
    • Un seul bouton. Dans mon premier montage, j’ai utilisé un Griffin Technology Powermate. Avec des combinaisons d’appui et de rotation, vous pouvez sélectionner des presets et des instruments, régler le volume et réinitialiser.
    • Les contrôles d’un Studiologic SL88, par exemple, peuvent être détachés et intégrés dans la planche en bois à côté des touches. C’est polyvalent et discret.
  • Commande plus complète, mais cachée.
    • Sous le clavier, vous pouvez placer un petit contrôleur MIDI, à piloter au toucher. Côté contrôleurs MIDI, pensez à un Korg nanoKONTROL ou un Behringer X-Touch Mini, mais vous pouvez aussi envisager des « macro pads » pour le gaming. Tout dépend du logiciel que vous voulez piloter.
  • Commande plus complète, que l’on peut faire apparaître.
    • Dans un tiroir ou derrière une trappe, vous pouvez cacher des contrôles utiles qui seraient sinon une verrue esthétique pour les personnes avec qui vous vivez, ou que vous ne voulez pas voir arrachés ou rendus collants. Vous pourriez, par exemple, rendre accessibles les écrans et boutons compatibles NKS d’un Komplete Kontrol S88 MK2. Autre option : utiliser quelque chose comme un Loupedeck Live. Avec de la patience et du logiciel, les possibilités sont quasiment infinies.
  • Commande très complète, visible.
    • Bon… si vous devez absolument intégrer un bout d’eurorack dans votre piano acoustique, c’est possible aussi. C’est stylé. Mais cela prend beaucoup de place et c’est très encombré visuellement. En revanche, si vous êtes un peu créatif techniquement, vous pourriez, avec un mini projecteur ultra courte focale, un cadre tactile IR et un ES-8 (comme si bien démontré par Loopop), projeter une sorte de modular « mixed reality » via VNC sur votre piano, à condition que la surface soit suffisamment neutre en couleur. Mais là, on entre dans un domaine très expérimental, et vous aurez toujours ce cadre IR visible.

Le Griffin Powermate :

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Coût (version budget)

  • Piano : gratuit, seulement le transport. Éventuellement, cela peut même rapporter un peu si vous pouvez revendre la ferraille.
  • Ordinateur : 100 € (Mac mini unibody le plus ancien, d’occasion)
  • Logiciel : 100 € (Pianoteq Stage)
  • Clavier : 100 € (Viscount Viva X, d’occasion)
  • Enceintes : 20 € (HK Soundsticks 2 d’occasion, de quelqu’un qui n’avait pas compris comment fonctionnait le mode mute)
  • Commande : 15 € (Griffin Powermate d’occasion)
  • Main-d’œuvre : 40 heures

Vous voulez vous aussi un piano/« studio de salon déguisé » ? Laissez un message ci-dessous et je verrai ce que je peux faire pour vous.

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