Producteurs célèbres : George Martin – le producteur rebelle
Publié le vendredi 7 août 2026
Sur sa long and winding road jalonnée de productions, de matériel de studio et de producteurs, le blogueur invité Freek Roffel de www.freaky.studio écrit aujourd’hui sur George Martin, célèbre notamment pour son travail avec les Beatles. Il tente ici de répondre à la question suivante : le quatuor serait-il allé aussi loin sans l’influence de ce producteur de légende (souvent resté en retrait) ? Et après les Beatles, Martin a-t-il encore réalisé quelque chose de marquant ?

Un « vieux monsieur » qui doit garder 4 grenouilles dans une brouette
George Martin (1926 – 2016) travaillait pour des maisons de disques sur des productions – disons – de second plan. À l’époque, un vinyle ne pouvait contenir que quatre minutes de musique : il a donc appris à enregistrer des œuvres classiques en plusieurs parties, en expliquant au chef d’orchestre comment conclure et reprendre le morceau sur la face B (véridique !). Jusqu’au jour où celui qui sera plus tard anobli, Sir, se voit confier la production du film de James Bond Goldfinger. Il s’était fait un nom et reçoit pourtant encore la mission de prendre en main quatre garçons de Liverpool, refusés ailleurs comme « petit groupe ». Les Beatles étaient autodidactes, George Martin formé au classique, et ils n’étaient même pas d’accord sur un premier single. Du point de vue des Beatles, le « vieux » en costume trois pièces devait mener cette bande de petits malins vers la gloire éternelle.
Produire est un MÉTIER, et ça DOIT être payé
George, comme presque n’importe quel homme autour de la quarantaine, finit par se sentir frustré. Son travail se vendait bien, mais il était salarié. Il en avait assez de voir des commerciaux rouler en voitures neuves parce qu’ils savaient écouler des disques, pendant que lui, pour un salaire modeste, s’assurait que tout sonne correctement sur le disque. Il voulait enfin gagner de l’argent, quitte à passer par le rock’n’roll. Et qu’est-ce qu’un type au bord de la crise de la quarantaine fait dans ce cas ? Exactement : il devient contrarié et créatif ! Voilà la raison pour laquelle j’écris cet article.

Abbey Road Studios, où pratiquement tous les enregistrements des Beatles ont été réalisés (la photo montre l’une des salles)
Pourquoi louer un studio une semaine pour un album ?
Lors des masterclasses d’Alan Parsons, je suis tombé sur la phrase ci-dessus de John Lennon. Comment ces esprits opposés ont-ils réussi à créer autant de belles choses ensemble ? George Martin n’est pas pour rien considéré, plus ou moins officieusement, comme un membre du groupe. J’ose affirmer que les mots-clés étaient énergie et esprit de rébellion. John, Ringo, George et Paul voulaient enregistrer « a hella’va lot songs », et l’autre George en avait assez de l’ordre établi des maisons de disques. Si les Beatles ont commencé avec un rock’n’roll plutôt pop, leur intérêt s’est vite porté vers un son plus massif et presque exotique. George Martin savait quoi en faire. Cela allait si loin que, par exemple, sur Eleanor Rigby, la seule contribution des Beatles est le chant : le reste, c’est George Martin. C’est ainsi qu’est né un mix (je n’ai pas pu m’en empêcher) de structure classique, d’instruments acoustiques et électroniques plus modernes, de matériel volontairement déréglé et d’un esprit de contradiction qui a fait entrer tout cela dans l’Histoire. Sir Martin ralentissait parfois volontairement la vitesse des magnétophones parce que le son convenait mieux, ce qui causera plus tard de vrais casse-têtes lors de la réédition de l’album Love. Paul McCartney a dit après la mort de George Martin : « Il prenait notre musique, la traitait avec gentillesse et respect, et y faisait des choses que nous n’aurions jamais pu imaginer nous-mêmes. » Et, à mon avis, cela résume très bien l’apport de Martin aux Beatles : il leur a donné une seconde chance et a fait en sorte qu’ils restent créatifs en repoussant les limites.

AIR Studios à Londres (2017)
Give me some AIR
George Martin s’est finalement mis à son compte et a fondé Associated Independent Recording. Après la fin de « l’entreprise Beatles », il a par exemple travaillé avec Paul McCartney sur un autre film de James Bond (Live and Let Die). Beaucoup d’artistes ont suivi, et la mention AIR Studios figure sur un grand nombre d’albums. AIR a fini par être installé sur deux sites : Londres et les Caraïbes (Montserrat). Mais dans quelle mesure ses productions post-Beatles étaient-elles encore « martinesques » ? D’abord, le studio de Montserrat a bel et bien apporté des influences exotiques, audibles notamment sur Brothers In Arms de Dire Straits, mais cela tenait plus au lieu qu’à George Martin lui-même. En revanche, quand vous écoutez Live And Let Die, l’orchestration est typiquement Martin. Par ailleurs, Jeff Beck dit lui-même devoir sa carrière à George, qui l’a aidé à un moment où il tournait en rond, en combinant classique, jazz et rock’n’roll. On l’entend très bien sur Diamond Dust, où un piano classique, un petit ensemble de cordes, un Fender Rhodes jazzy et les notes qui glissent éternellement de la Stratocaster sont « collés » ensemble par la batterie. Après la mort de la princesse Diana, George et Elton John ont enregistré Candle in the wind en hommage. C’était un morceau (presque prog) que George a réécrit avec Elton, et l’on y entend à nouveau l’orchestration très caractéristique du premier. Malheureusement, George Martin est progressivement devenu presque sourd. Pourtant, plus tard, il a mixé avec son fils l’album Love en 5.1 et en stéréo. Il avait tout en tête, et son fils avait les oreilles : l’outil principal du producteur. Cela montre aussi que George Martin (alors âgé de 81 ans) avait toujours ses affaires parfaitement en ordre — une autre qualité essentielle d’un bon producteur.

George Martin en 2007
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