Hardrock en heavy metal - Geschiedenis en kenmerken

Dans cet article, nous plongeons au cœur du hard rock et du style très proche qu’est le heavy metal. Mais au fond, qu’est-ce que le hard rock ? Comment jouer du hard rock vraiment convaincant ? Et quel est le lien avec la musique classique et le jazz ?

Se sentir invincible

« Le bon hard rock donne au public un sentiment de victoire, comme s’il pouvait encaisser tout ce que la vie lui envoie », explique le bassiste et expert musical Barend Courbois. « Pendant une minute, vous vivez dans un monde fantasmé, libéré des soucis et de la routine du quotidien. C’est ce sentiment que tout musicien de hard rock doit être capable de transmettre. » Barend estime aussi que les musiciens doivent garder cela à l’esprit en permanence. « D’un côté, vous devez prendre votre métier de musicien au sérieux et faire de la très bonne musique, mais de l’autre, il ne faut pas en faire trop. Le bon hard rock inclut de l’humour et de l’autodérision : il sert à divertir et à faire du bien. Quelqu’un comme David Lee Roth, le chanteur de Van Halen, l’avait compris. Le hard rock n’est pas censé rendre ses auditeurs déprimés — bien au contraire. »

Cet article se concentre sur le hard rock et le heavy metal. La différence entre les deux styles est minime, ce qui rend leur distinction difficile. On peut dire que les ingrédients qui donnent leur saveur au hard rock et au heavy metal sont simplement dosés différemment. Pour simplifier, nous n’allons plus parler que de hard rock à partir de maintenant, mais gardez à l’esprit que la plupart des points abordés s’appliquent aussi au heavy metal.

Puissance et théâtre

Comment décrire le hard rock ? En bref : c’est une musique très énergique, enrichie d’éléments théâtraux, afin de créer un style à fort impact. « La puissance brute ne doit pas venir de potentiomètres poussés à fond », explique Barend. « Elle doit être produite par les mains, les bras, le cerveau — bref, par le corps des musiciens. Le bon hard rock ne dépend pas uniquement du son amplifié. Prenez un groupe comme AC/DC : ils font une musique percutante, et tout vient du corps de mecs plutôt petits. » Formulé plus élégamment, on pourrait dire que le hard rock est un amalgame de blues et d’opéra. Blues, parce que c’est là que se trouvent les racines du rock et du hard rock ; opéra, pour le côté théâtral et ce dramatisme à l’italienne. En même temps, le hard rock intègre cette ‘Pünktlichkeit’ allemande : il exige une mise en place serrée et une vraie discipline de jeu. On peut même entendre des influences anglaises et celtiques dans certaines gammes qui, à leur tour, ont une histoire d’origine incluant des éléments arabes. « Et puis, il y a des groupes comme Van Halen, qui y ajoutent cette sensation big band d’après-guerre, donc du jazz swing », ajoute Barend.

Black Sabbath

Comme mentionné, le rock et le hard rock prennent racine dans le blues, ce qui s’entend dans la musique. Le heavy metal est en fait né du hard rock. Alors, qui a « inventé » le heavy metal ? Rendre à César ce qui est à César : ce serait Black Sabbath. Le groupe a commencé comme formation de blues sous un autre nom, et peinait à se constituer un public. La légende raconte qu’ils jouaient régulièrement à côté d’un cinéma qui diffusait des films d’horreur. La salle de cinéma se remplissait chaque soir, tandis que presque personne ne venait écouter le groupe, qui entendait sans cesse la même progression d’accords accompagner les scènes effrayantes. Cette progression reposait sur l’intervalle de quinte diminuée (exactement la moitié d’une octave), par exemple de E à Bb. Dans le jargon, on appelle cela un triton : un intervalle de trois tons entiers, au caractère sinistre et mystérieux. Essayez de jouer un E suivi d’un Bb. Ou un accord de mi mineur suivi d’un accord de si bémol mineur. Le compositeur français Camille Saint-Saëns a choisi le triton dans sa Danse Macabre (1874), où la corde de violon la plus aiguë n’est pas accordée en mi, mais un demi-ton plus bas (mi bémol). Le triton apparaît aussi dans West Side Story, dans la chanson « Maria » composée par Leonard Bernstein. Revenons à Black Sabbath. Ozzy et compagnie ont fini par comprendre que cela valait le coup d’utiliser des tritons dans leur musique — une décision qui leur a notamment valu le hit « Sabbath Bloody Sabbath » au début des années 70.

Le triton n’est évidemment pas un ingrédient standard du hard rock. Black Sabbath est néanmoins considéré comme l’un des architectes originels du metal, et comme le premier groupe à avoir pris une direction différente des groupes pop axés flower power de l’époque. Aujourd’hui, hard rock et heavy metal sont fortement liés à l’imaginaire, où l’horreur peut être utilisée comme ingrédient, sans forcément être omniprésente. Des groupes comme Iron Maiden s’appuient clairement sur l’élément horrifique. Il suffit de penser à un album comme « Fear of the Dark ». À l’inverse, on trouve aussi énormément de hard rock « joyeux ».

Une musique théâtrale

Après Black Sabbath, la première vague de groupes hard rock/heavy metal a inclus Free, Bad Company, Queen (premières années), Kiss, Deep Purple, Led Zeppelin, Thin Lizzy, Whitesnake, Rainbow, UFO et Uriah Heep.

La deuxième vague a inclus des groupes comme Judas Priest, Iron Maiden, Saxon et Def Leppard (premières années).

D’autres groupes hard rock incontournables sont bien sûr Van Halen, AC/DC et Aerosmith.

Avec l’essor du hard rock, l’aspect théâtral est devenu de plus en plus évident. « Cette dimension théâtrale est un élément important du style », explique Barend. « L’astuce, c’est de ne pas se contenter de jouer des concerts, mais d’y ajouter du spectacle, porté par une musique vraiment solide. Simplement faire de la bonne musique ne suffit pas en hard rock : il faut y ajouter un peu de théâtre, mais sans jouer un rôle. » Voilà pourquoi le hard rock a décliné à la fin des années 80, selon Barend. « À un moment, il n’y avait plus que du théâtre, sans la qualité musicale. C’était du bubblegum rock fait par des hair bands de Los Angeles : des poses extravagantes, des cheveux longs et des pantalons moulants. Musicalement, aucun de ces groupes n’arrivait à la cheville de leurs prédécesseurs. » La réaction logique a alors ouvert la voie à un nouveau style : le grunge. Ou, comme Barend le résume : « Des types pas très beaux avec des guitares désaccordées, mais une musique qui avait quelque chose à dire. » Nirvana, avec le regretté Kurt Cobain, a été l’un des pionniers de ce mouvement, qui a sans doute servi de contre-réaction en bannissant une partie du hard rock que les groupes grunge n’appréciaient pas : la vitesse et la virtuosité — les solos démonstratifs en particulier.

Depuis les tripes

Revenons au hard rock. Comment jouer du hard rock de manière convaincante ? « La lourdeur du hard rock n’a rien à voir avec des réglages de volume très élevés », soutient Barend. « Cette lourdeur et cette puissance brute viennent de la façon dont vous jouez de votre instrument. Le bon hard rock peut groover, embarquer du funk et tout démonter même sans amplification. Comme je l’ai dit, ça doit venir des tripes. Le hard rock a l’air simple, mais techniquement, c’est assez exigeant. » Bassiste expérimenté, Barend l’a constaté lui-même lors d’une tournée avec un tribute band d’AC/DC. « Je me suis entraîné sans relâche pour pouvoir jouer les lignes de basse exactement comme Cliff Williams. Il joue au médiator et ne fait que des coups vers le bas à une vitesse folle — c’est la meilleure manière d’obtenir un son de basse très incisif. Physiquement, c’est incroyablement exigeant, comme un sport de haut niveau. » Une mise en place serrée et un son précis sont des ingrédients essentiels du hard rock, pour tout le monde dans le groupe, mais surtout pour la section rythmique : donc le batteur, le bassiste et le guitariste rythmique. « Le hard rock est souvent envoyé dans une sonorisation massive ; si ce n’est pas serré et précis, ça devient une bouillie sonore, ce qui va à l’encontre du but recherché », explique Barend.

Vitesse

Un son précis est particulièrement indispensable quand le jeu est rapide — une caractéristique du hard rock. Cela explique aussi pourquoi tant de batteurs hard rock aiment utiliser une double grosse caisse. Après tout, deux grosses caisses au lieu d’une permettent de gagner en vitesse, puisque le pied qui contrôle normalement le charleston contrôle alors la deuxième grosse caisse. Fait amusant : c’est le batteur de jazz américain Louie Bellson (aujourd’hui décédé) qui a inventé cette technique. Alors, à quel point la vitesse est-elle importante en hard rock ? « Ce n’est pas une compétence obligatoire, mais savoir jouer vite peut servir », explique Barend. « La vitesse peut impressionner. Elle est liée à un certain comportement macho, qui fait partie intégrante de ce style. Cela dit, il faut savoir doser. La vitesse ne doit pas se faire au détriment de votre mise en place ou de la précision de votre son. Être capable de jouer vite et proprement demande énormément de pratique et d’expérience de terrain. » Donc, la vitesse est importante en hard rock, mais les notes doivent avoir l’espace nécessaire pour résonner. C’est une question d’ingénierie sonore. En concert, le hard rock doit être mixé avec beaucoup de soin — ce qui est rendu encore plus délicat par les volumes élevés (nous y reviendrons).

Ne sous-estimez pas la guitare rythmique

Mise en place serrée et son précis impliquent aussi des accents bien placés, surtout de la part du batteur. Pensez au cymbal choking : une technique empruntée au jazz. « En hard rock comme dans tous les styles, la section rythmique doit être inébranlable », explique Barend. « Le batteur et le bassiste doivent être parfaitement synchronisés pour que, rythmiquement, vous soyez dans le pocket — autrement dit, dans le groove. » Un membre du groupe qu’on ne devrait pas sous-estimer ici : le guitariste rythmique. « Les solos de guitare apportent l’aspect show, mais les parties rythmiques ne sont pas moins importantes. Eddie Van Halen est un excellent exemple. Connu pour ses solos, il excellait aussi à la guitare rythmique. Sa façon décontractée de gratter les accords est incroyable. » Son, timing et technique sont des points clés pour le guitariste rythmique. En général, les guitaristes hard rock ont une petite armée de pédales d’effets à leurs pieds. Et il faut les activer et les désactiver au bon moment, explique Barend. « Cela demande énormément de précision. L’effet que vous ajoutez pour vos solos doit être coupé à la seconde où vous revenez aux parties rythmiques ; donc si vous aimez parader sur scène pendant votre solo, mieux vaut vous assurer de revenir à votre pedalboard à temps. »

Trouver l’inspiration dans d’autres styles

On ne peut pas jouer du hard rock sans un chanteur adapté — ce qui est directement lié à l’aspect théâtral et au fait que vous devez faire du bien à votre public. Le hard rock, c’est du divertissement. Pour un dernier conseil aux musiciens qui veulent faire les choses correctement, Barend recommande d’écouter d’autres styles, comme la musique classique, le jazz et le blues. « Au final, ce sont les styles dont le hard rock est issu. »

Bon à savoir

Le jazz et le hard rock

Avec des groupes hard rock comme Van Halen, il est facile d’entendre les influences jazz, selon Barend Courbois. Le batteur Alex van Halen et le guitariste Eddie van Halen sont des pianistes formés au classique — sans oublier qu’ils sont les fils du saxophoniste de jazz Jan van Halen. « C’est évident que les frères Van Halen ont grandi avec le jazz », dit Barend. « Alex est un batteur jazz-rock qui swingue, tandis que la liberté dont Eddie se sert pour improviser respire le jazz à l’état pur. À mon avis, Van Halen est le groupe de hard rock qui swingue le plus. Par moments, on dirait presque un big band. Écoutez “Hot for Teacher” et dites-moi que ce n’est pas un énorme shuffle jazz. »

La musique classique et le hard rock

Parmi toutes les musiques populaires, le hard rock est peut-être celle qui se rapproche le plus de la musique classique — le hard rock européen en particulier. Cela tient au caractère héroïque et dramatique du style. Des exemples de référence : Deep Purple, Rainbow, Thin Lizzy, Iron Maiden, UFO et Scorpions.

La virtuosité qui caractérise la musique classique se retrouve aussi chez certains musiciens hard rock. En fait, on entend facilement que le maître-guitariste suédois Yngwie Malmsteen a été fortement influencé par le violoniste virtuose italien Niccolò Paganini (1742-1840).

Les meilleurs chanteurs hard rock

Alors, qui sont les meilleurs chanteurs hard rock ? Barend Courbois pense immédiatement à deux noms, dont le premier est Ronnie James Dio (1942 – 2010), connu du grand public pour le hit de 1974 « Love is All » de Roger Glover. Dio a aussi chanté avec Black Sabbath, Rainbow, et a eu son propre groupe, DIO, pendant de nombreuses années. Il a gardé une voix d’une clarté remarquable jusqu’à la fin. On dit aussi qu’il est l’inventeur du signe des cornes — un symbole metal classique qui vient à l’origine du bassin méditerranéen, où il est appelé « corna » et sert à éloigner les mauvais esprits.

Un autre héros du hard rock est Bruce Dickinson (Iron Maiden). Barend : « Un homme très créatif, extrêmement intelligent et énergique, avec une technique vocale inébranlable, sans oublier un showman brillant, qui pilotait même le Boeing 757 utilisé par le groupe en tournée. »

Des powerchords au flamenco

Les groupes européens de hard rock jouent souvent en tonalités mineures, tandis que leurs homologues américains optent généralement pour des tonalités majeures, un peu plus joyeuses. Cela dit, le hard rock se caractérise aussi par l’usage de powerchords, qui omettent la tierce (voir notre article sur la différence entre majeur et mineur) et ne sont donc techniquement ni majeurs ni mineurs. Gardez toutefois à l’esprit que la mélodie est toujours basée sur une tonalité majeure ou mineure. Aujourd’hui, certains guitaristes rock jouent aussi des accords qui incluent la tierce ainsi que la septième, la neuvième et la onzième. Joe Satriani et Steve Vai sont deux grands noms qui le font. Ajouter une tierce demande un son propre, sinon cela risque de sonner assez brouillon. Vous voulez donner une couleur blues au hard rock ? Alors il est impossible de faire l’impasse sur la tierce et la septième (voir cet article). Par ailleurs, les solos hard rock sont généralement construits sur des gammes blues et des gammes pentatoniques, mais aussi sur la gamme mineure mélodique et le mode phrygien (voir ce mode d’église). La gamme pentatonique de do s’étend sur c-d-e-g-a-c. La mineure mélodique est née des gammes mineures naturelle et harmonique. En mineure mélodique, la sixte et la septième sont augmentées. Par exemple, la gamme de la mineure mélodique contient a-b-c-d-e-f sharp-g-sharp-a. La gamme phrygienne est ce que vous obtenez si vous jouez de e à e en ne restant que sur les touches blanches d’un piano ou d’un clavier. C’est une gamme mystérieuse et exotique, couramment utilisée — entre autres — dans le flamenco.

Volume et qualité sonore

Les volumes élevés et le hard rock vont de pair, mais conserver un son clair et incisif quand on monte le volume peut être très difficile. C’est pourquoi il vaut mieux éviter de toucher au contrôle de volume de votre ampli. Ajustez plutôt le volume via la sono (PA), car les systèmes de sonorisation modernes sont conçus pour encaisser des niveaux élevés. Contrairement à l’époque où les boomers 15” et 18” étaient la règle plutôt que l’exception, il est aujourd’hui préférable d’opter pour un ampli guitare ou basse équipé de haut-parleurs 10”. Votre son sera plus incisif et moins « laineux », et il portera aussi moins loin que de gros boomers. Laissez le gros du travail à votre système de sonorisation : c’est meilleur pour votre son sur scène, et vos tympans vous remercieront aussi.

Voir également

» Apprendre à jouer du metal sur une guitare électrique : astuces pour débutants 
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