C’est une belle combinaison : guitare et claviers réunis dans un groupe. Parfois, c’est même nécessaire, par exemple pour qu’un groupe de reprises puisse se rapprocher au mieux de l’original. Mais… la combinaison guitare + claviers est aussi un défi musical souvent sous-estimé. Comment ce duo peut-il devenir complice au sein du groupe ?

Gitaar en toetsen in een band - Kunnen ze vriendjes worden?

Harmonique et mélodique

La guitare et les claviers sont tous deux des instruments à la fois harmoniques et mélodiques. Autrement dit, avec ces deux instruments, vous pouvez jouer aussi bien des accords qu’une mélodie. De plus, ils offrent tous les deux un large éventail de possibilités sonores — ce qui est particulièrement vrai pour les claviers. Avec un clavier, vous pouvez jouer de façon « incisive » et rythmique, par exemple au piano. Mais vous pouvez aussi créer des « nappes », par exemple avec un orgue, des cordes (strings) et des sons de synthétiseur. Mettez un guitariste et un claviériste dans votre groupe : votre son devient plus plein et vos possibilités sonores augmentent de façon exponentielle. En outre, le claviériste peut accompagner le guitariste lorsqu’il prend un solo. Et inversement, bien sûr. Lors de longs concerts, vous pouvez proposer davantage de variété sonore, ce qui permet de garder plus facilement l’attention du public. Pas étonnant que beaucoup de groupes aiment avoir un claviériste en plus. En même temps, les claviéristes — surtout dans le milieu amateur — sont plutôt rares. C’est pourquoi, dans bien des groupes, un claviériste figure depuis des années sur la liste des souhaits… mais la question est de savoir s’il ou elle arrivera un jour. Supposons que votre groupe ait la chance de réunir un guitariste et un claviériste. Est-ce que cela rend la musique plus facile ? D’un côté, oui, car vous avez beaucoup plus de possibilités en matière de son, de variations, etc. Mais d’un autre côté, cela devient aussi plus difficile, car il faut davantage réfléchir à la manière dont vous faites de la musique. La combinaison guitare-claviers est un défi auquel on pense parfois un peu trop légèrement. Car ces deux musiciens peuvent aussi se gêner musicalement, et le son de votre groupe devient alors un vrai fouillis.

Les risques

« La combinaison guitare et claviers ressemble à deux guitares dans un groupe », explique Joël Groen, claviériste, guitariste et batteur. « Cela enrichit aussi le son du groupe, mais vous courez les mêmes risques qu’avec la combinaison guitare et claviers. Ce sont tous deux des instruments harmoniques et mélodiques, et en termes de registre, ils se situent tous les deux dans les médiums. Résultat : deux guitares, mais aussi guitare et claviers, peuvent fortement se marcher dessus. » Joël poursuit : « Le plus grand risque — et cela arrive souvent —, c’est que les deux musiciens jouent les mêmes accents ou le même type de partie. Comme si vous “épaississiez” mutuellement vos accords. Musicalement, ce n’est souvent pas très intéressant. Un autre risque, c’est que le guitariste et le claviériste remplissent aux mêmes moments, par exemple entre les phrases de chant. Cela devient vite brouillon. Ce risque est d’autant plus grand si, en plus, les deux musiciens ont une conception légèrement différente du timing. Là, c’est carrément le chaos. » Si vous voulez combiner guitare et claviers dans un groupe, les deux musiciens doivent se mettre d’accord sur leur rôle. Ce sont des accords généraux, mais surtout aussi par morceau et même à l’intérieur des différentes parties : couplet, refrain, etc.

Ne pas jouer tout le temps

Au-delà de la façon dont claviériste et guitariste jouent ensemble, il y a un autre choix à faire. « Et on l’oublie souvent », souligne Joël. « En effet, tous les musiciens n’ont pas besoin de jouer en permanence. Sur certains morceaux, vous pouvez décider que le guitariste ou le claviériste ne joue pas sur certains passages. Je sais que cela va à l’encontre de l’instinct de beaucoup de musiciens, car presque tout le monde préfère jouer pendant tout le morceau. Pourtant, ne pas le faire peut être très puissant et très beau. Cela peut rendre un morceau beaucoup plus intéressant. Par exemple, si le claviériste ne joue que sur le refrain et pas sur les couplets, la différence avec le couplet devient encore plus marquée. » Joël cite un bel exemple : le groupe The Whitest Boy Alive, en particulier l’album Rules. « La manière dont guitare et claviers s’y alternent et se complètent me parle vraiment. » Bien sûr, tout le monde n’a pas besoin d’être aussi minimaliste, mais cela peut être instructif d’écouter et d’essayer avec votre groupe ce que cela donne de jouer vos morceaux de manière similaire. Vous pourriez être surpris du résultat.

Quoi qu’il en soit, le conseil reste valable : tous les musiciens n’ont pas besoin de jouer tout le morceau, tout le temps. « On se fait davantage remarquer en tant que musicien en ne faisant rien de temps en temps », remarque Joël. « L’effet est d’autant plus fort quand, plus loin dans le morceau, vous rejouez. Beaucoup de groupes pourraient en faire beaucoup moins qu’ils ne le font, sans perdre en puissance. » Le fait de vouloir jouer tout le temps vient probablement, chez beaucoup de musiciens, d’une certaine gêne ressentie sur scène (debout ou assis) lorsqu’ils n’ont rien à faire pendant un instant. « Si vous n’arrivez vraiment pas à gérer ce sentiment, jouez alors quelque chose de très minimal sur votre instrument, ou un petit instrument de percussion », conseille Joël. « Il est possible de laisser le son respirer tout en faisant quelque chose. Ne serait-ce qu’une seule note à la guitare. » Vous pouvez d’ailleurs aussi faire semblant de jouer — une sorte de “playback instrumental”. Histoire d’avoir quelque chose à faire. Le risque, c’est que l’ingénieur du son pense qu’il y a un problème et ouvre complètement votre tranche pour vérifier s’il faut plus de volume. Et si vous commencez alors à jouer pour de vrai, vous explosez dans les enceintes.

Réfléchir

En réalité, vous avez déjà fait un pas important lorsque vous, en tant que groupe — et surtout le guitariste et le claviériste —, comprenez que vous ne pouvez pas faire n’importe quoi en combinant guitare et claviers. Il faut absolument réfléchir à la répartition des rôles : globalement, mais bien sûr aussi morceau par morceau. « Il est important que le groupe joue vraiment autrement si vous avez toujours joué avec un seul guitariste et qu’un claviériste s’ajoute », plaide Joël. « En tant que guitariste, vous ne pouvez pas continuer à jouer comme vous l’avez toujours fait. Guitariste et claviériste doivent se laisser de l’espace. » Se laisser de l’espace peut se faire de différentes manières. Nous avons déjà dit qu’il faut généralement éviter de mettre systématiquement les mêmes accents et de “remplir” aux mêmes moments. Bien sûr, il y a aussi des moments où c’est justement beau de jouer le même accent tous les deux. Mais essayez, en règle générale, de l’éviter. « Vous pouvez aussi jouer sur le voicing (la position) de vos accords », remarque Joël. « Cela vaut aussi bien pour le guitariste que pour le claviériste. Le guitariste peut envisager de ne pas jouer tous les accords dans une position “classique” avec des cordes à vide. Quand on joue seul, on préfère souvent un accord ouvert parce qu’il sonne immédiatement plein. Mais dans un groupe, ce n’est pas toujours le meilleur choix — notamment parce que votre note la plus grave peut gêner la basse. De plus, avec des claviers, il peut être plus beau de prendre l’accord dans une autre position, plus haut sur le manche, où vous n’êtes pas obligé de jouer la fondamentale à chaque fois. Le claviériste a aussi beaucoup de possibilités pour choisir un certain renversement. Ou, par exemple, jouer une octave plus haut. Expérimentez ensemble. » Ce qui sonne le mieux à la maison (quand vous vous entraînez seul) peut sonner très différemment en groupe. « En groupe, vous pouvez tester en permanence ce qui sonne le mieux. Cela demande du temps et de l’énergie, mais c’est justement ce qui rend les choses passionnantes, car la musique continue d’évoluer », conclut Joël.

Jouer de façon rythmique

Dans l’accompagnement, la guitare et les claviers, tout comme la batterie et la basse, font partie de la section rythmique. Une partie du temps, guitare et claviers jouent donc de manière rythmique. « Imaginez que le guitariste joue un riff funky rapide, composé de croches et de doubles-croches », dit Joël. « Il peut alors être très beau que le claviériste tienne ses notes plus longtemps et joue donc, proportionnellement, moins. Cela maintient la musique transparente. Parfois, au contraire, il peut être très intéressant de jouer des rythmes rapides à la fois au piano et à la guitare. Pensez par exemple au rock’n’roll, où cela arrive souvent. Cela dépend donc fortement du genre musical, mais aussi de l’ambiance que vous voulez créer sur un morceau. » Autre conseil : assurez-vous que chaque partie, même prise “seule”, vaille la peine d’être écoutée — votre interprétation gagnera alors en profondeur. Mais cela comporte aussi un risque. « Dans beaucoup de morceaux, il faut tenir un certain motif rythmique (presque) tout le long, même si, en tant que musicien, vous avez souvent tendance à y ajouter de la variation », sait Joël. « La force de la musique réside justement souvent dans la répétition. Si vous jouez ce groove agréable du début à la fin, cela peut être génial pour le public. Écoutez la musique de Michael Jackson : vous entendrez comment des motifs répétitifs permettent de construire un morceau, de le faire groover et de le garder intéressant. » Joël termine avec un dernier conseil : « C’est bien, pour un guitariste et un claviériste, de travailler ensemble les aspects rythmiques — donc sans basse ni batterie. Car même sans basse et batterie, cela doit tenir parfaitement. Quand vous répétez en formation complète et que les amplis sont à fond, on remarque moins vite si guitare et claviers ne sont pas totalement “ensemble”. Travaillez à volume acoustique avec guitare et claviers, enregistrez-vous et réécoutez. »

Une bonne main gauche

Pour pouvoir assurer musicalement tous les rôles possibles en tant que claviériste, il est indispensable d’avoir une main gauche bien développée. Vous devez pouvoir jouer des accords et des lignes mélodiques avec les deux mains. C’est souvent là que se situe la difficulté, et cela tient au parcours de nombreux claviéristes. En effet, beaucoup ont une formation de pianiste. Au piano, vous êtes un groupe à vous seul : à droite, vous jouez mélodie et accords ; à gauche, vous jouez la partie de basse (rythmique). Cette main gauche devient un problème dès qu’un claviériste issu du piano rejoint un groupe. Car il va automatiquement vouloir jouer une ligne de basse avec la main gauche. Mais ce faisant, il gêne le bassiste. Apprenez donc à jouer aussi des accords avec votre main gauche, comme les organistes savent “naturellement” le faire. Vous n’êtes pas obligé de le faire en continu : cela peut aussi être de petits accents. De cette façon, vous avez au moins quelque chose à faire avec la main gauche sans que ce soit gênant.

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