Devenir un bon musicien ? Alors, c’est sur cela que vous devez travailler.
Publié le mardi 14 juillet 2026
En tant que musicien, vous voulez tirer le meilleur de vous-même, que vous soyez professionnel ou amateur. Et vous souhaitez éliminer les problèmes et les limitations auxquels vous vous heurtez sans cesse. C’est tout à fait possible. Mais encore faut-il s’y prendre de la bonne façon ! Dans cet article, nous allons notamment parler des quatre types de musiciens que chacun porte en lui.

Une combinaison de facteurs
Qu’est-ce qui fait de quelqu’un un bon musicien ? C’est une combinaison de plusieurs facteurs, explique Davy de Wit, professeur de basse et d’enseignement musical général/harmonie, et responsable de la Popacademie d’ArtEZ à Enschede. Il en cite quelques-uns : la musicalité, la créativité, le son, la présence, l’artisanat (le savoir-faire) et l’authenticité. L’authenticité signifie ici être original et « non interchangeable » : vous êtes le seul à le faire de cette manière, et c’est ce qui vous rend reconnaissable aux yeux des autres. « Tous les grands musiciens sont authentiques. Ils n’ont pas essayé d’imiter quelqu’un d’autre », affirme Davy. « Je conseille donc toujours aux musiciens de ne pas chercher à devenir une copie de musiciens célèbres. En revanche, c’est très bien d’analyser leur jeu et d’essayer de le reproduire, pour en apprendre quelque chose et, entre autres, développer vos compétences techniques. Mais ne cherchez pas à devenir une copie : personne n’attend un clone raté. » Même si vous n’avez pas l’ambition de devenir l’un des grands noms de la musique, vous voulez généralement tirer le meilleur de vous-même. Davy a quelques conseils à ce sujet.
Échappez à l’anatomie
« Un conseil très important : essayez de rejouer, sur votre instrument, des solos d’autres instruments », dit Davy. Il donne un exemple : « Presque trois quarts des solos de basse sont principalement orientés autour des quartes (l’intervalle de quarte). Cela vient du fait que les cordes de la basse sont accordées à la quarte. Le “coup tombant” est techniquement facile à jouer en descendant. C’est l’une des raisons pour lesquelles, par exemple, la pentatonique est autant utilisée. » Comme la basse est un instrument physiquement exigeant, un bassiste choisit vite ce qu’il peut jouer le plus facilement sur le plan technique. Gardez à l’esprit que vos grands modèles ont peut-être, eux aussi, fini par adopter des « trucs » pentatoniques en partant du même problème. Le bassiste se laisse souvent limiter par les possibilités anatomiques de lui-même, de son instrument et de ses modèles. Une problématique similaire existe aussi sur d’autres instruments. Davy poursuit : « Un violon, par exemple, n’est pas accordé en quartes, mais en quintes. Cela crée pas mal de problèmes et de défis techniques lorsqu’on transpose de la musique composée pour violon vers un instrument accordé autrement. C’est donc intéressant de jouer des pièces de violon à la guitare ou à la basse. Je l’ai fait moi-même (entre autres les sonates pour violon de Bach). Cela m’a permis de progresser techniquement et de commencer à jouer d’autres schémas mélodiques. »
Quatre types d’instrumentistes
Selon Davy, on peut répartir les musiciens en quatre catégories. Ce sont en réalité les quatre catégories que chacun porte en lui, dont une ou deux sont toujours les plus dominantes. Chez chaque musicien, les accents sont différents. Les possibilités de progression se situent précisément là où vous mettez le moins d’attention. Voyez ce dans quoi vous vous reconnaissez :
1. Le musicien “moteur”
Comme son nom l’indique, ce musicien se laisse surtout guider, lorsqu’il improvise, par ses mains, par sa motricité. On pourrait aussi l’appeler un musicien orienté licks ou patterns. Ce sont des musiciens qui connaissent beaucoup de licks et de tricks, et qui peuvent les jouer en pilote automatique. Et c’est ce qu’ils font. Le musicien “moteur” entend ce qu’il joue (il ne joue donc pas ce qu’il entend à l’avance) et corrige en cours de route si nécessaire, tout comme le musicien visuel-analytique (voir ci-dessous). Il se laisse principalement guider par ses mains et par des réflexes. L’avantage de ce musicien, c’est qu’il dispose d’un vocabulaire musical dans lequel il peut puiser en permanence. Jouer lui paraît sûr et familier, son niveau technique est bon, et il n’a pas besoin d’inspiration pour parvenir à un résultat satisfaisant. Une improvisation fonctionne donc toujours, puisque les licks ont déjà fait leurs preuves par le passé. L’inconvénient du musicien “moteur”, c’est que son vocabulaire se limite à ce qui est stocké dans sa motricité. Il reste alors coincé dans ses licks et n’évolue pas de façon optimale.
2. Le musicien visuel-analytique
Les musiciens à dominante visuelle et analytique voient pour ainsi dire des motifs sur leur instrument. Ils ne jouent pas ce qu’ils entendent (à l’avance), mais ce qu’ils voient (sur l’instrument). Ou bien ils jouent ce qu’ils savent et choisissent, dans ce savoir, la matière à jouer. Ce musicien entend ce qu’il joue après l’action et corrige en cours de route. Chez le musicien visuel-analytique, il y a peu de connexion entre ce qu’il aurait choisi à partir de sa musicalité et ce qu’il joue réellement. Il lui est difficile de traduire sur son instrument une mélodie qui lui vient intuitivement (ce que le musicien auditif sait mieux faire : voir ci-dessous). Il choisit ses mots avec soin selon une correction “grammaticale”, mais il ne raconte pas toujours une histoire. En revanche, les connaissances en théorie musicale de ce musicien lui offrent un grand nombre de possibilités supplémentaires, auxquelles les autres profils ne penseraient pas aussi vite.
3. Le musicien auditif
Le musicien auditif reconnaît les intervalles (les distances entre les notes) et joue ce qu’il entend (en lui). Il peut traduire intuitivement une idée mélodique, depuis son imagination, vers son instrument. L’inconvénient, c’est que ces musiciens sont souvent limités par leur cadre de référence mélodique, rythmique et stylistique. Pour aller plus loin, ce musicien doit élargir son référentiel.
4. Le musicien authentique
Ce musicien travaille à partir de son talent. Il laisse sa propre musicalité et sa personnalité déterminer la direction, et joue (ou voudrait jouer, selon ses compétences auditives) ce qu’il entend à l’avance. L’instrument est “promu” au rang d’outil : un outil que ce musicien utilise pour traduire sa créativité. La musicalité est indépendante de la capacité à jouer d’un instrument. La musicalité vous donne la capacité de faire les bons choix (les vôtres). Ces choix vous rendent authentique. Pour stimuler cela, vous devez rechercher ce que vous ne connaissez pas (ne pas écouter toujours les mêmes groupes), afin d’élargir votre référentiel et de trouver de l’inspiration. De ce point de vue, nous vivons une période en or : via internet, Spotify et autres plateformes, il est facile de partir en exploration. « La plupart des musiciens se reconnaîtront dans un ou plusieurs des types ci-dessus », explique Davy. « Les musiciens “moteurs” et visuels-analytiques sont les plus fréquents. Si vous voulez vous développer en tant que musicien, vous devez rechercher et construire un équilibre optimal entre ces quatre types qui coexistent en vous. C’est la meilleure façon de repousser vos limites et de progresser pleinement. Travaillez surtout sur les aspects dans lesquels vous vous reconnaissez le moins aujourd’hui. »
Contre la tablature
Beaucoup de musiciens sont des musiciens “moteurs” ou “visuels”. Pour eux, il est important de développer aussi les autres compétences. Travaillez donc votre oreille musicale et vos connaissances en théorie. Sinon, vous n’échapperez pas au cercle vicieux du musicien “moteur” ou “visuel”. « C’est aussi pour cela que je suis contre la tablature », dit Davy. Pour préciser : la tablature (souvent appelée tabs) est une écriture musicale simplifiée, spécifique à un instrument. Les tabs de guitare et de basse sont particulièrement connues et populaires (voir ci-dessous). La tablature est plus facile à apprendre que le solfège. Pourquoi Davy est-il contre la tablature ? « Pour plusieurs raisons. Le solfège est préférable car c’est le standard et c’est transférable à n’importe quel instrument. Un inconvénient de la tablature, c’est que tout y est figé. On passe à côté de l’image harmonique et, dans le cas de la guitare, on ne développe pas sa connaissance du manche. En tant que (bass)guitariste, vous vous rabaissez au rang de “presse-cases”. Au lieu de relever un morceau à l’oreille, vous allez sur internet et en un rien de temps vous trouvez la tablature du morceau en question. » Avec internet, la tablature s’est énormément développée. Dans le monde entier, surtout les guitaristes et bassistes s’échangent des tabs de toutes sortes de morceaux pop. « Mais la qualité laisse souvent à désirer », estime Davy. « C’est même plus souvent la règle que l’exception : on trouve facilement au moins sept versions différentes d’une tablature sur internet. Laquelle est la bonne ? Et y en a-t-il seulement une qui soit correcte ? » Davy est un fervent partisan du fait de relever les morceaux soi-même. « Mettez le CD et écoutez comment le morceau est construit. Vous entraînez le musicien auditif en vous. De plus, avec les tabs, on ne peut pas indiquer toutes les nuances, par exemple les hammer-ons et les slides. Si vous écoutez bien, vous les entendez, et vous apprenez à traduire ces nuances dans votre propre jeu. En jouant à partir de tabs, vous renforcez le musicien visuel en vous, avec les inconvénients que cela implique. Et vous négligez le musicien auditif. »
Soyez une pièce du puzzle
Pour finir, Davy mentionne un autre facteur important qui détermine votre qualité en tant que musicien. « Soyez constamment conscient que, dans un groupe, vous jouez au service de la chanson. Souvent, les musiciens — à part le chanteur — ne savent même pas de quoi parle un morceau. Mais pour bien jouer un morceau, il faut savoir de quoi il parle. » Le grand piège pour beaucoup de groupes, c’est qu’ils ne forment pas un tout, mais un groupe d’individualistes. « Je vois un groupe comme un puzzle, où chaque musicien est une pièce », illustre Davy. « Beaucoup de musiciens veulent montrer tous leurs tours de magie dans cette seule pièce. Mais si vous faites ça, le puzzle ne devient jamais un bel ensemble. Cela devient le chaos. En tant que musicien, vous devez comprendre que presque tous les auditeurs écoutent l’ensemble, le total. Seule une minorité écoute l’instrument individuel. C’est pourquoi vous devez accepter de ne pas montrer tous vos tours en permanence dans votre pièce du puzzle. Jouez-vous pour toucher votre public, ou pour impressionner vos collègues instrumentistes (ou la chanteuse canon) ? Vous devez accepter que, la plupart du temps, vous n’êtes que la pièce bleue qui représente le ciel, ou la pièce verte de l’herbe. Si vous le faites, l’image est cohérente. Le groupe sonne comme un tout et le résultat final devient plus transparent. »
Bon à savoir
Chantez votre solo
Dans l’article ci-dessus, nous expliquons que beaucoup de solos improvisés sont guidés par les caractéristiques anatomiques du musicien et de l’instrument. Une façon d’y échapper consiste à chanter d’abord un solo improvisé, puis à le rejouer sur votre instrument. « Quand vous chantez, vous n’êtes pas limité par l’anatomie de l’instrument ni par votre motricité », explique Davy. « Cela donne généralement des solos complètement différents de ceux joués directement sur l’instrument. En chantant, vous ne le ferez pas rapidement, par exemple, en pentatonique mineure, comme vous le feriez sur une basse. En travaillant vos improvisations de cette façon, vous réduisez la distance entre votre musicalité/créativité et les limitations techniques de votre instrument. »
Tablature, ou tabs
Dans l’article, Davy de Wit explique pourquoi il est contre la tablature. La tablature (souvent appelée tabs) est une écriture musicale simplifiée, spécifique à un instrument. Les tabs de guitare et de basse sont particulièrement connues et populaires. La tablature remonte d’ailleurs au Moyen Âge : les premières tabs étaient écrites pour le luth, un instrument à cordes. Avec internet, les tabs se sont énormément développées. L’illustration ci-dessous est une tablature pour guitare. Les lignes représentent les cordes et les chiffres, les frettes.

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