Écrire des chansons accrocheuses : c’est possible grâce à une « hook »
Publié le jeudi 23 juillet 2026
L’un des aspects les plus difficiles lorsqu’on écrit des chansons accrocheuses consiste à trouver une hook (accroche). Il s’agit de la partie musicale la plus marquante, reconnaissable et récurrente du titre. La hook donne du relief à une chanson. Elle peut rendre votre morceau unique et contribuer à son succès. La violoniste et auteure-compositrice-interprète Femke Ravensbergen, de ‘Bird in a Glasshouse’, était en plein processus d’écriture de son EP et souhaitait bénéficier de retours afin de rendre ses titres plus « accrocheurs ». Phaedra Kwant l’a aidée à trouver l’inspiration et les connaissances nécessaires pour créer la plus belle « hook ».

Un métier à part entière
Écrire de la musique est un métier à part entière. Le talent seul ne suffit pas, car des connaissances de théorie musicale sont presque indispensables pour tirer le meilleur de vos propres morceaux. Un titre possède une structure, une progression, des lignes mélodiques, des accords, un texte, un rythme et des arrangements. Chaque élément est déterminant ; toutefois, il est possible d’en mettre un particulièrement en valeur, au point qu’il s’impose au-dessus de tout le reste et devienne presque visible, coloré et tangible. C’est le visage d’un morceau. L’élément que tout le monde reconnaît comme sa singularité est ce que l’on appelle la « hook ». La quasi-totalité des succès en comportent une, et aucun titre à fort potentiel ne peut réellement s’en passer. Pour tout songwriter, créer une « hook » relève presque d’une nécessité. La violoniste et auteure-compositrice-interprète Femke Ravensbergen, de ‘Bird in a Glasshouse’, ne fait pas exception. Elle fait preuve d’une curiosité naturelle, à la hauteur de son ambition d’écrire des chansons riches en vécu et en atmosphère. Elle travaille presque entièrement seule, avec son violon et un loopstation. Le résultat est surprenant et rafraîchissant. De plus, Femke possède une très belle voix : claire, juste, avec un grain qui évoque Amy Winehouse. Sa grande référence musicale est Fink, mais aussi Portishead, Massive Attack, Andrew Bird et le groupe néerlandais Awkward I. Il n’est pas étonnant que sa musique soit influencée par ces références.
Le fingerpicking au violon
Femke travaille actuellement sur son EP, riche en musique atmosphérique. Une session avec Phaedra arrive au moment opportun. La bassiste, notamment de McChicks et de son propre groupe ‘Phaedra’, est elle-même une autrice-compositrice talentueuse et expérimentée. Elle enseigne également le songwriting. Femke fait écouter sur son iPad l’un de ses titres, ‘Traveller Star’, déjà à un stade de production très avancé. C’est un morceau remarquable, construit boucle par boucle, dans lequel elle pince les cordes (fingerpicking), les balaie (strumming) et utilise la caisse de résonance comme section rythmique. Sa voix et sa mélodie se déploient avec fluidité au-dessus des « loops ». Phaedra partage cet avis : « C’est vraiment réussi. Cela me fait penser à Paris et à Amélie. » Aussi convaincante que soit sa musique, et bien qu’elle laisse déjà entrevoir son talent, Femke est consciente qu’elle a besoin d’un accompagnement professionnel pour tirer le meilleur de ses titres. Elle souhaite apprendre à créer une « hook » pour chaque morceau. Phaedra Kwant estime également que c’est un défi, car Femke construit ses titres à partir de « loops », ce qui exige une approche très différente de la méthode d’écriture traditionnelle. Femke prend son violon et le branche sur son loopstation. Elle souhaite jouer ‘A Garden For The Painter’. Il s’agit de l’un des titres de son nouvel EP. Le morceau commence calmement, par un motif pincé au violon. Un autre motif pincé vient s’y superposer, puis un rythme sur la caisse. Elle utilise alors davantage le violon comme une guitare. Phaedra écoute et dit : « Je suppose que vous écrivez votre morceau en improvisant. » Femke acquiesce : « Très souvent à vélo, mais ce morceau a été écrit sur commande, et le texte en était le point de départ. » Phaedra : « Lorsque j’accueille des étudiants pour une session de songwriting, je leur explique toujours que j’applique une méthode d’écriture artisanale. Je pars de la mélodie et de l’harmonie. Ce que j’entends chez vous est extrêmement beau. Sur le plan harmonique, en revanche, c’est limité. Ce n’est pas un problème en soi, mais nous pouvons voir ce qu’il est possible d’en faire en travaillant autrement la structure rythmique, harmonique et mélodique. »
Une bonne ligne mélodique
« Si vous souhaitez écrire un titre à fort potentiel, quelque chose qui reste réellement en tête, vous devez trouver une “hook” », indique la coach de groupe et bassiste. Femke demande comment procéder sur ‘A Garden For The Painter’. Phaedra : « Un bon point de départ pour trouver une “hook”, c’est une bonne ligne mélodique. Dans ce morceau, la mélodie ne reste pas en tête. Il faut alors voir ce que vous pouvez faire pour la renforcer, par exemple en tenant une note un peu plus longtemps, ou en faisant ressortir une petite phrase. Une phrase peut d’ailleurs constituer une “hook”. Pensez à “Alors on danse” de Stromae. Une mélodie forte fonctionne très bien. » « Une “hook” doit-elle être une partie distincte du morceau, peut-elle aussi en faire partie intégrante, ou peut-elle par exemple être un joli riff ou un rythme ? », demande Femke. « Une “hook” est quelque chose qui ressort du morceau », explique Phaedra. « C’est ce que l’on retient et ce qui rend le titre reconnaissable. En réalité, elle peut se trouver partout : dans une mélodie, un texte, un arrangement ou la production. Il est également très judicieux de rendre l’introduction immédiatement accrocheuse. » La musique que Femke écrit est toutefois construite en couches, qui créent avant tout une atmosphère. Pour écrire de manière plus traditionnelle ou concevoir des « hooks », Femke devra lâcher une partie de cet aspect atmosphérique et se concentrer davantage sur la forme et la structure du morceau. Femke : « À cause de ces couches, le morceau progresse peu. J’ai bien un couplet, un refrain et un pont (bridge), mais le producteur veut que j’abandonne cette structure et que j’écrive davantage à partir du ressenti. » « Bien entendu, j’écris moi aussi à partir du ressenti », répond Phaedra. « Mais je le fais de manière structurée. Je joue chaque jour mes premières idées et je les rassemble. Lorsque je me retrouve bloquée pendant l’écriture, mes connaissances en harmonie, en structure et en théorie peuvent apporter des solutions. À cet égard, écrire des chansons est aussi un artisanat. »
Davantage de groove et de variations
Ces derniers temps, Femke s’est surtout consacrée à la construction de ses titres à partir de « loops ». Par conséquent, certains passages peuvent sembler monotones, et Phaedra lui explique que l’auditeur peut alors décrocher. Femke : « C’est précisément pour cela que je veux créer une “hook” dans la musique. » Femke a déjà expérimenté divers instruments, comme la guitare, les claviers et les percussions, mais elle ne parvient pas encore à trouver une bonne « hook ». « Peut-être devriez-vous chercher du côté de la surprise », propose Phaedra. Selon elle, cette surprise doit justement venir d’une musique plus dynamique : « J’écris toujours au piano et à partir du “groove”. Vous pourriez faire de même. Le “groove” deviendrait alors votre “hook”. Il faut donc travailler le rythme de manière consciente. » Femke précise que cette idée l’intéresse et qu’elle souhaite l’appliquer au morceau ‘A Garden for The Painter’. Elle prend son violon et joue la première petite boucle. Il s’agit d’une boucle simple et très directe. Phaedra l’interrompt : « Vous pourriez rendre cette boucle plus intéressante. Davantage de variations. Par exemple, un temps de silence. La tension se trouve souvent précisément dans le silence. » Phaedra joue la boucle au piano pour illustrer son propos. Bien que les notes restent identiques, elle modifie le « groove » en jouant légèrement différemment les silences et la durée des notes. La boucle devient immédiatement plus tendue et plus attrayante. Parfois, il suffit d’ajouter un détail à de bons ingrédients pour en révéler toute la saveur. C’est exactement ce que fait Phaedra. La boucle révèle soudain une mélodie plus agréable et plus accrocheuse, grâce à une forme de tension entre les notes et à l’effet créé par le silence : de longues notes alternées avec des silences, ou une note fantôme (ghost note) rythmique. « Il est intéressant de rendre les loops plus reconnaissables et plus captivantes », déclare Phaedra. Il est instructif d’observer la manière dont elle adapte ce morceau et parvient à en faire quelque chose de réellement accrocheur. Le songwriting tient souvent à de petits détails qui améliorent un titre.
Sortir de sa zone de confort
Toutes deux répètent encore la première boucle, afin que Femke puisse enregistrer une « loop » de bonne qualité. Pour répondre à ce que Phaedra lui demande, Femke doit sortir de sa zone de confort. Ce n’est pas simple, mais elle s’efforce de jouer la première boucle avec la plus grande précision. C’est difficile, mais pas impossible. Après quelques répétitions, lorsqu’elles sont satisfaites toutes les deux et que la « loop » est enregistrée, Phaedra souhaite travailler la deuxième « loop ». « Avec cette première couche “groovy”, vous avez immédiatement une base rythmique. Cela crée aussi davantage d’espace dans le morceau. Cette ligne est plus logique, et l’ajout de la seconde rend l’ensemble bien plus intéressant sur le plan harmonique. » Femke : « Je suis tellement habituée à penser en mélodie, et pas assez en rythme. C’est un travers fréquent chez les violonistes. » Elles travaillent ensuite la deuxième « loop », qui doit précisément se placer à contre-groove de la première. Après avoir défini ensemble les nouvelles notes, Femke recommence à jouer. Mais l’exercice s’avère difficile. Les anciennes boucles, qu’elle a jouées si souvent, restent présentes dans son esprit, et elle doit soudain faire quelque chose de totalement différent. « Pour apprendre ce type d’éléments, vous devez avoir un motif rythmique en tête », conseille Phaedra. « Il est utile de raisonner en blocs. » Femke s’exerce avec persévérance, jusqu’à pouvoir jouer la nouvelle boucle presque sans faute.
Plus dynamique
Phaedra cherche à créer une « hook » à partir de plusieurs couches, en ajoutant de la reconnaissance et de la tension harmonique aux « loops ». Les deux « loops » sonnent déjà plus dynamiques que ce que Femke avait écrit au départ. Phaedra veut maintenant travailler la ligne de basse et demande à Femke de jouer cette ligne en même temps que la première boucle. La violoniste se trouble rapidement : pour elle, c’est un exercice totalement différent. Phaedra prend sa basse et lui montre. « C’est déjà très solide, et si vous y ajoutez quelques variations rythmiques, cela le sera davantage. Surtout si vous posez la basse de manière bien affirmée. » Les deux musiciennes jouent un moment ensemble, afin que Femke maîtrise la ligne de basse. Phaedra : « Si vous ajoutez maintenant une batterie et que vous créez des rythmes croisés ainsi que d’autres mesures, vous obtenez soudain une interprétation totalement différente du morceau. » L’approche consistant à rendre les différentes « loops » plus intéressantes, non pas tant par des changements mélodiques marqués, mais par le rythme, est concluante. Le morceau gagne en dynamique et, surtout, en espace pour aller plus loin. Pour Femke, cette approche rythmique est particulièrement éclairante. « C’est très intéressant. Avec un matériau si simple, on peut obtenir beaucoup plus en créant d’autres rythmes. Pour chaque boucle, “moins, c’est souvent davantage”, à condition d’y mettre du rythme », explique Femke, qui écoutera sans doute ses titres autrement en studio et les adaptera peut-être pour leur donner une « hook » plus actuelle. « Réfléchissez donc à la mélodie et au rythme lorsque vous souhaitez inventer une hook », conclut Phaedra.
Femke Ravensbergen
Bird in a Glasshouse, alias Femke Ravensbergen, n’est pas une singer-songwriter comme les autres. Au lieu d’une guitare ou d’un piano, le violon domine sa musique, qu’elle utilise en outre comme une contrebasse et comme un instrument de percussion. En tant que musicienne et songwriter, Bird in a Glasshouse peut être décrite comme non conformiste, exploratrice, originale, créative et multimédia. Elle propose une pop-folk avec une touche de jazz et de trip-hop. Avec sa voix claire et ses instruments acoustiques, Bird in a Glasshouse crée un univers qui lui est propre. Le résultat est une atmosphère musicale à la fois mystérieuse, puissante et lumineuse. Bird in a Glasshouse a remporté la finale d’Art Rocks lors de Noorderslag 2015 à Groningen et s’est produite sur d’innombrables scènes et festivals à travers les Pays-Bas. Elle a notamment atteint la demi-finale du concours amstellodamois de chanson pop Mooie Noten et s’est produite en première partie de Kraantje Pappie au festival Oerol.
Phaedra Kwant
Phaedra est bassiste, chanteuse et compositrice dans son propre groupe de jazz ‘Phaedra’, le trio pop ‘McChicks’, et fait partie de diverses autres formations telles que les ‘Nederpop All Stars’. Elle est une musicienne freelance très demandée dans les univers de la pop, du jazz et du théâtre, et a notamment travaillé avec Claudia de Breij, Veldhuis & Kemper, Krystl, 3J’s, Hans Vermeulen, Ryan Shaw, Debbie Sledge, Frederique Spigt, Leoni Jansen, Izaline Calister et Mike del Ferro. Elle a tourné dans des pays tels que le Japon, le Sénégal, l’Ukraine, l’Italie, la Russie, la Grèce, l’Espagne et l’Amérique, et a participé aux Dutch Jazz Expeditions en Inde et en Thaïlande. Phaedra a étudié la basse électrique, avec en disciplines secondaires la contrebasse, le chant et la composition, au Conservatoire d’Amsterdam, et est devenue en 2004 la première femme aux Pays-Bas à obtenir un Master of Music en basse électrique. Elle écrit pour le magazine ‘De Bassist’ et est endorser d’Aguilar Amplification et de Kala U-Basses. Elle intervient régulièrement comme enseignante invitée dans différents conservatoires et a reçu des commandes d’écriture, notamment de la famille royale. Phaedra a publié les albums solo ‘ Too Much In Store’ (2009) et ‘Still Listening’ (2013) et s’est produite avec son propre trio de jazz au Japon et aux États-Unis.
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