Cela peut être une combinaison redoutable : batterie et percussions au sein d’un groupe. En principe, tous les styles de musique s’y prêtent. Bien sûr, cela demande une collaboration bien rodée entre les musiciens de ces instruments si proches. Mais quand tout s’imbrique, la musique gagne un éclat qui donne l’impression de lancer une fête.

Drummer en percussionist in een band - Zo werk je samen

Collaboration

« Parfois, vous sentez qu’un morceau manque encore de quelque chose. Qu’un rythme supplémentaire peut apporter un vrai plus. C’est le moment où, pour moi, j’ajoute des percussions », explique le batteur et producteur Juan van Emmerloot. C’est aussi ce qu’il a fait sur plusieurs titres de l’album de sa formation Burnin’ The Rules, intitulé ‘Trappole’. Pour cela, il a collaboré avec le percussionniste Raymond Blahowetz. Très jeune, Raymond a été captivé par le son des congas, puis il s’est développé de plus en plus en tant que percussionniste au sens large. Ses racines se trouvent dans la musique indo (indo-rock), mais il se sent à l’aise dans un éventail extrêmement large de styles. « On peut intégrer des percussions dans tous les styles, même si l’origine se trouve dans le latin rock », dit Raymond. « Ça fonctionne très bien, par exemple, dans le rock, comme sur ‘Trappole’ de Burnin’ The Rules. Pour ce projet, j’ai d’ailleurs accordé mes congas un peu plus bas, parce que je trouvais que cela collait mieux à la musique. Sinon, le résultat aurait été trop “bondissant”. La question de savoir si les percussions sont intégrables dépend davantage du caractère d’un morceau que du style musical. » Juan ajoute : « Parfois, un morceau manque de côté ludique ou d’ornement. Si vous voulez que ça devienne une fête, ajoutez des percussions. Ça met de la vie dans la musique. Même une musique “costaud” comme le rock peut avoir une touche joyeuse. Les percussions peuvent apporter ça. Elles n’ajoutent pas seulement quelque chose sur le plan rythmique. Les percussions ont aussi un spectre sonore plus large que la batterie, surtout dans les hautes fréquences. » D’ailleurs, sur certains enregistrements, Juan joue lui-même les percussions. « Je le fais quand je veux composer un groove dont les percussions font partie. Si, à la réécoute, je me dis qu’un percussionniste ferait mieux, j’appelle un percussionniste. Mais cela dépend aussi du budget et du temps disponible. »

Colorer

Raymond illustre le rôle du percussionniste : « Imaginez que le batteur fasse un fill qui se termine par un coup sur la cymbale crash. Avec, par exemple, un bell-tree, je peux prolonger et “colorer” ce crash. Ou en frottant une baguette le long d’un tambourin. Ce genre de choses n’existe pas sur une batterie. En tant que percussionniste, je cherche en permanence des façons de colorer la musique ; comment ajouter quelque chose à un morceau pour le renforcer. Comme si je composais une composition dans la composition. » Juan fait écouter quelques titres sur lesquels il joue de la batterie et Raymond des percussions. Ce que les percussions ajoutent devient encore plus évident lorsqu’il coupe alternativement (muter : mettre le volume à zéro) les pistes de percussions puis les réactive. On comprend aussi qu’il existe, pour le percussionniste, deux façons de jouer avec un batteur : tresser (appelé « waven ») ou épaissir. En tressant, le percussionniste place ses notes entre celles du batteur. En épaississant, il les superpose exactement à celles du batteur pour les renforcer. Tresser donne à la musique un caractère fondamentalement différent d’épaissir. « En général, c’est le type de musique qui appelle l’un ou l’autre », explique Juan. « Dans, par exemple, le funk de Prince, on a souvent choisi d’épaissir ; cette musique le demande tout simplement. Mais vous pouvez aussi varier au sein d’un même morceau. Et faire des transitions entre tresser et épaissir, ce qui fait évoluer le caractère du morceau en cours de route. Globalement, tresser donne un effet plus surprenant, plutôt que de suivre sagement le batteur. Par exemple un pattern latin qui, en quelque sorte, danse autour de la batterie. Le morceau devient plus tendu, surtout si, à certains endroits, il se passe quelque chose que vous n’attendez pas. »

Timing

Tresser ou « waver », donc jouer entre les notes du batteur, ressemble à un défi. « Ça l’est. Cela demande plus de créativité au percussionniste », confirme Raymond. « Mais personnellement, je trouve plus difficile de jouer sur les notes du batteur. Cela exige que le batteur et le percussionniste aient exactement le même timing. Sinon, c’est le bazar et l’effet disparaît. » Raymond estime important, en situation live, d’avoir une bonne visibilité sur le batteur. « Et je m’assure que les timbales (des fûts au son aigu et tranchant) soient toujours entre moi et le batteur. Les timbales sont généralement les instruments sur lesquels on “se lâche” en tant que percussionniste. Dans ces moments-là, il faut bien voir le batteur pour que, dans ce qui ressemble à du “chaos”, tout reste rythmiquement correct. » On arrive ainsi à l’aspect timing. Dans ce cadre, il y a en réalité trois possibilités : jouer de manière poussante, sur le temps ou laid back. « Juan est naturellement un batteur laid back », explique Raymond. « La plupart du temps, je l’accompagne dans ce sens pour renforcer le feeling laid back de la section rythmique. Ça peut aussi fonctionner dans un morceau où les autres instrumentistes jouent de façon poussante. » Y a-t-il une règle d’or : quand le batteur joue laid back, le percussionniste doit le faire aussi ? Et quand le batteur pousse, le percussionniste doit pousser aussi ? « Souvent oui », répond Juan. « Mais il y a des exceptions. » Il le montre avec un enregistrement du morceau ‘Scientific Weirdo’ de son dernier album, sur lequel Raymond joue des percussions. Juan joue laid back, mais sur certains passages, Raymond joue presque de manière syncopée et poussante, clairement en avant du temps, ce qui électrise fortement l’ensemble. Pour cela, il utilise congas, timbales et shekere.

Le batteur reste le leader

Un percussionniste a beaucoup de possibilités pour construire sa partie, mais il existe aussi des limites claires. « Ce n’est pas comme si vous pouviez faire n’importe quoi, quand vous voulez », dit Raymond. « En tant que percussionniste à côté d’un batteur, vous devez comprendre que vous avez un rôle complémentaire. Dans presque tous les cas, le batteur est le leader : c’est lui qui guide le groupe. Il détermine le tempo et le feeling : poussant, laid back ou sur le temps. En tant que percussionniste, vous devez suivre ça de manière cohérente, sinon le batteur devient fou. Vous devez aussi être capable de jouer un arrangement et, dans ce cas, ne pas bricoler au hasard. Sinon, on ne vous prend pas au sérieux. » Le défi, quand on joue des percussions à côté d’un batteur, c’est de chercher l’aventure et la surprise, tout en restant juste ensemble et sans mettre le morceau sens dessus dessous. « Et je ne fais pas de fill si je vois que le batteur fait un fill », précise Raymond. « Au mieux, peut-être à la fin d’un morceau, si le batteur crée du drame et du chaos avec un fill énorme. Là, ça peut être beau et approprié de le suivre et de renforcer ce chaos (organisé). » Dans la musique latine, dont les percussions sont issues, il n’y a pas de batteur. La batterie y est en quelque sorte répartie entre différents instruments de percussion. La direction est assurée par les joueurs de timbales. Ce sont eux qui donnent les fameux cues pour les breaks, fills, etc. « Dans un groupe pop, c’est le batteur qui fait ça », indique Juan. « Bien sûr, il y a des percussionnistes têtus qui ne s’en préoccupent pas ou peu. Mais ça ne fait plaisir ni au batteur, ni au groupe. C’est pareil si vous “tuez” tous les morceaux en martelant sans arrêt les timbales. Là aussi, un batteur devient fou. »

Volume

Avec les timbales, on touche à l’aspect volume. Un batteur peut produire beaucoup de volume, mais face à certains instruments du percussionniste, il ne fait pas le poids. « En plus du choix de votre instrument et du rythme que vous jouez, votre volume est une décision importante », affirme Raymond. « Les percussions doivent bien se placer dans le mix. Si vous jouez trop fort, par exemple au tambourin, le tambourin va se détacher du morceau et “flotter” au-dessus. Ne jouez pas trop fort et variez votre distance par rapport au micro. Sinon, en tant que percussionniste, vous démolissez le groupe et les percussions seront perçues comme quelque chose de désagréable ; la prochaine fois, le groupe ne voudra plus de percussionniste. N’oubliez jamais qu’en tant que percussionniste, vous êtes au service de l’ensemble, tout comme les autres instrumentistes. » Un percussionniste n’a pas seulement des instruments de frappe produisant de petits coups ou sons courts. Il peut aussi créer des sons plus longs, notamment avec les petites percussions, comme les bar chimes, triangles, grelots (sleighbells), cymbales d’effet et cup chimes. Juan reprend l’enregistrement de ‘Scientific Weirdo’ et fait écouter un passage. « Ici, le morceau s’ouvre, il se met en quelque sorte à “voler”. Raymond renforce ce vol en ajoutant des bar chimes et des sleighbells accordées différemment. Avec les percussions, vous pouvez aussi “lier” les choses. »

Jouer en live

Sur les enregistrements que Juan fait écouter, Raymond a superposé différentes couches avec plusieurs instruments. En situation live, c’est impossible. Que ferait-il s’il devait jouer ces morceaux sur scène ? « Alors je découpe le morceau en A, B et peut-être même C. A, c’est par exemple le couplet, où je joue des congas. B, le refrain avec, par exemple, des timbales. Et entre les deux, des petites percussions pour colorer. » Comme indiqué plus haut : le batteur reste le leader. Mais en live, Juan tient-il compte du fait qu’un percussionniste se trouve à côté de lui ? « Bien sûr. En tant que batteur, vous laissez de la place au percussionniste. S’il choisit par exemple de jouer du tambourin, je ne joue pas la charleston. Parfois, le groove se déplace vers les percussions. Comme batteur, je m’adapte alors. Et je ne prends pas tous les fills pour moi : je donne aussi au percussionniste l’occasion de faire des fills. Vous pouvez convenir à l’avance des endroits où cela arrive, mais vous pouvez aussi gérer ça avec des cues (signaux). » Raymond ajoute : « Parfois, ça se fait automatiquement. On l’entend dans le jeu. » Peut-il y avoir une rivalité entre batteur et percussionniste ? « Oui, bien sûr », répondent-ils tous les deux. « Ça devient alors une sorte de battle négative, où l’un ne veut pas être inférieur à l’autre. Ce n’est pas le but et cela ne sert pas la musique. »

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