Découvrir des accords dans Ableton Live – utilisez ces outils !
Publié le mercredi 10 juin 2026

Nous savons tous à quel point il peut être difficile de trouver les bons accords pour nos morceaux. Dans cet article, Hens Zimmerman, blogueur invité, passe en revue quelques pistes pour vous faciliter la tâche dans Ableton Live. Mais d’abord, faisons un peu de théorie musicale pour partir sur de bonnes bases.
Intervalles et accords
La relation entre deux notes s’appelle un intervalle. Si vous jouez les notes l’une après l’autre, il s’agit d’un intervalle mélodique. Si vous les jouez simultanément, c’est un intervalle harmonique. Chaque intervalle peut être joué de ces deux manières. Il est fascinant de voir qu’un simple intervalle de deux notes suffit à susciter une émotion. Par exemple, le célèbre thème du film Les Dents de la mer (Jaws) repose essentiellement sur deux notes (Mi et Fa). L’écart entre ces notes est d’un demi-ton, un intervalle que l’on appelle aussi une seconde mineure. Nous ressentons instinctivement ce demi-ton comme quelque chose d’angoissant et de menaçant. Écoutez plutôt le thème des Dents de la mer :

À l’inverse, la distance entre un Do et un Mi compte quatre demi-tons : c’est une tierce majeure, que nous percevons comme agréable et joyeuse.
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L’écart entre un Do et un Mi♭ compte trois demi-tons : c’est une tierce mineure, que nous ressentons comme triste.
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À quoi vous sert cette théorie ? Eh bien, ces intervalles sont les fondations mêmes de nos accords. Un écart de trois demi-tons, peu importe où vous le jouez sur votre clavier, conservera toujours cette pointe de tristesse, tandis qu’un écart de quatre demi-tons gardera ce côté joyeux. Dans un accord, nous combinons trois notes ou plus pour former un tout harmonieux qui dégage une émotion précise. En jouant les fameux accords à trois doigts sur les touches blanches d’un piano, on ne produit au total que trois types d’accords différents.

En modifiant les écarts entre les notes au sein de ces triades, on crée une multitude d’autres accords. On peut aussi ajouter une note supplémentaire ou modifier l’ordre des notes sur le clavier (les renversements). Un accord de Ré-Fa-La (Ré mineur) sonnera de manière similaire si on le joue La-Ré-Fa (avec le La une octave plus bas). Ce n’est pas identique, mais très proche. Savoir quel accord utiliser à quel moment est une affaire d’expérimentation, d’oreille, mais aussi d’analyse de ce que font les autres artistes. Et comme un peu d’aide ne fait jamais de mal, voici quelques astuces pour provoquer de « heureux accidents » dans Ableton Live.
Probability Arp
Il s’agit d’un périphérique Max for Live inclus dans le Probability Pack de Sonic Faction, fourni avec Live Suite. Si vous ne le voyez pas dans vos packs installés, vous pouvez le télécharger sur le site d’Ableton. Probability Arp réagit aux notes MIDI et génère plusieurs notes sortantes pour chaque note reçue. On le place donc sur une piste MIDI, juste avant un instrument. L’avantage de cet outil est qu’on peut l’utiliser en mode Chord (Accord), c’est-à-dire sans l’effet d’arpégiateur. Sur l’image ci-dessous, vous voyez à quoi il ressemble.

La partie gauche de l’interface est la plus intéressante pour nous. Le paramètre Chord doit évidemment être sur On. Les réglages Shape, Invert et Strum offrent un formidable terrain d’expérimentation. Lors de ce type d’expériences, le but est généralement d’enregistrer les notes MIDI générées. Si vous placez le Probability Arp et votre instrument sur la même piste, vous n’enregistrerez que les notes brutes que vous jouez au clavier (les notes entrantes). Ne serait-il pas plus pratique de capturer directement les accords générés sur une piste MIDI dédiée ? Vous pourriez ainsi garder les meilleurs essais et jeter le reste. Pour y parvenir, c’est très simple : il suffit de créer deux pistes MIDI. Dans la première, on met uniquement Probability Arp, et dans l’autre l’instrument que l’on souhaite entendre. C’est donc cet instrument qui jouera les accords générés par Probability Arp. Dans cet exemple j’utilise Operator, mais vous pouvez bien sûr choisir un autre instrument. Il faut router la sortie MIDI de la première piste vers l’entrée de la seconde piste MIDI, ici la piste Operator. Ensuite, on arme cette dernière en enregistrement. Sur l’image 5, vous voyez à quoi cela ressemble.

Maintenant, il faut envoyer des notes dans notre premier canal. Quelques notes MIDI basiques dans un clip de la Session View feront l’affaire, mais vous pouvez aussi jouer directement sur un Ableton Push ou un clavier maître, et écouter le résultat. J’ai utilisé un motif simple de deux notes dans la gamme de Do majeur. Sur l’image, vous voyez à quoi cela ressemble :

Pour tout vous dire, les notes de départ importent peu : l’essentiel est d’expérimenter. Vous pouvez d’ailleurs vous appuyer sur un phénomène de théorie musicale très exploité dans la musique House : l’oreille humaine accepte très facilement (et apprécie souvent) l’enchaînement d’accords qui conservent exactement la même structure (Shape). Par exemple, la suite :
Si Maj7−Sol Maj7−La Maj7−Fa Maj7
Écoutez :
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Le fait d’enchaîner ces quatre accords Majeur 7 donne immédiatement une couleur très « Detroit House ». Vous pouvez tenter la même expérience avec uniquement des accords mineurs 7, ou des accords m7sus4.
Il ne vous reste plus qu’à faire passer vos notes de départ dans le Probability Arp et à faire varier les paramètres Shape, Invert (les renversements) et Strum (l’effet de harpe/gratté). Le résultat sonne comme ceci :
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Pour être clair : c’est donc le résultat de seulement deux notes identiques qui passent dans Probability Arp ! Sur l’image 7, on voit très bien comment la piste verte du haut est transformée en piste orange. Essayez différentes shapes, regardez ce qui se passe avec un strum positif ou négatif, et testez aussi une autre inversion. Vous pouvez bien entendu mapper ces paramètres à un LFO, et être surpris de cette manière également.
Une fois satisfait du résultat, vous pouvez supprimer la piste du Probability Arp et éditer directement les blocs d’accords MIDI obtenus. C’est idéal pour créer des progressions uniques que vous n’auriez jamais composées vous-même.

MIDI Monitor
À l’inverse, il peut aussi être très utile de savoir quels accords vous êtes concrètement en train de jouer. Ne serait-ce que pour comprendre quel type d’accord vous interpelle à tel ou tel moment de votre morceau. Caché dans les effets MIDI sur le côté gauche de Live, vous trouverez un effet appelé MIDI Monitor. Il s’agit d’un périphérique Max for Live que vous pouvez insérer sur une piste MIDI. Il ne modifie pas le signal MIDI entrant, mais affiche les informations contenues dans les notes MIDI… y compris le nom des accords ! Ci-dessous, vous pouvez voir à quoi ressemble l’effet et constater que, dans le cas de mes expérimentations, il a reconnu un accord de Sol7sus4. Le grand point fort de MIDI Monitor, c’est qu’il détecte aussi les accords même si vous les jouez en strum.

Quoi qu’il en soit, MIDI Monitor est un outil exceptionnel pour comprendre ce qui se passe en arrière-plan. Cela peut vous aider, par exemple, à résoudre un problème avec un synthétiseur externe. En mode Flow, MIDI Monitor affiche également très clairement les CC MIDI qui défilent dans les données. Voici à quoi cela ressemble ci-dessous.

Et même si notre Ableton Push s’avère d’une aide précieuse pour choisir les bons accords, il peut parfois être pratique d’utiliser ici aussi un MIDI Monitor pour apprendre à identifier l’accord que vous jouez. Sur l’illustration 10, vous pouvez voir comment le MIDI Monitor détecte que je joue un accord de La mineur 7 (Am7). Cela dit, MIDI Monitor est loin d’être infaillible : malheureusement, bon nombre d’accords ne sont pas encore reconnus.

Ableton Live est également capable de convertir une piste audio existante en accords MIDI. Il vous suffit de faire un clic droit sur un clip audio et de choisir Convert Harmony to new MIDI track (Convertir l’harmonie en nouvelle piste MIDI), ou simplement de glisser-déposer un fichier audio sur une piste MIDI et de sélectionner Harmony dans la boîte de dialogue « Convert Audio to MIDI » qui apparaît. Bien entendu, ce processus n’est pas parfait non plus, mais c’est une excellente méthode pour décortiquer les accords et surtout les enchaînements d’accords qui composent un morceau. Avec un peu de patience, la tonique d’un morceau devient généralement évidente. En paramétrant l’effet Scale sur cette tonique, vous verrez rapidement si vous êtes sur la bonne voie et quelles notes sont, comme on dit, « hors gamme ». Ne supprimez pas immédiatement ces notes : certains accords doivent justement toute leur beauté et leur richesse à l’utilisation de notes hors gamme. Sur l’illustration 11, vous pouvez voir comment Ableton Live a converti l’harmonie d’un fichier audio existant en notes MIDI. J’avais repéré que le fichier original était joué en Ré mineur ; en réglant Scale sur Ré mineur, on s’aperçoit que, dans ce cas précis, toutes les notes MIDI tombent bien sur les hauteurs vertes de la gamme (les notes hors gamme apparaissent en gris pour indiquer qu’elles n’appartiennent pas à la version sélectionnée de Scale).

ConChord
Il est parfois difficile de s’y retrouver dans la jungle des applications, plug-ins, banques de fichiers MIDI et périphériques disponibles pour générer des accords à notre place. Un outil mérite pourtant toute votre attention : ConChord de chez Max for Cats. Vous le trouverez dans le pack Stray Cats Collection sur le site d’Ableton. ConChord associe un séquenceur à pas (step sequencer) à la possibilité d’intégrer des accords sur des pas spécifiques. Ci-dessous, vous pouvez voir à quoi ressemble ConChord. En plus des accords, vous pouvez faire jouer simultanément des notes de basse ou de mélodie. ConChord se prête à merveille à l’expérimentation et permet d’obtenir rapidement des résultats exploitables. Je dois d’ailleurs avouer que je n’aurais pas pensé à utiliser spontanément un accord demi-diminué (Half Dim), mais dans le contexte de cette expérience, le rendu est vraiment très sympa :
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Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin
Bien entendu, le choix des accords est aussi une affaire de goût et d’époque. Par exemple, les accords de Sixième mineure (m6) et demi-diminués du dernier exemple audio auraient été qualifiés de « diaboliques » ou de « dissonants » au Moyen Âge, et purement et simplement interdits par l’Église. Mais aujourd’hui, ce genre d’accords est tout à fait courant dans des styles comme l’IDM ou le Trip Hop, et apporte parfois le petit truc en plus qui rendra votre production intéressante.
L’un des logiciels les plus polyvalents pour vous accompagner dans la composition reste sans conteste Band-in-a-Box de PG Music, que vous pouvez vous procurer chez Bax Music. Le programme est disponible aussi bien sur Windows que sur macOS, mais demande un petit temps d’apprentissage. Il est également préférable d’avoir quelques notions de théorie musicale pour exploiter pleinement le potentiel de Band-in-a-Box. Ci-dessous, vous pouvez voir comment j’ai saisi quelques accords simples en Ré mineur dans Band-in-a-Box. J’ai ensuite choisi un style et un tempo, et le logiciel s’est chargé du reste :

Dm7 = Ré mineur 7 ; Gm7 = Sol mineur 7 ; Am7 = La mineur 7 ; A = La majeur (A)
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Ce que vous entendez ici, c’est l’audio généré par Band-in-a-Box sur la base des accords et du style sélectionnés. Sachez que vous pouvez également exporter ces pistes au format MIDI pour les retravailler ensuite dans Ableton Live, par exemple. Cela ouvre des perspectives incroyables pour le remixage si vous connaissez la grille d’accords d’un morceau. Band-in-a-Box peut aussi vous suggérer toutes sortes de substitutions d’accords (comprenez : des accords plus intéressants), exporter des pistes audio séparées ou même composer un solo à votre place.
Si vous souhaitez approfondir la théorie, l’incontournable livre How Music Really Works de l’auteur Wayne Chase est une véritable référence. Cet ouvrage vous embarque dans une aventure passionnante où vous analyserez de nombreux tubes connus tout en apprenant les clés de la composition et de l’arrangement. Le vrai plus, c’est qu’il n’est pas nécessaire de savoir lire le solfège, et le livre est écrit avec une bonne dose d’humour. Personnellement, j’utilise les grilles « Chase Charts » issues du livre pour absolument tout ce que je compose depuis. Wayne Chase est un musicien et compositeur chevronné, et cela se ressent à chaque page. Ce livre regorge de conseils de composition, vous montrant aussi bien ce qui fonctionne que ce qu’il faut éviter. Chaudement recommandé !
En espérant que cet article de blog vous aura inspiré pour trouver de nouveaux accords pour vos propres productions. Il existe de nombreuses méthodes pour vous simplifier la vie, et les pistes évoquées ici devraient vous occuper un bon moment. Amusez-vous bien !
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