Pourquoi un DJ porte-t-il son casque sur une seule oreille ? Le cue expliqué

Un DJ avec un casque à moitié sur la tête, un écouteur plaqué contre l’oreille : c’est l’image même du métier. Étrange, en fait, car ce DJ se tient devant une installation dont profitent même les voisins à trois rues de là. Pourtant, ce casque n’est pas une pose : c’est le seul endroit où le DJ entend le morceau suivant avant le public.

Pré-écoute : seul le DJ entend le morceau suivant

Chaque canal d’une table de mixage DJ dispose d’un bouton cue, également appelé PFL (pre-fade listen). Lorsque vous appuyez dessus, vous entendez ce canal dans votre casque alors que le fader est encore fermé. Autrement dit, le public n’entend rien et vous entendez tout. Un chef goûte lui aussi sa sauce avant qu’elle n’arrive sur la table du client.

Pre-fade signifie exactement ce que le terme indique : le signal est prélevé avant le fader, mais après l’égaliseur. Si vous coupez les basses, vous l’entendez donc aussi dans votre casque. Le cue vous sert également à régler le gain : grâce aux VU-mètres, vous amenez le nouveau morceau au même niveau que celui en cours de lecture, pour que personne ne sursaute à cause d’un saut de volume ou d’une distorsion.

Et puis le plus important : le beatmatching. Vous n’entendez le nouveau morceau que dans votre casque, vous ajustez le pitch jusqu’à ce que les beats soient calés sur ce qui sort en ce moment des enceintes, et ce n’est qu’à ce moment-là que vous ouvrez le fader. Sans casque, le public « profiterait » de vos préparatifs, ce qui n’est pas franchement agréable à l’oreille. À l’époque du vinyle, on retenait même le disque avec la main pendant que la platine continuait de tourner, pour le relâcher pile sur le temps. C’est ce qu’on appelle le slip-cueing (et on n’y arrive pas les premières semaines).

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L’astuce de l’oreille unique : une oreille dedans, une oreille dehors

Pour faire du beatmatching, vous devez entendre deux choses en même temps : le nouveau morceau, qui n’est que dans votre casque, et le morceau en cours, qui sort des enceintes. D’où un écouteur contre la tête et l’autre oreille libre pour l’enceinte de retour ou la salle. Ça a l’air nonchalant, mais c’est la manière la plus simple de comparer deux signaux simultanément : votre propre tête fait office de table de mixage. 

Ce n’est pas une obligation. Presque toutes les tables de mixage et tous les contrôleurs disposent d’un bouton cue mix ou headphones mix. Bouton tourné à gauche, vous n’entendez que le canal en pré-écoute. Au milieu, autant de cue que de master, et plus vous tournez vers la droite, plus vous entendez ce que le public entend. Vous pouvez ainsi mixer avec les deux écouteurs sur les oreilles, mais vous obtenez alors un mélange de cue et de master dans les deux oreilles. Ce n’est pas idéal, et c’est l’une des raisons pour lesquelles les DJ n’utilisent pas cette fonction par défaut. Mais il existe aussi le split cue, dont nous parlons plus bas.

Split cue : la salle dans votre autre oreille

Une variante plus élégante du cue mix est intégrée aux tables de mixage plus haut de gamme : le split cue, parfois appelé mono split. Au lieu d’un seul signal stéréo, la table envoie deux signaux mono à votre casque : dans une oreille le canal en pré-écoute, dans l’autre le master, c’est-à-dire ce que le public entend. Exactement ce que vous faites avec un seul écouteur sur l’oreille, mais cette fois avec le casque bien en place sur la tête.

C’est pratique quand il n’y a pas de bonnes enceintes à proximité. Les enceintes principales d’un club sont souvent éloignées et orientées dans la direction opposée ; le son vous parvient avec un retard, et caler vos mix dessus relève du pari. Normalement, les retours de cabine règlent ce problème, mais ils sont parfois en panne, trop faibles, voire carrément absents. Et à la maison, avec des voisins qui veulent dormir à vingt-trois heures, le split cue vous permet de répéter un set entier uniquement au casque.

Sur les contrôleurs, le split cue est nettement plus rare. On le trouve surtout sur les tables de mixage club et pro autonomes, ainsi que sur une poignée de contrôleurs. Si vous y tenez vraiment, consultez attentivement les caractéristiques avant d’acheter une nouvelle table de mixage ou un nouveau contrôleur.

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Ce que cela implique pour votre casque DJ

Un casque DJ mène une vie rude. Il pend à moitié sur votre tête, est plaqué contre une oreille, abaissé puis remis en place, des centaines de fois par soirée. C’est pourquoi il est – en principe* – conçu différemment d’un modèle studio ou hi-fi : avec des écouteurs pivotants ou rabattables, pour que l’écouteur libre ne gêne pas, et un arceau qui résiste à toutes ces manipulations. Le premier casque que j’ai utilisé pour mixer était un modèle hi-fi ; au bout de deux mois, l’arceau pendait comme un portemanteau cassé.

Un casque DJ doit en outre pouvoir monter assez fort pour couvrir le bruit de la salle sans distorsion, et bien isoler pour que les basses des enceintes ne viennent pas se mêler à votre signal de pré-écoute. Le confort compte aussi : après un set de trois heures, vous savez exactement où il serre. Le modèle qui vous conviendra dépend de vos oreilles et de votre budget.

* Par « en principe », je veux dire qu’un casque peut très bien être vendu comme « casque DJ » sans pour autant offrir toutes les caractéristiques que vous  attendez en tant que DJ. Pensez donc toujours à vérifier les caractéristiques. Et gardez à l’esprit que la qualité de fabrication d’un petit modèle d’entrée de gamme n’est généralement pas comparable à celle d’un modèle haut de gamme.

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