Quel type d’instrument est le violoncelle ? Cet instrument à cordes frottées, dont le son rappelle presque une voix humaine, passe sans effort d’une sonorité suave et délicate à sombre et brute. Et pas seulement dans la musique classique : il est prouvé maintes et maintes fois que cet instrument de musique peut être parfaitement intégré, par exemple, dans un contexte pop, rock ou metal.

De cello - Wat voor instrument is dit?

Traits humains

Il n’existe aucun lien de causalité entre le fait de jouer du violoncelle et l’apparition d’une hernie inguinale. C’est ce que le chirurgien a assuré au violoncelliste pop Jurriaan Westerveld, soulagé à l’idée de ne pas devoir vendre son instrument à cause d’un inconfort physique permanent. Car quel genre de vie serait‑ce sans violoncelle ? Les violoncellistes sont intimement liés à leur instrument. Peu après son opération, Westerveld a publié sur Facebook une photo de son étui de violoncelle, bien au chaud dans un lit. Dans l’univers des instruments de musique, le violoncelle est probablement celui qui possède les traits les plus humains. Dans son ouvrage Orkestraal verhaal, Niels Le Large écrit : « Le violoncelle est (…) proche de la perfection. L’instrument a été conçu pour suivre les lignes ondulantes du corps humain de manière idéale. Si naturellement et si spontanément le violoncelle épouse les contours physiques du violoncelliste, que son jeu doit être, en partie, une expérience sensuelle. Les utilisateurs du support Tortelier incliné vers l’arrière accentuent encore ce fluide sensuel du violoncelle en tirant l’instrument presque contre leur corps lorsqu’ils jouent. » Difficile de rivaliser avec ça sur un clavier. Le violoncelle est un instrument voluptueux dont la sonorité mélancolique conduit à des sommets musicaux satisfaisants. De plus, selon Le Large, la symbiose corporelle entre l’instrument et vous, son interprète, permet de jouer d’une manière décontractée. Les gestes techniques restent dans les limites de ce qui peut être considéré comme sain pour le corps : « Le mal de dos – causé par une pression excessive de l’archet sur les cordes graves – est le seul véritable risque physique qui menace un violoncelliste.»

Voix

Le violoncelliste Westerveld s’est suffisamment remis de son opération pour reprendre rapidement son emploi du temps chargé de répétitions. Nous le retrouvons à dix heures du matin, sur une terrasse ensoleillée à Utrecht. Dans une heure, il participera à une répétition pour le nouveau spectacle de la chanteuse‑compositrice Roos Blufpand. Derrière une tasse de café, le musicien parle du caractère humain du violoncelle, de ses formes féminines. Mais ce que Westerveld trouve encore plus frappant, c’est la ressemblance du son du violoncelle avec le timbre de la voix humaine, même si l’étendue du violoncelle est plus large. Le violoncelle appartient à la famille des instruments à cordes frottées et vient, après le violon et l’alto, en troisième position avant la contrebasse. Ses cordes sont accordées du grave à l’aigu en do, sol, ré et la. Les intervalles sont identiques à ceux de l’alto, mais transposés un octave plus bas. L’écart entre les cordes du violoncelle est toujours une quinte, alors que pour la guitare et la basse, il s’agit d’une quarte. Comme la contrebasse, le violoncelle est muni d’une pique (ou tige d’appui) permettant de le poser au sol. Jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle environ, l’instrument se jouait en le serrant entre les jambes. Le célèbre violoncelliste belge François Gervais utilisait d’abord cette posture, mais en prenant de l’embonpoint, elle devint trop difficile pour lui. Il fixa alors une pique sous son instrument afin d’obtenir davantage de soutien. Selon Le Large dans Orkestraal verhaal, cette invention transforma profondément la technique de jeu du violoncelle et rendit la posture plus discrète. Une femme avec un violoncelle n’était plus une vision embarrassante.

Explosion du violoncelle

Depuis son introduction, le violoncelle s’est imposé dans les orchestres symphoniques et de chambre, mais aussi comme instrument soliste. Presque tous les grands compositeurs ont écrit pour le violoncelle. Sa popularité a atteint des sommets au XXᵉ siècle, notamment grâce aux interprétations virtuoses du maître russe Mstislav Rostropovitch, qui a inspiré de nombreux jeunes violoncellistes, dont Andrew Lloyd Webber. C’est ainsi que le violoncelle a franchi le pas vers la musique pop. Vous le retrouvez chez les Beatles, influencés par leur producteur George Martin issu du monde classique, notamment dans Yesterday. Au début des années 1970, l’Electric Light Orchestra lui a donné une place centrale dans la pop, avec même une dimension spectaculaire : le violoncelliste Mike Edwards jouait parfois avec un pamplemousse ou une orange, avant que son instrument n’explose en fin de concert. Aux États‑Unis, on surnommait ELO : « les Anglais avec les grands violons ». En 1993, le groupe finlandais Apocalyptica s’est présenté avec quatre violoncellistes classiques secouant la tête sur du hard rock, accompagnés d’un batteur. Ils avaient commencé comme un groupe de reprises de Metallica en version « classique ». Plus récemment, en 2016, le duo slovène/croate 2Cellos a frappé fort avec ses violoncelles électriques, brisant ses archets sur des cordes tendues à l’extrême. Vous pouvez les entendre reprendre des classiques du rock comme Thunderstruck d’AC/DC. Leurs vidéos officielles sont souvent hilarantes : les crins des archets volent dans tous les sens. Sur Highway to Hell, ils sont même rejoints par le guitariste Steve Vai.

Mindset

Westerveld, café à la main et déjà en route vers la salle de répétition, se présente comme « pop‑celliste » (www.popcellist.com). Avec son violoncelle, il est actif dans une dizaine de projets. Le pop‑celliste n’est pas un violoncelliste classique ordinaire. Selon Westerveld, tout est une question de mindset. L’état d’esprit est complètement différent : pour un pop‑celliste, il s’agit d’improviser, d’arranger, de proposer ses propres interprétations, de s’éloigner des partitions et de connaître les accords. Pas pour les jouer directement — le violoncelle se prête surtout aux arpèges — mais pour savoir quoi faire lorsqu’on vous met une grille d’accords sous les yeux et qu’on vous demande d’improviser dessus. Westerveld est violoncelliste et bassiste dans le groupe de Roos Blufpand. Ils se sont rencontrés à la Popacademie d’Enschede. Son violoncelle, explique‑t‑il, se fond parfaitement avec la voix de Roos : « Il faut le voir comme ça : le violoncelle en soliste est comme une deuxième voix dans le groupe, une chanteuse supplémentaire. Ensemble, nous sonnons toujours bien. » Parce que les fréquences du violoncelle sont proches de celles de la voix humaine, l’instrument produit un son immédiatement chargé d’émotion. « Rares sont ceux qui n’apprécient pas la sonorité du violoncelle. Si vous n’aimez pas le son du violoncelle, alors vous devriez aussi trouver la voix humaine désagréable. » Westerveld reconnaît que la mélancolie domine lorsque le violoncelle s’élève : « Le violoncelle est très doué pour exprimer la tristesse. » En plus de servir de voix supplémentaire, il utilise son instrument dans le groupe de Roos Blufpand pour des solos, des rythmes et même des lignes de basse en pizzicato. Dans une petite formation de type auteur-compositeur-chanteur, un violoncelliste s’en sort le mieux avec un modèle électro-acoustique. Westerveld joue sur un violoncelle de la marque Tasman : « Il n’a pas énormément de caractère, mais il se mélange facilement avec les autres instruments. » L’instrument possède un capteur intégré, utile quand il faut beaucoup de volume. Mais le musicien préfère l’amplifier avec un micro DPA 4099c fixé sous le chevalet, directement sur les cordes.

L’art d’arranger

Comme pour beaucoup d’instruments à cordes, il est préférable d’apprendre tôt. Le violoncelle demande un apprentissage long et exigeant. Westerveld a commencé à sept ans avec des études et des concertinos, et jouait dans un ensemble baroque avec son père, claveciniste. Lorsqu’il a découvert Apocalyptica, il a laissé tomber les partitions et s’est mis à apprendre la musique à l’oreille. Aujourd’hui, Westerveld étudie le violoncelle et la basse à la Popacademie Artez d’Enschede. Il perfectionne sa technique auprès de René Berman, soliste au Gelders Orkest, et apprend l’improvisation et l’harmonie avec Jonas Pap, violoncelliste notamment chez Within Temptation. Il réalise des arrangements pour ses camarades de la filière singer‑songwriter, qui sont presque tous impressionnés par la polyvalence du violoncelle. Pour lui, savoir arranger est indispensable si l’on veut réussir comme violoncelliste dans un groupe pop. Il puise son inspiration de préférence ailleurs que chez les violoncellistes : « Ce serait trop limité de ne prendre que des violoncellistes comme modèles. Pour écrire des parties de violoncelle, il faut s’inspirer d’autres instruments et du chant. Si l’on pense uniquement en termes de violoncelle, on obtient de longues lignes bourrées de notes. Ce n’est pas intéressant. Moi, je me demande : comment un flûtiste jouerait‑il cela ? Il doit respirer entre les phrases. Si je tiens compte des respirations, j’obtiens un solo qui respire lui aussi. » Pour la tournée avec Roos Blufpand, Westerveld est resté proche de l’essence de son instrument : jeu acoustique, avec des ornements uniquement créés par l’archet et la main gauche. Au théâtre, il faut une sonorité théâtrale, et le violoncelle l’a naturellement. Mais il peut aussi se transformer. On lui a déjà demandé d’enregistrer une musique de film d’horreur : son violoncelle y sonnait distordu, inquiétant et brut. « Je n’utilise pas très souvent des pédales, cela dépend du projet. Le violoncelliste Maarten Vos, lui, en utilise beaucoup. Il est complètement dans l’univers des musiques électroniques et des effets. Lors de la préparation du deuxième album de Roos (Hoe dan), j’ai travaillé avec des delays et de l’overdrive, et ça rendait vraiment bien. Mais une fois en studio, le producteur Jurriaan Sielcken (Jett Rebel, Herman van Veen, etc.) nous a dit : “Ce n’est pas nécessaire. Le violoncelle est beau par lui‑même, pourquoi vouloir le transformer ?” » Westerveld arrive enfin dans la salle de répétition où son violoncelle l’attend. Roos Blufpand s’installe derrière son clavier : « Les gars, on s’y met ? » Westerveld lève la tête, ferme les yeux, abaisse l’archet… et laisse son violoncelle parler.

Cello rock

Il y a toujours eu des instruments à cordes dans la musique pop. Même si, à partir des années 1980, les parties de cordes provenaient de plus en plus souvent des claviers, le public, selon le violoncelliste Jurriaan Westerveld, ressent aujourd’hui à nouveau le besoin de cordes « avec un cœur qui bat ». La pop n’est pas envahie par le violoncelle, mais il existe bel et bien une catégorie spécifique : le cello rock (« rock violoncelle ») Sur le site ranker.com, vous trouverez un classement des meilleurs groupes internationaux de violoncelles, la plupart appartenant à cette catégorie, mais aussi aux sections symphonic rock, metal, indie et folk rock. 2Cellos arrive en tête, suivi d’Apocalyptica et de Break of Reality. ELO figure à la neuvième place et Rasputina à la septième. Aux Pays‑Bas, le violoncelle occupe une place importante dans le rock, notamment avec Within Temptation (où joue Jonas Pap), Kingfisher Sky et Kovacs. Dans ces deux derniers groupes, Maaike Peterse manie l’archet avec fougue, accompagnée de sa chevelure impressionnante qu’elle lance dans la bataille à chaque performance. Marien Okkerse est violoncelliste dans le Re:Freshed Orchestra, plus orienté jazz/funk. Vous retrouvez aussi le violoncelle dans de nombreux groupes de folk rock. L’instrument se marie même parfaitement avec le fado : dans l’ensemble Flor d’Luna, c’est Manuela Verbeek qui tient le violoncelle.

Voir également

» Violoncelles acoustiques et électriques
» Stands pour violoncelle
» Etuis violoncelle
» Cordes violoncelle
» Livres violoncelle
» Produits d’entretien pour instruments à cordes frottées
» Micros pour instruments à cordes frottées
» Pièces pour violoncelle

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