Bouger plus efficacement en tant que musicien – Apprenez-le grâce à ces méthodes
Publié le mercredi 22 juillet 2026
Quand vous apprenez un instrument de musique, vous allez presque forcément vous heurter à la relation entre l’instrument et votre corps. Pour un musicien, l’art consiste à bouger le corps de la manière la plus efficace possible, afin d’obtenir un résultat musical optimal tout en évitant les blessures. La Technique Alexander (TA) est l’une des méthodes qui constitue, pour de nombreux musiciens, un soutien précieux. Avec les conseils ci-dessous, vous pouvez déjà vous lancer !

En faire trop
Sportifs, comédiens, musiciens, orateurs : voilà un groupe de personnes qui, d’une façon ou d’une autre, se confrontent à leur corps. Des blocages dans le corps entravent la performance, qu’il s’agisse d’enchaîner des tours de piste à toute vitesse, d’interpréter Shakespeare sur scène ou de tout donner au sein d’un groupe. Ces blocages peuvent être causés par toutes sortes de choses : trac, schémas mal acquis, mauvais appui sur les jambes, traumatismes d’enfance, mauvaise gestion du poids de l’instrument, etc. Un bon professeur y prête attention, mais un spécialiste de la posture, de la respiration et de la tension musculaire verra parfois plus vite où ça coince. Dans le feu de l’action, les musiciens en font souvent beaucoup trop. De grandes inspirations chez les vents, des chanteurs qui avancent le cou sur une note aiguë, des guitaristes qui lèvent l’épaule, etc. Regardez autour de vous dans votre groupe. Tant que vous ne ressentez pas de gêne et que le résultat sonore reste acceptable, il n’y a pas forcément de quoi s’inquiéter. Mais les blessures guettent, surtout si vous pratiquez plusieurs heures par jour. D’innombrables musiciens finissent tôt ou tard par avoir des problèmes : cordes vocales qui protestent, troubles de type TMS (RSI) chez les instrumentistes à cordes, douleurs cervicales chez les saxophonistes, mal de dos chez les pianistes, et bien d’autres encore. L’éventail des plaintes est large.
Pas de devoirs à faire
La Technique Alexander n’est pas tant une série d’exercices : elle est surtout orientée vers le fait de laisser tomber certaines choses. Toutes ces actions superflues demandent de l’énergie, entraînent de la fatigue et créent des tensions et des crispations. Cela se répercute sur l’inspiration, le timing, la résonance et donc le son. Certains instrumentistes finissent par être totalement bloqués, car ils entraînent les mauvais muscles dans une tâche pour laquelle ils ne sont pas faits, tandis que les muscles qui devraient réellement faire le travail sont négligés et s’affaiblissent. Les mains du thérapeute vous font sentir à quel point tout devient plus facile lorsque vous forcez moins, et que vous agissez avec attention, dans une certaine direction et avec douceur.
F.M. Alexander
L’Australien Frederick Matthias Alexander (1869-1955) connaissait bien ce type de blocage. Acteur de formation, il perdait assez régulièrement sa voix pendant les représentations. À l’aide d’un système de miroirs, il observait sa posture lorsqu’il répétait ses récitations. Il le faisait avec une grande précision, presque de façon scientifique. L’une des choses qu’il a relevées, c’est que, lors des récitals, il avançait le menton et rejetait la tête en arrière. Cela rentrait légèrement son cou et raccourcissait sa posture.
Six kilos
En expérimentant, Alexander a découvert une relation entre la tête, le cou et les muscles du dos. Il a constaté que sa voix continuait de fonctionner normalement lorsqu’il allongeait un peu son cou et avançait légèrement la tête. Il n’est pas difficile d’imaginer cette relation si l’on sait que la tête pèse environ six kilos et qu’elle est en équilibre sur la colonne vertébrale. Comparez cela à une boule de bowling posée sur un manche à balai. Si un poids aussi important que la tête n’est pas aligné, les muscles qui maintiennent l’ensemble doivent travailler beaucoup plus dur. Cela se produit déjà avec seulement quelques degrés d’écart. Dans la TA, un mantra consiste à penser la tête « vers le haut et vers l’avant ». Il s’agit davantage d’une direction et d’un ressenti de cet équilibre que du fait de placer réellement la tête (de manière exagérée) dans cette position, car cela provoquerait rapidement une action musculaire superflue. Déplacez votre tête d’avant en arrière et essayez de sentir quelle position vous paraît la plus facile. C’est précisément au milieu que la force demandée aux muscles du cou est la plus faible.
Inhibition
Se défaire d’habitudes bien ancrées n’est pas si simple. Pour les désapprendre, vous devrez faire quelque chose afin de prendre conscience de votre manière d’agir. Dans la TA, on utilise pour cela le terme « inhibition », qui signifie « retenir ». Cela veut dire que vous prenez le temps avant de réagir ou de passer à l’action. En intégrant une courte pause, vous pouvez vous libérer de l’emprise de vos habitudes et gagner en liberté dans le choix de votre réponse. Si vous vous trouvez dans une situation difficile, sous pression, blessé émotionnellement ou avec trop de choses à gérer en même temps, il est compréhensible que vous vous crispiez. Grâce à l’inhibition, vous pouvez apprendre à éviter cette tension. Vous pourriez penser que retarder votre réaction ralentit les choses, mais vous constaterez vite qu’une manière d’agir plus naturelle vous fait au contraire gagner du temps et de l’énergie, car elle évite les automatismes et les efforts inutiles. Le terme « mindfulness », très actuel, est comparable au concept d’inhibition chez Alexander.
Travail avec une chaise
Un exercice classique de Technique Alexander consiste à se lever et à s’asseoir avec une chaise. Surtout lorsque vous êtes fatigué, vous avez peut-être l’habitude de vous laisser tomber sans y penser et de vous affaisser comme une poupée de chiffon. Cela exerce une forte pression sur vos organes et vos articulations, ce qui vous fatigue encore davantage. Vous pouvez facilement pratiquer vous-même la façon de vous asseoir selon la TA :
- Placez-vous devant la chaise et attendez encore un instant avant de passer à l’action (inhibition). Libérez le cou, allongez la colonne vertébrale et élargissez le dos.
- Laissez la tête tomber légèrement vers l’avant, les genoux avancer, et amenez les hanches vers l’arrière.
- Lorsque vous vous asseyez, veillez à ce que vos pieds soient à plat sur le sol et que les ischions se posent bien sur l’assise. Allongez la colonne vertébrale vers le haut et vers le bas. Se relever suit le même principe, mais en effectuant le mouvement dans l’ordre inverse.
Application
La Technique Alexander peut être utile de nombreuses façons. Si vous passez beaucoup de temps devant un ordinateur (comme les compositeurs ou les techniciens de studio), vous pouvez apprendre à le faire sans douleurs au dos ou aux poignets. La TA offre aux chanteurs toutes sortes de conseils pour utiliser les cordes vocales de manière optimale, via la posture, la respiration et des exercices d’échauffement. Les batteurs utilisent quatre membres différents et peuvent, grâce à la TA, prévenir les blessures liées à cette activité complexe. Mais la TA peut aussi apporter beaucoup sur d’autres plans, comme la peur de l’échec et le trac.
Autres méthodes de mouvement
La Technique Alexander n’est pas la seule méthode de posture et de mouvement dont un musicien peut tirer profit : yoga, Feldenkrais, Tai Chi, Qi Gong, Rolfing, Pilates et les Trauma Release Exercises (TRE) de David Berceli. Leur point commun : ramener le corps vers son équilibre naturel. Elles s’appuient sur la sagesse du corps en lui faisant ressentir différentes alternatives. L’approche des thérapies citées peut varier considérablement. La Technique Alexander et le Rolfing, par exemple, sont des approches relativement passives, où le thérapeute tente depuis l’extérieur d’amener le corps à se relâcher au moyen de manipulations et d’un accompagnement de certains mouvements. En prenant conscience que votre ancienne habitude s’accompagnait de trop de tension, vous avez désormais le choix de faire plus efficacement. Dans les autres méthodes de mouvement mentionnées, il y a bien moins de contact, et le but est que vous laissiez vous-même le corps chercher la meilleure forme possible à travers des postures, des mouvements ou des combinaisons de mouvements. On peut aussi observer des recoupements. Moshe Feldenkrais, par exemple, a étudié auprès d’Alexander, et s’intéressait également aux arts martiaux orientaux. Il existe aussi des relations évidentes entre la médecine chinoise et certaines approches de santé indiennes (yoga, ayurveda), avec, par exemple, les méridiens comme pilier important. L’essentiel est que l’énergie puisse circuler librement dans le corps et que la tension musculaire ne fasse pas obstacle à l’expression. Contrairement à la psychologie, il n’est pas si important, dans ces thérapies, de savoir d’où vient finalement cette tension : l’important, c’est qu’elle quitte le corps. Pour les musiciens, trouver la solution adaptée à leurs problèmes physiques peut parfois être un vrai parcours. Heureusement, internet permet de se faire facilement une idée de ce que représente, dans les grandes lignes, une telle méthode de mouvement.
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