Zoek je oerkreet (en houd je stem heel)

Dans certains morceaux pop ou rock, il est tout à fait approprié d’intégrer de temps à autre un cri primal. Mais qu’est-ce qu’un cri primal, au juste ? De quelles profondeurs doit-il venir ? Comment doit-il sonner ? Et, tout aussi important : comment faire, en tant que chanteur, pour préserver sa voix ?

Le texte de cette page provient de Alfons Verreijt, créateur de la méthode VocalFeedback et auteur du livre De Essentie van de Stem.

Attention

N’essayez pas les techniques vocales ci-dessous seul(e), mais associez toujours ces connaissances à des cours de chant. Même quelques cours valent mieux que rien. Vous éviterez ainsi a) de vous retrouver bloqué(e) et b) d’endommager vos cordes vocales.

L’histoire

Commençons par la question la plus importante : qu’est-ce que votre cri primal, en réalité ? Pour y répondre, il faut plonger dans l’histoire du chant, ou plutôt de la musique. Nous le faisons en compagnie du coach vocal Alfons Verreijt. Historiquement, la musique connaît deux grands courants : la musique populaire et la musique savante. L’origine de la musique populaire remonte bien plus loin que celle de la musique savante, très probablement jusqu’à la Préhistoire. Nous ne savons pas à quoi ressemblait cette musique populaire autrefois ; au mieux, nous pouvons l’imaginer. Il n’existe en effet aucun enregistrement, et rien n’a été consigné par écrit. La musique populaire s’est transmise de génération en génération, tout simplement par imitation. Il est possible que la musique populaire d’aujourd’hui donne une idée de ce à quoi elle pouvait ressembler autrefois. La pop est d’ailleurs bien plus proche de la musique populaire que de la musique savante. Nous y reviendrons.

Musique savante

Au Moyen Âge, la musique savante apparaît. Elle débute avec la musique d’église, dont les chants grégoriens sont sans doute les plus connus. Il s’agit de prières mises en mélodie. À l’origine, ces chants étaient monodiques, puis ils sont devenus polyphoniques. C’est également à cette époque que se pose la base de la notation musicale, qui n’a cessé de se perfectionner au fil des siècles pour devenir celle que nous connaissons aujourd’hui. À partir de la musique d’église, la musique savante se développe. À mesure que ce courant évolue, le besoin de formaliser la musique en règles se fait sentir. On voit alors apparaître une musique strictement régulée, à l’inverse de la musique populaire, qui existe (et continue d’exister) grâce à la transmission et demeure bien plus libre. On retrouve ici une ressemblance avec la pop : on rejoue souvent la pop à l’oreille, et elle est généralement moins strictement codifiée que la musique classique. Concentrons-nous sur le chant. Autant le chant était libre dans la musique populaire (comme il l’est aujourd’hui dans la pop), autant il est – et reste – strict dans le chant classique. Il y a environ 400 ans, un idéal sonore s’est développé pour le chant, dont le bel canto est le plus connu. Jusqu’à aujourd’hui, la musique classique se chante encore de cette manière.

Développer le volume

Cet idéal sonore classique avait aussi un côté pratique. À la Renaissance, les orchestres ont grandi, tout comme les salles de concert. Les chanteurs devaient donc pouvoir produire un volume énorme. Cela fonctionne au mieux en libérant autant que possible le conduit au-dessus des cordes vocales, afin que le son vocal soit le moins entravé possible sur son chemin vers l’extérieur. En même temps, le corps est utilisé comme caisse de résonance. Cette manière de chanter consiste à maintenir le larynx bas et à relever le voile du palais. On produit ainsi un son ample, capable de remplir une salle. En réalité, la sonorité classique est basée sur la configuration du conduit vocal quand vous appelez ou criez. Cela fonctionne toujours le mieux sur les voyelles (les vocales). C’est pourquoi l’entraînement avec des gammes et des voyelles s’appelle « vocaliser ». Un inconvénient du son classique est que les consonnes sont moins nettement articulées, ce qui nuit à l’intelligibilité. En pop et en musique populaire, on cherche généralement à éviter cela : vous voulez en effet qu’on comprenne de quoi parle la chanson. De plus, la manière classique de chanter tend à lisser les différences entre les voix. Le caractère d’une voix est largement déterminé par le « conduit » que le son doit traverser après avoir été créé par les cordes vocales, et ce conduit est différent chez chacun. Dans le chant classique, on garde ce conduit aussi ouvert que possible, ce qui en réduit l’influence au minimum. C’est aussi pour cela qu’il est plus facile de distinguer les chanteurs pop entre eux que les chanteurs classiques : en pop, on chante davantage avec sa « voix propre », plus proche de la voix parlée.

Qu’est-ce que chanter ?

Alors, qu’est-ce que chanter ? Pendant des siècles, la manière de chanter classique a été considérée comme la seule « vraie » façon de chanter. En musique populaire et en pop, on chante davantage avec la voix parlée. Certains puristes du classique estiment que ce n’est pas du véritable chant. Chacun peut avoir son opinion sur ce qui est, ou n’est pas, du « vrai » chant. « En réalité, il n’y a pas de frontière nette entre ce qui est chanter et ce qui ne l’est pas », explique le coach vocal Alfons Verreijt. « Est-ce que le fait d’ajouter une mélodie suffit à faire du chant ? Quand vous parlez, vous ajoutez aussi une mélodie : la mélodie de la parole. Pourtant, on n’appelle pas cela chanter. Selon moi, c’est une échelle continue, avec quelque part une limite subjective, floue, entre ce qui est et ce qui n’est pas chanter. » Cela dit, on peut résumer le tout dans un schéma simple (voir le tableau ci-dessous). Dans ce schéma, vous voyez une sorte de graduation allant du parlando (parler) au chant classique, avec entre les deux le rap, la pop/la musique populaire et le jazz. Plus on va vers la droite (le chant classique), plus la justesse devient cruciale. Quand vous parlez (parlando), votre voix a bel et bien une hauteur. Mais elle ne sonne jamais faux par rapport à l’accompagnement musical. C’est étrange. Alfons pense avoir une explication : « Plus on va vers la droite dans le schéma, avec le chant classique comme extrême, plus le son s’ouvre. Il est donc de moins en moins coloré par le conduit vocal au-dessus des cordes vocales. Le son devient alors plus facile à entendre, sans toute la “bruiterie” autour – et la parole en contient le plus. Plus le son est ouvert, plus la justesse devient critique. »

Vers le cri primal

Par ce détour (délibérément choisi), nous arrivons à la question centrale de l’article : qu’est-ce qu’un cri primal ? « C’est une question difficile », répond Alfons. « Surtout si l’on tient compte de ce qui précède sur ce qui est ou non du chant. Stricto sensu, on pourrait considérer la manière classique de chanter comme un cri primal, parce qu’on y entend les cordes vocales dans leur forme la plus pure. Mais ce n’est évidemment pas ce que l’on entend par “cri primal”. Quand on pense à un cri primal, on imagine plutôt appeler, hurler, ou peut-être grunter. » Commençons par appeler et hurler. C’est très bien, mais faites-le de manière responsable. « Appeler et hurler se fait par définition à un volume élevé », explique Alfons. « Pour le faire de façon responsable, donc sans abîmer la voix, il faut toujours le faire sans compression. Donc, si vous chantez avec compression – ce qui se fait beaucoup en pop – et que vous voulez soudain appeler ou hurler entre deux phrases, enlevez immédiatement cette compression. » Nous avons déjà consacré un article détaillé au chant avec et sans compression, une distinction importante. Voici une brève explication, spécifiquement pour le cri primal.

Avec et sans compression

La compression, en résumé, consiste à presser activement vos cordes vocales l’une contre l’autre. Les chanteurs de pop utilisent souvent beaucoup de compression. Chanter avec compression a cependant ses limites : il est impossible de chanter très doucement ou très fort de cette façon. Si vous essayez malgré tout, vous risquez d’endommager vos cordes vocales. Lorsque, en chantant, les cordes vocales se contractent en même temps que les muscles qui les rapprochent (les adducteurs), on parle de mode actif, autrement dit chanter avec compression. Les cordes vocales sont donc activement impliquées (tension interne) dans le son et la hauteur. À côté de ce mode actif, il existe aussi un mode passif. Les cordes vocales sont alors également rapprochées, mais uniquement grâce aux muscles environnants (les adducteurs). Les cordes vocales elles-mêmes restent détendues. Chanter dans ce mode passif s’appelle chanter sans compression. Comment attaquer sans compression ? Quand vous attaquez et chantez sans compression, vous avez l’impression que la gorge est ouverte, comme si vos cordes vocales n’étaient pas en contact. Pourtant, c’est une illusion : vos cordes vocales se touchent bel et bien, mais elles sont détendues. Comment y parvenir ? Grâce à l’inspiration. Quand vous inspirez, vous le faites avec la gorge ouverte. Pour chanter sans compression, vous devez conserver cette sensation d’ouverture. Jetez également un œil au tableau ci-dessous, qui rend encore plus claires les différences entre chanter avec et sans compression.

Grunter

Le « grunt » peut aussi être considéré comme un cri primal. Dans certains styles musicaux, comme le death metal, des morceaux entiers sont chantés en grunt. Mais le grunt peut aussi servir de cri primal ponctuel au milieu d’un morceau pop. Cela peut sembler dangereux pour la voix, mais si c’est bien fait, il n’y a aucun problème. En grunt, vos vraies cordes vocales ne participent pas : vous utilisez uniquement vos fausses cordes vocales. C’est aussi pour cela qu’on ne peut pas chanter de mélodie en grunt : avec les fausses cordes vocales, il est impossible de produire une mélodie. Le grunt se fait sans compression, avec des fausses cordes vocales qui vibrent fortement, et les vraies cordes vocales ne participent pas. En partie pour cette raison, on ne peut pas non plus grunter très aigu. Le grunt est le plus souvent pratiqué par des hommes. Un exemple connu est Karl Willets du groupe de death metal Bolt Thrower. Mais les femmes peuvent aussi grunter, et elles sonnent alors presque aussi grave que les hommes. Cela s’explique par le fait que les fausses cordes vocales des femmes sont presque aussi grandes que celles des hommes. La différence est en effet plus faible que celle qui existe entre les vraies cordes vocales des hommes et des femmes. Un exemple marquant de grunteuse est Angela Gossow d’Arch Enemy.

Quel est votre cri primal ? Appeler, hurler, grunter, crier strident, yodler comme Tarzan ? Bonne recherche !

Bon à savoir

Le cri primal d’un bébé : le belting

On pourrait aussi considérer les cris perçants d’un bébé comme un cri primal. Ces cris sont très audibles pour nous, car une grande partie de ce son se situe entre 4 000 et 5 000 Hz. C’est la zone où notre audition est particulièrement sensible. Ainsi, un bébé maximise ses chances d’être entendu. Ces cris sont en réalité du belting : une technique que les chanteurs utilisent également pour chanter fort et aigu. Le belting se fait à l’aide du twang. Il s’agit du basculement vers l’arrière de l’épiglotte. Nous avons déjà consacré un article détaillé à ce sujet. On peut donc considérer ces cris comme une forme de cri primal.

Le cri de Tarzan

Autre cri primal remarquable : le cri de Tarzan. Il a été introduit par le tout premier acteur de Tarzan, et le plus légendaire : le champion olympique de natation Johnny Weismuller. Avec son cri, Tarzan appelle les animaux à l’aide — par exemple un troupeau d’éléphants chargé de chasser un groupe de méchants. Cherchez « Tarzan yell » sur YouTube et vous trouverez les plus belles vidéos. Le cri de Tarzan est en réalité un yodel, où l’on alterne rapidement entre le chant avec et sans compression.

Voir également

» Belting et Twang – les techniques pour chanter aigu et fort 
» Chanter avec ou sans compression
» Correction de la justesse : Auto-Tune, Melodyne… est-ce de la triche ?
» Comment enregistrer un chœur 
» Mixage d’enregistrements de chant en 5 étapes
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