Les effets sont nombreux, tant au niveau matériel que logiciel. Mais quel est leur intérêt ? Et avez-vous vraiment besoin de tout cela ? Ce blog s’adresse aux débutants dans le domaine de la technologie musicale et du mixage et va les aider à mieux connaître l’effet delay.

Les effets et leurs applications : le delay

Delay

Le delay (ou « écho ») fait partie des effets audio les plus faciles à comprendre. Dans un article précédent, nous vous avons déjà parlé d’autres effets, comme la réverbe. Le delay fonctionne de la manière de la réverbe. Toutefois, contrairement à cette dernière il ne reproduit pas de multiples réflexions du son, mais juste une seule réflexion.

En fait, les effets delay réalisés en studio ne sont pas la reproduction d’un phénomène naturel. Si vous frappez des mains lorsque vous vous trouvez entre deux immeubles, vous croyez peut-être entendre un écho, mais en fait c’est le son qui rebondit sur les murs donnant de multiples réflexions. En tout cas, ce n’est pas un delay pur.

Comment sont-ils faits ?

Pour obtenir un delay pur (ou relativement pur) pour les applications audio, il existe trois appareils différents : un delay à bande (ou « tape » en anglais), un delay BBD et un delay numérique. Il y a aussi des effets delay MIDI, mais ceux-ci utilisent des signaux MIDI, plutôt que des signaux audio. L’inconvénient est qu’utiliser un delay MIDI demande une capacité énorme d’une source MIDI. Par contre, il permet de transposer une note jouée de manière naturelle. Parce que les effets delay MIDI ne sont pas couramment utilisés, nous n’en parlerons plus dans cet article.

Delay à bande

Avec un delay, le signal audio enregistré doit être stocké quelque part avant d’être lu. Par conséquent, ce signal est restitué avec un certain retard. C’est ce que l’on appele le temps de retard ou le temps de delay – voir le paragraphe « La taille du buffer » pour en savoir plus. Dans les années 50, le delay à bande était l’unique type de delay disponible. À cette époque, on utilisait des magnétophones dont la bande tournait en boucle. Une première tête enregistrait le signal qui était lu par une, deux, trois ou même quatre têtes (selon le nombre de répétitions requis) puis effacé, la bande enregistrant un nouveau signal. Bien évidemment, cette méthode ne permet pas d’obtenir un signal très pur, mais nombreux sont les musiciens qui trouvent que c’est justement là son intérêt.

Immortalisé par David Gilmour de Pink Floyd, le Binson Echorec était une bonne alternative aux magnétophones à bande. À l’image de cette dernière, cet écho à bande utilisait des têtes d’écriture et de lecture. Notez que son fonctionnement était assez similaire à celui d’un disque dur.

Aujourd’hui, on fabrique toujours de vrais échos à bande – comme le Fulltone TTE Tube, par exemple – mais ceux-ci sont destinés à un marché de niche. En conséquence, ces appareils sont généralement très coûteux.

Bucket Brigade Device

Passons maintenant aux années 70. Avec l’invention de BBD (l’abréviation de « Bucket Brigade Device »), on combinait des technologies analogiques et numériques. Un appareil BBD ou « appareil à brigade de seaux » fonctionne exactement comme vous pouvez l’imaginer. En effet, un courant électrique passe à travers une séquence de condensateurs, comme si une série de personnes équipées de seaux transféraient de l’eau dans celui de leur voisin. Tout comme dans la vraie vie, ce processus cause inévitablement des pertes en cours de route.

Bien que le signal soit analogique, ce transfert de seaux est un processus numérique. En effet, ces seaux fonctionnent comme des emplacements de mémoire, à l’image de la mémoire vive (RAM) dans un ordinateur. La différence est que le contenu des seaux d’un appareil est analogique, tandis que ceux de la puce d’un ordinateur sont numériques. Ainsi, il y a forcément des pertes en cours de route avec un appareil BBD et une limite aux fréquences du signal. Dans le cas où un certain son dépasse cette limite, sa tonalité sera modifiée. Pour palier à ce problème, les signaux entrant et sortant passent d’abord par un filtre passe-bas.

Aujourd’hui, la technologie BBD est toujours utilisée, puisqu’elle permet d’obtenir un son particulier qui est apprécié de nombreux musiciens. Ainsi, Moog a équipé la MF Flange, la MF Chorus de cette technologie.

Delay numérique

Un delay numérique présente un niveau technique très simple, mais très efficace. En effet, le signal entrant passe par une puce mémoire, où il est stocké pendant quelque temps. Dans le cas d’un appareil BBD le contenu des seaux bouge, tandis qu’avec un écho à bande, la bande passe devant une tête de lecture. Par contre, avec un delay numérique, seules les têtes de lecture et d’écriture virtuelles bougent. À l’image d’un effet BBD, les fréquences trop élevées passent par un filtre dédié.

Le signal d’un delay numérique est très pur et ne détériore pas avec le temps. De plus, il est possible d’ajouter un effet supplémentaire (comme le son d’un écho à bande ou d’un BBD).

Delay : un glossaire de termes techniques

Entrée

L’entrée est l’endroit où le signal audio entre dans l’appareil. Vous y trouverez généralement un contrôleur de niveau. Avec un appareil numérique, un filtre passe-bas est appliqué pour supprimer les fréquences trop élevées.

Temps de delay

C’est la durée de l’effet. Pour les applications musicales, on utilise généralement un écho d’environ 0,3 seconde.

Feedback

Le réglage de feedback (ou « réglage de régénération ») vous permet de contrôler le taux de réinjection du signal traité dans l’appareil. Le feedback fait partie des réglages les plus importants puisqu’il conditionne le nombre de répétitions.

Mix/balance

Une fois le processus déclenché, on peut distinguer deux signaux : le signal entrant sec (non traité) et le signal traité, éventuellement réinjecté. Avec le paramètre mix/balance, vous pouvez gérer l’équilibre entre ces deux signaux. La majorité des musiciens optent soit pour un réglage avec peu de feedback et des échos puissants, soit pour un réglage avec beaucoup de feedback et des échos doux, puisqu’un delay fort avec une bonne dose de feedback donne un son confus et brouillon. Trouver le bon équilibre peut donc s’avérer difficile.

Filtre

Ce paramètre est connu sous différents noms : filtre, filtre passe-bas, LPF, etc. Peu importe le nom, lors du processus de réinjection, le signal audio passe à travers ce filtre. En résulte un signal légèrement plus mat. Au moment où le signal passe de nouveau à travers ce filtre, il sera encore plus mat.

baxblog_delay_3

Comme vous pouvez le voir sur l’image ci-dessus, un filtre rend l’effet de delay un peu plus diffus.

Profondeur de modulation (Depth)/vitesse de modulation (Rate)

Ces deux paramètres montrent qu’il y a très peu de différence au niveau technique entre un effet de delay et un effet de chorus. En effet, ils appliquent un effet de vibrato au signal traité/écho. Le paramètre Rate permet d’ajuster la vitesse de la modulation, tandis que le paramètre Depth permet de gérer la profondeur de la modulation.Si l’on utilise du feedback, la modulation peut être encore plus profonde. Notez qu’un réglage pareil avec du feedback donne une certaine quantité de diffusion. Avec beaucoup d’appareils de delay, vous pouvez transformer un effet de delay en un effet de chorus et inversement. Pour ce faire, il vous suffit de jouer avec les différents paramètres de l’appareil.

Ci-dessus, nous vous avons parlé des paramètres les plus courants d’un delay, que ce soit un delay à bande, un delay BBD ou encore un delay numérique. Cet ensemble de paramètres permetd’avoir un écho qui simule assez bien les réflexions sonores de la vraie vie. Bien évidemment, certains effets delay possèdent des paramètres supplémentaires qui vous permettent d’aller encore plus loin. En général, les logiciels offrent davantage de possibilités sonores que les appareils physiques. Vous trouverez ci-dessous les fonctions les plus importantes.

Filtre passe-haut

Ce filtre est identique au filtre mentionné plus haut, sauf qu’il est utilisé pour la suppression des fréquences trop basses. Ce filtre est également appelé « HPF » ou « High Pass Filter » en anglais. Si vous appliquez ce filtre à une boucle de feedback, les échos contiennent de moins en moins de graves avec chaque répétition. Idéal pour ajouter de l’écho à une ligne de basse synthétique, par exemple. Parce que les graves dans l’effet écho sont moins dominants, le son sera moins confus et brouillon.

Multi-tap

À l’époque des échos à bande, il existait déjà des modèles équipés de multiples têtes offrant plusieurs « taps » (répétitions de retard). Ces modèles permettaient d’obtenir plusieurs échos au sein d’un cycle. Les taps étant situés à divers endroits, ils donnaient un rythme particulier. En ajoutant du feedback, le son devenait encore plus complexe.

Aujourd’hui, on utilise généralement plusieurs effets de delay en même temps – surtout avec les delays numériques -, chacun ayant son propre temps de delay, ainsi qu’un feedback et un niveau différents. L’avantage est qu’ils permettent d’obtenir de plus longues queues d’écho lorsque vous appliquez du feedback.

Stéréo

Bien évidemment, il n’est normal qu’un effet de delay soit puissant et bien présent. Ainsi, il est possible de placer chaque delay dans une position de panning différente. Avec deux lignes de delay, vous pouvez créer le célèbre effet de delay « ping pong » qui permet d’alterner les répétitions entre la gauche et la droite de l’image stéréo. Les deux signaux ont le même temps de delay, mais la position de lecture est différente.

Inversion

On oublie parfois qu’il également possible d’inverser le signal. Dans la vraie vie, si un signal se réfléchit sur un mur, il sera inversé. Dans le cas où vous utilisez un inverseur dans une boucle de feedback, le signal sera inversé aussi. Puis, quand le signal est réinjecté dans la boucle de feedback, il sera inversé de nouveau.

baxblog_delay_2

Taille du buffer

Parlons encore un peu de la technique avant de passer aux applications de l’effet delay. La longueur de l’écho (ou le temps de l’écho) est identique à la taille du buffer. Dans le cas d’un écho à bande, d’un écho BBD et d’un delay numérique, c’est respectivement la longueur de la bande, le nombre de seaux et la capacité de la mémoire vive qui détermine le temps de delay. Un autre facteur qui le détermine est la vitesse de mouvement des buffers à bande/BBD et celle de la tête de lecture dans un système numérique.

Bien évidemment, si cette vitesse diminue, le temps de delay devient plus court. Ce processus peut être comparé à un disque vinyle qui est lu à une vitesse relativement basse. Dans ce cas, la hauteur du son (la tonalité) change simultanément. Dans le cas d’un appareil delay, il y a une limite aux fréquences du signal.

Avec un écho à bande, les données sont stockées de manière analogique. Ainsi, si la bande tourne moins vite, le signal retardé contiendra moins d’aigus. De même, avec un delay BBD et un delay numérique, la quantité d’aigus sera réduite si la brigade est ralentie ou que la tête de lecture virtuelle bouge moins vite. Dans le cas d’un BBD et d’un delay numérique, le signal entrant doit être filtré pour éliminer les fréquences trop élevées.

En conclusion, si la taille du buffer devient plus importante, soit le temps de delay augmente, soit la quantité d’aigus augmente (ou les deux en même temps, légèrement).

Applications

Le delay peut être considéré comme une alternative à l’effet de réverbe. Une réverbération naturelle possède une queue diffuse qui rend le son moins puissant. En effet, les réflexions inversées réduisent l’intensité sonore des réflexions non-inversées et inversement – voir également le paragraphe « Inversion ».

Alternative à la réverbe

Le delay peut être considéré comme une alternative à l’effet de réverbe. Une réverbération naturelle possède une queue diffuse qui rend le son moins puissant. En effet, les réflexions inversées réduisent l’intensité sonore des réflexions non-inversées et inversement – voir également le paragraphe « Inversion ».

Pour avoir un son intense, il faut avoir un niveau de réverbe assez élevé, voire trop élevé. Bien évidemment, il est aujourd’hui possible de fixer le temps de réverbe à 20 secondes ou plus pour rendre la réverbe plus audible. Toutefois, un effet pareil n’est pas utile dans un contexte musical normal (sauf pour des effets spéciaux). De plus, une réverbe est très dominante. Par contre, l’écho offert par un delay peut être inséré sans aucun problème dans un mix, même s’il est relativement fort. En effet, il reste toujours bien audible, ne rend pas le son diffus et n’ajoute pas trop de réflexions au champ stéréo. Ainsi, le delay est parfait pour mettre en valeur certains passages de chant dans un morceau pop, par exemple.

Compagnon rythmique

Cette application musicale peut être un peu trop intense dans certains cas. Vous devez donc tenir comte de cette intensité importante si vous voulez utiliser un effet delay dans vos parties rythmiques lorsque vous composez un morceau. Imaginez, vous faites jouer l’arpégiateur d’un synthé des croches (des basses synthétiques, par exemple). Pour remplir les espaces vides entre les notes, vous pouvez insérer des échos de ces dernières. Pour ce faire, vous devez régler le temps de delay sur trois doubles-croches (soit une croche et demie). Notez que ce type d’effet est parfait pour la synthpop et la musique dance électronique, par exemple.

Présence dans un champ stéréo

Comme nous l’avons dit plus haut, l’effet delay a une présence moins importante dans un champ stéréo qu’une réverbe. Toutefois, il est possible d’élargir la présence d’un delay mais la prudence est de mise. Imaginez, vous enregistrez un chanteur et un guitariste en mono. Dans ce cas, vous aurez un enregistrement mono qui manque de spatialité. Pour palier à ce problème, vous pouvez utiliser deux delays, l’un à gauche, l’autre à droit. Mettez des temps de delay très courts, l’un légèrement différent de l’autre. Il est également possible d’ajouter un peu de feedback. De cette façon, vous pouvez simuler des réflexions d’un espace acoustique et remplir le champ stéréo.

Cela semble être une bonne solution, mais pour rester entièrement compatible mono, l’effet delay ne doit pas être trop dominant. Il faut donc prendre le temps de bien doser l’effet. Notez que la meilleure solution est d’utiliser deux micros (un couple appairé, par exemple) pour réaliser un bon enregistrement stéréo.

Produits

Un delay numérique basique est assez facile à réaliser. En effet, on peut concevoir un delay en utilisant un langage de programmation moderne et quelques instructions. Pour ce faire, une puce imposante n’est pas requise. Par conséquent, des produits comme la Behringer VD400 s’avèrent être très abordables. Avec des mémoires plus importantes et des processeurs plus puissants, il est possible de développer des effets delay plus complexes, en stéréo par exemple (en utilisant deux systèmes delay). Avec une mémoire plus grande, on peut également utiliser les fréquences aiguës. Une autre possibilité est d’ajouter un ou plusieurs filtres au trajet de signal.

Tous les effets delay ne sont pas aussi abordables que la Behringer VD400. Ainsi, la Strymon TimeLine est plus coûteuse, puisqu’elle offre beaucoup plus d’options sonores que la VD400. De plus, la TimeLine est fabriquée à beaucoup moins d’exemplaires que la pédale de delay proposée par Behringer, ce qui a certainement une influence sur le prix. La qualité des composants utilisés pour la fabrication d’un effet delay peut également avoir une influence sur le prix. En effet, les fabricants utilisent des composants très différents pour leurs produits. En conséquence, il existe un très large choix d’effets delay et réverbe, et ce dans toutes les gammes de prix, ce qui vous permet de trouver facilement l’effet qui vous convient le mieux.

Pas de réponse

Pas encore de commentaires ...

Laisser un commentaire